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    Vingt ans après, Dorcy Rugamba regarde vers l’avenir

    media Le dramaturge et comédien rwandais Dorcy Rugamba était le fils d’une famille qui n’existe plus. J.J. Kraemer

    Dorcy Rugamba, 44 ans, a participé en tant que dramaturge à l’organisation d’une partie des commémorations du génocide des Tutsis de ce mois d’avril 2014 au Rwanda, qui seront marquées par une « marche du souvenir » et cent jours de deuil national. Comédien, auteur, metteur en scène et danseur rwandais basé à Bruxelles, il a quitté son pays le 12 avril 1994, cinq jours après le début des massacres dans lesquels il a perdu toute sa famille. Tout en poursuivant une carrière d’acteur, notamment sous la direction du célèbre Peter Brook, il a déjà apporté sa contribution à la mémoire du drame en 1999 avec « Rwanda 94 » dont il est co-auteur – une pièce de théâtre de sept heures qui s’est jouée à travers le monde. Puis il a fondé en 2001 à Kigali les Ateliers Urwintore, un espace de création, et mis en scène en 2005 au Rwanda L’instruction, une pièce de l’Allemand Peter Weiss sur le procès des responsables d’Auschwitz.

    Propos recueillis à Paris,

    RFI : Quel est l’axe principal de votre travail de mémoire autour du génocide ?
    D
    orcy Rugamba : J’ai quitté le pays quelques jours après le début du génocide. Je me suis retrouvé à Paris, où j’ai suivi la suite à distance. Deux ans après, je suis retourné au Rwanda et je n’osais plus demander les nouvelles d’untel ou untel… Tant de gens étaient morts. La nécessité de trouver une forme pour se représenter le génocide m’a parue importante. Il y avait les chiffres, la cruauté, la violence et toute une masse d’informations. L’enjeu était d’aller au-delà du constat, pour comprendre comment on en est arrivé là. Avant le génocide, nous ne pouvions pas croire qu’il arriverait. Pourtant, ses auteurs avaient clairement énoncé leur projet : « On va tous vous tuer », disaient-ils. Le génocide, c’était une histoire de « Blancs » entre des Allemands et des Juifs, très loin de nous. Ensuite, sa compréhension a été parasitée par les préjugés hérités de Tarzan et Tintin au Congo : le récit qu’on peut en faire est toujours en concurrence avec cet autre récit, celui d’une guerre tribale entre « sauvages » - des Africains qui se tapent dessus…

    Une maison de rescapé dans le village de Gisesero, Rwanda. RFI/N.Champeaux

    Vingt ans après, que ressentez-vous ?
    Il est temps de regarder devant, d’envisager cet événement comme un grand malheur qui peut vous mettre par terre, mais qui vous donne aussi la volonté de dire non, d’être plus fort, plus déterminé. J’ai fait le deuil. J’étais le fils d’une famille qui n’existe plus. Je me définissais en termes négatifs d’absence, mais je suis maintenant mari et père, ma famille d’aujourd’hui m’importe tout autant que celle d’hier. Je ne peux pas faire à mon enfant le cadeau d’un père mélancolique. J’ai le devoir d’être heureux et de pouvoir regarder l’horizon en pensant à toutes les possibilités qui s’offrent pour l’avenir. Vingt ans après, le Rwanda a sa jeunesse. Il faut la choyer, l’éduquer et lui ouvrir des portes, en appréciant le fait que le Rwanda soit encore là, qu’il n’ait pas explosé, qu’il existe toujours en tant que nation avec un contrat social à renouveler. Un travail important a été fait pour que le crime soit reconnu. C’est acquis. Sans rien oublier, il faut se dire que le monde nous appartient et que l’horizon est ouvert…

    Le pays est-il réconcilié ?
    Je préfère parler de cohésion. La réconciliation suppose une entente entre deux parties. Tant qu’on sera dans un monde bipolaire, on ne sera pas sortis de l’auberge ! En réalité, la véritable réconciliation doit se faire avec soi-même. Elle passe par chaque personne et implique d’aller vers nos racines, avec beaucoup d’amour-propre. Il faut regarder en arrière, ne pas nécessairement vomir ce qui a été enseigné par le colonisateur, mais se débarrasser de la condescendance laissée par les colons dans le regard que portent les Africains sur eux-mêmes.

    L’Afrique a-t-elle retenu la leçon donnée par le Rwanda ?
    Il faudrait que ceux qui ne se sentent pas concernés viennent au Rwanda comme en pèlerinage… Le paradigme a changé : on n’est plus au temps du colon et du colonisé comme après les indépendances. Désormais, c’est l’autochtone qui regarde son semblable en se demandant s’il ne serait pas mieux sans lui… L’instrumentalisation des masses, ces gens qui se jettent les uns sur les autres au nom de religions importées ou d’identités ethniques : toutes ces questions mériteraient que des écrivains et des intellectuels africains s’y attardent.

    Le Rwanda est-il devenu un pays à part en Afrique ?
    Non, le Rwanda fait partie de l’Afrique. Il se trouve même au coeur du continent. Les Rwandais appartiennent à cette région, aux peuples des Grands Lacs, à ces royaumes qui existaient là avant la colonisation. Le Rwanda a aussi ses spécificités : c’est un pays enclavé, avec une densité de population incroyable, sans égale ailleurs sur le continent. Le pays a sa culture et sa langue. Malheureusement, son image est associée au génocide. Il faudra quelque chose de plus valorisant pour qu’elle change, et ce processus a commencé. Il est possible de parler de ce pays autrement que comme le chaudron du diable !

    Pour en savoir plus

    L’angle mort de la bonne conscience française, par Dorcy Rugamba

    « Une société martiale et solidaire », entretien avec Dorcy Rugamba, in Rwanda, mille collines, mille douleurs, par Colette Braekman. Bruxelles, éd. Nevicata, coll. L’âme des peuples, avril 2014.

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