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    «Beyrouth, chroniques et détours»

    media « Beyrouth est une ville qu'on aime et déteste mille fois par jour ». Mashallah News

    Voulu comme un « hommage d'une nouvelle génération d'écrivains et de journalistes à la complexité de la capitale libanaise », ce recueil d'histoires perdues est surtout un salutaire travail de mémoire et un appel à la paix dans un pays où le passé n'est pas encore soldé.

    Beyrouth est une drogue douce : on s'y accroche et on l'aime parce qu'on la goûte chaque jour un peu plus. Tantôt elle tue, tantôt elle déracine son peuple aimant. « Beyrouth est une ville qu'on aime et déteste mille fois par jour. Tous les jours. C'est exténuant mais magnifique »,semble soupirer Nasri Atallah dans la préface de Beyrouth, chroniques et détours. « Cela m'a pris du temps pour m'y adapter », confirme Micheline Tobia. La jeune cofondatrice de Mashallah News, dont la famille s'est exilée durant la guerre, n'a découvert ses racines qu'en 2005. « Maintenant, je ne veux plus en partir. » Quelque part, ce recueil d'histoires oubliées explique pourquoi on s'attache à la capitale libanaise.

    Redécouvrir Beyrouth...

    Mashallah News est né en novembre 2010 pour prendre la forme d'un site internet. Sur cette plateforme, des articles en trois langues, français, anglais, arabe, racontent le Moyen-Orient, ses villes, ses sociétés. L'esprit de ce collectif d'auteurs et de graphistes réside dans le nom qu'il s'est choisi : Mashallah, « ce que Dieu a voulu ». La référence religieuse en a titillé plus d'un, laïcards ou intégristes. Mais « Mashallah », c'est surtout une expression largement répandue dans la rue arabe et c'est bien à cette connotation populaire que le groupe a voulu se rattacher.

    Ecrire Beyrouth ne se fait pas dans une bibliothèque. Mashallah News

    En 2012 germe chez les trois designers et cinq coordinateurs l'idée d'un recueil de récits de ces villes dont le site foisonne - près de 400 billets. Mais plutôt que de s'éparpiller, ils se sont focalisés sur cette ville mythique du bassin méditerranéen qu'ils connaissaient tous, bien qu'ils n'en soient pas tous originaires. Objectif : redécouvrir Beyrouth à travers des lieux et des histoires enfouies dans les mémoires. Un appel à contribution a été lancé, et les premiers textes sont arrivés.

    ... par des lieux et des hommes ordinaires

    Ecrire Beyrouth ne se fait pas dans une bibliothèque. Ecrire Beyrouth nécessite d'arpenter ses rues, de forcer la rencontre, pas toujours évidente, d'observer, de s'étonner, d'interroger, d'écouter. C'est ce qu'ont fait tous les auteurs, journalistes, sociologues, écrivains... Le témoignage est le sarment de cet ouvrage, et c'est pour cette raison qu'il est réussi. Nasri Atallah : « Beyrouth rend difficile le simple fait d'y vivre, d'y écrire, d'en rêver. Il résonne des conspirations et du bruit sourd des luttes de pouvoir régionales. Il n'est pas évident de s'intéresser alors aux vies ordinaires. Heureusement, certains s'en soucient, comme le prouve ce livre. Chaque contributeur a en lui un peu de l'historien, de l'antropologue et du journaliste. »

    L'homme est au coeur de chaque récit. De manières différentes : certains auteurs se sont personnellement impliqués. D'autres ont préféré garder la distance en optant pour la troisième personne et le reportage. Dans tous les cas, « des histoires extraordinaires de personnes ordinaires », dépeintes à travers :

    - Les lieux. Le cinéma Edison, le Sporting Club - piscine mythique -, les souks, une vieille demeure coloniale, une gare désaffectée, un ancien hôpital abritant des réfugiés... Tous sont propices à la rencontre. Racontés par les personnages qui les habitent, les détours de Beyrouth sont l'essence du livre.

    Le rêve de revoir un chemin de fer au pays du Cèdre est permis... Mashallah News

    - Le récit mémoriel. La structure du livre a beau être cohérente dans son chapitrage chronologique, le rapport au passé est une constante, même dans la partie Destin. Le Liban n'a jamais soldé ses comptes, rendant caduque toute prospective. Passé et avenir se conjuguent difficilement. Alors, au présent, des hommes et des femmes tentent de rééquilibrer la balance. Comme le fait Sophie Chamas dans Mon Père, récit enchâssé d'une véritable introspection familiale, signant là l'une des perles du recueil : « L'âge d'or, cette époque révolue, n'était pas sectaire à condition que le parfum de la religion soit étouffé par des couches d'habits branchés. »

    « On voulait casser cette image romantisée d'âge d'or d'avant guerre, de tomber dans le "c'était mieux avant", raconte Micheline Tobia. Les Libanais pensent que l'âge d'or sont les années 60 et 70, mais les gens galéraient autant. C'est juste qu'il n'y avait pas la guerre. » Une façon comme une autre, pour ces jeunes auteurs, de se « réapproprier Beyrouth et ses quartiers » - comme celui de Hamra -, montrant qu'elle n'appartient pas plus aux fantômes qu'aux miliciens.

    « Nous voulions aussi dépasser la vision communautarisée de Beyrouth », poursuit Micheline, « célébrer la diversité malgré les tensions », écrit Sophie Chombas. Problème : « Les Beyrouthins ont rarement (sinon jamais) été responsables de la construction de leur ville », dénonce Richard Pelgrim, en conclusion d'une superbe enquête-reportage sur l'histoire cachée de la construction de l'Université américaine de Beyrouth. Ainsi, loin de restituer une vision angélique de Beyrouth, « il y a aussi une part de critique de ce qu'est devenue Beyrouth aujourd'hui », pointe Micheline Tobia.

    « Beyrouth a traversé des siècles d'occupations et de guerres laissant des marques indélébiles malgré tous les efforts pour les effacer. »

    Montrer les strates

    Il est fascinant de voir les Libanais glorifier un pays bétonné, dont les décideurs publics n'ont qu'une piètre estime de la richesse patrimoniale, et dont l'atout charme réside finalement dans la résilience admirable et génétique, de ses habitants. « Il y a un attachement plus fort qu'ailleurs, car cela nous brise de la voir à chaque fois détruite », justifie encore Micheline.
    Détruite, puis reconstruite : « comme quelqu'un qui lutte contre les ravages du temps, écrit Paola Salwan Daher, en se faisant continuellement lifter la peau, Beyrouth a traversé des siècles d'occupations et de guerres laissant des marques indélébiles malgré tous les efforts pour les effacer. » A l'image des vieux souks traditionnels, transformés en galeries marchandes de luxe.

    L'illustration n'est pas réduite au rôle de faire-valoir du texte, elle le complémente. Les panoramas de montagnes et les rails en point de fuite traversent l'ouvrage et relient les pages entre elles. Pourtant, le concept original de superposer deux images l'une sur l'autre laisse sceptique. L'intention est bonne de vouloir montrer comment « la ville, loin d'être lisse et homogène, est constituée de plusieurs couches ». Hélas, le résultat engendre la destructuration d'une image, bien composée à l'origine, par une autre image. Il manque par ailleurs de force humaine : on aurait aimé voir Beyrouth de la même manière qu'on la lit.
    Qu'il sagisse de la guerre civile libanaise, de la syrienne actuelle toute proche, ou bien des innombrables attentats, la violence est une toile de fond imposée pour toute personne souhaitant peindre le Liban, caisse de résonnance des tourmentes régionales. Ressort donc de ces récits une tristesse, elle aussi chronique, latente. Mais également une dose d'espoirs - le rêve de revoir un chemin de fer au pays du Cèdre est permis, comme l'atteste l'histoire de Sarah Lily Yassine - dont seuls les Libanais restés au pays possèdent le secret.

    Beyrouth, chroniques et détours, éditions Tamyras, mars 2014.

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