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    Grèce : les deux facettes de la crise

    media A l'aéroport d'Hellinikon, près d'Athènes, des bâtiments délabrés émergent de la verdure. Ici, l'entrepôt des bus. RFI

    La Grèce privatise pour rembourser ses dettes : l'Etat vient de céder l'ancien aéroport d'Athènes pour 915 millions d'euros au promoteur grec Lamda Development, dont le projet ne fait pas l'unanimité.

    Il veut construire un centre commercial, deux marinas et un centre d'affaires et de recherche sur un terrain où sont installés associations et services publics - qui réclament son maintien dans le secteur public.

    Il faut une vingtaine de minutes en métro pour arriver à Hellinikon. On y entre par de grandes rues le long desquelles des bâtiments délabrés émergent parfois de la verdure. A première vue, le lieu semble plutôt vide. Avec ses 620 hectares, l'ancien aéroport d'Athènes situé sur la commune d'Helleniko-Argyroupoli est un des rares espaces de ce type dans la capitale grecque, connue pour sa densité.

    Pourtant, il n'est pas complètement vide. Depuis son arrêt au début des années 2000, de nombreuses infrastructures publiques s'y sont installées. On y trouve une station de police, des pompiers, un centre d'entraînement qui date des jeux Olympiques de 2004 ou encore un entrepôt pour les bus, ainsi qu'une station météorologique. Toutes devront déménager pour laisser la place au projet de Lamda Development, avec ses hôtels, ses centres commerciaux, ses parcs à thème et un centre d'affaires et de recherche.
     

    Le secteur social a choisi d'occuper le terrain
     
    Le docteur Giorgos Vichas ne voit pas comment ses patients pourront s'offrir ces services de luxe. Il y a deux ans, il a installé une clinique gratuite sur le terrain d'Hellinikon. Les gens qui se rendent dans ces préfabriqués jaune-pâle font partie des 3 millions de Grecs qui n'ont plus de sécurité sociale à cause du chômage. En deux ans, la centaine de médecins bénévoles qui y travaillent ont déjà soigné plus 40 000 personnes. « La clinique est illégale », assume le docteur Vichas qui explique faire de la désobéissance civique. Il l'a montée sans aucune aide de l'Etat sur ce terrain qu'il n'a pas choisi par hasard : « j'ai voulu créer un projet utile ici pour montrer à l'Etat qu'on pouvait faire autre chose. »
     
    C'est ce qu'a voulu faire l'association Agros aussi. Un peu plus loin, à l'entrée d'un grand jardin, un panneau en bois prévient le visiteur : « potager autogéré, l'homme et la nature, au dessus du profit ». « Nous voulions répondre à la crise économique », explique Natassa Tsironi une des fondatrices. En 2011, ils ont arraché l'asphalte pour faire pousser leurs légumes. Aujourd'hui, leur jardin fournit une association d'aide aux sans-abris et une épicerie sociale dans laquelle les chômeurs peuvent acheter moins cher.
     
    Rembourser la dette
     
    Derrière ces projets, on trouve la mairie d'Helliniko-Argyroupoli. Elle leur a permis de s'installer ici, car elle est également opposée à toute privatisation. Elle-même risque de devoir déménager, puisqu'un de ses bâtiments administratifs et un centre culturel se trouvent sur le site même de l'ancien aéroport. Fereniki Vatavali conseille le maire sur les questions d'urbanisme. Selon elle, cet endroit devrait rester public : « Nous avons assez de bâtiments vides dans la ville pour installer des bureaux ailleurs ! » De plus, la mairie devra prendre en charge des travaux d'aménagement pour acheminer l'eau et l'électricité. Pour elle, les désavantages sont donc importants. Lorsque Lamda Development parle de la création 50 000 emplois, elle réfute : « ces emplois risquent de disparaître dans les communes aux alentours, où l'ont trouve surtout des petits commerces. »
     
    Cette privatisation fait partie d'un programme lancé en 2011 par l'Etat grec pour alléger la dette estimée aujourd'hui à 322 milliards d'euros, une somme beaucoup plus importante que la vente qui ne s'élève qu'à 915 millions. Selon l'agence nationale chargée des privatisations, c'est surtout l'investissement pour le réaménagement, estimé à 6 milliards d'euros, qui apportera « d'énormes » bénéfices au pays.

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