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    Ahmet Şik, une voix déterminée contre la censure en Turquie

    media Ahmet Şik de retour à Paris, où il avait séjourné durant dix mois en 1996. Christophe Carmarans / RFI

    A l’heure où son pays connaît de nouveaux troubles un an après les événements de la place Taksim, le journaliste turc Ahmet Şik est à Paris pour recevoir le Prix mondial de la liberté de la presse 2014 décerné par l’Unesco. Censuré et emprisonné, il est la cible du pouvoir en place ainsi que des islamistes de Gülen.

    Dans une Turquie où la censure est plus que jamais de mise (11 journalistes y sont emprisonnés à l'heure actuelle selon les chiffres de Reporters sans frontières) et où le gouvernement peut décider de bloquer le réseau Twitter du jour au lendemain comme ce fut le cas en mars dernier, Ahmet Şik fait œuvre de résistance. Depuis des années, ce journaliste récompensé ce vendredi 2 mai par l’Unesco du Prix mondial de la liberté de la presse 2014 dénonce autant la corruption qui règne dans son pays que les atteintes à la liberté d’expression et aux droits de l’homme qui s’y multiplient (la République turque pointe en 154e position sur 180 pays dans le classement mondial 2013 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières).

    Saisi et interdit

    À 44 ans, ce natif d’Adana au sud-est de l’Anatolie, a été convoqué devant la justice à maintes reprises pour ses écrits. Et il a aussi purgé un an de prison à titre provisoire, en attendant un procès dont lui-même ne sait pas s'il aura lieu mais où il pourrait encourir entre sept et quinze ans de détention s'il était reconnu coupable. Fait sans précédent en Turquie, l’un de ses livres, L’Armée de l’Imam (Imamin Ordusu, en turc), a été saisi et interdit avant même sa parution, il y a trois ans. Dans cette enquête minutieuse sur le mouvement Gülen, une confrérie musulmane nationaliste guidée depuis les Etats-Unis par le penseur Fethullah Gülen, Ahmet Şik dénonçait les liens entre la police, de tradition laïque, et cette organisation islamique aux contours assez flous mais très active dans la société turque, suspectée également dans le livre d’avoir infiltré la justice.

    Le 24 mars 2011, la police a perquisitionné dans les bureaux de sa maison d’édition Ithaki, dans les locaux du quotidien Radikal pour lequel il travaillait à l’époque et au cabinet de Fikret Ilkiz, son avocat. Après avoir fouillé les ordinateurs, les policiers ont copié les fichiers contenant le manuscrit du livre puis l’ont effacé afin qu’il ne soit pas publié, un comportement totalement contraire au droit turc en matière d’édition. Le journaliste lui-même a été incarcéré et les autorités l’ont inculpé au motif que le livre contenait à leurs yeux des « éléments criminels » et qu’il faisait « de la propagande pour une organisation terroriste », à savoir pour Ergenekon, un réseau mafieux d’extrême droite mêlé à de nombreuses affaires politico-criminelles.

    Le livre sort quand même

    Ces accusations étaient d’autant plus révoltantes pour Ahmet que c’est lui-même qui avait révélé, à travers plusieurs enquêtes menées entre 2007 et 2009, qu’Ergenekon avait fomenté un coup d’État contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan en 2003. Au bout du compte, il a passé 375 jours en prison avant d’être libéré en mars 2012. Cela n’a cependant pas empêché la sortie du livre mais sous un autre nom, 000Kitap (Le Livre000, ndlr), et chez une autre maison d’édition, une publication rendue possible grâce au soutien de 125 activistes, journalistes et universitaires qui s’étaient associés pour organiser sa publication, en signe de défi.

    « J’accorde beaucoup d’importance à mon métier de journaliste mais je ne crois pas que le journaliste doive être dans l’objectivité absolue » précise Ahmet, dans un hôtel du XVe arrondissement de Paris, à quelques heures de recevoir son prix. « Je pense, poursuit-il, que le journaliste doit prendre parti dans ce qu’il fait. Pas dans ses investigations mais vis-à-vis de la population qui est oppressée et qui veut revendiquer ses droits ». Pour lui, le journalisme est un moyen de contrôler l’action des dirigeants et aussi un moyen de permettre au droit d’être appliqué. « Nous faisons un métier d’intérêt public, insiste-t-il. Et nous sommes les garants de l’application des droits de chacun dans la société ».

    Journaliste depuis 1991, Ahmet a travaillé successivement pour le quotidien de tendance kémaliste Cumhuriyet (la République en turc, ndlr), les quotidiens de gauche Radikal et Evrensel (Universel, en turc), le quotidien libéral Yeni Yüzyil (Nouveau Siècle, en turc) ainsi que pour l’agence Reuters et l’hebdomadaire Nokta, lequel a cessé de publier en 2007 sur pression des militaires. A l’époque, le lauréat du prix 2014 de l’Unesco avait fait plusieurs révélations dans Nokta qui lui avaient déjà valu des poursuites. Aujourd'hui, il n'écrit plus que pour des médias indépendants et plus confidentiels car la presse traditionnelle ne veut plus l'employer. Et il enseigne aussi le journalisme à l'université Bilgi d'Istanbul.

    Un problème de démocratie

    L’an dernier, Ahmet a évidemment couvert les événements de la place Taksim et il en porte encore les stigmates, une cicatrice sur le crâne, souvenir d’une grenade lacrymogène tirée par un policier qui lui a valu plusieurs points de suture et la Une des journaux, le visage en sang, le 31 mai dernier. Très humble par rapport à l’honneur qui lui est fait, Ahmet est presque gêné aujourd’hui d’être honoré par l’Unesco. « Parce que, rappelle-t-il, j’ai des amis qui sont toujours en prison. Et parce que, par le passé, j’ai aussi des amis qui ont payé de leur vie le simple fait d’exercer leur métier. Donc je ne voudrais quand même garder mon respect pour ces gens-là, qui paient toujours le prix fort ou qui ont payé de leur vie leurs prises de position ».

    A l’heure où le régime en place se montre de plus en plus intransigeant vis-à-vis des médias, le journaliste stambouliote tient aussi à rappeler que c’est la routine en Turquie d’être inquiété par la justice et la police quand on essaie de faire du journalisme. « Il ne faut pas oublier, développe-t-il, que la Turquie est un pays où tout opposant subit la même chose : les étudiants qui demandent une éducation gratuite, les écologistes et les paysans qui protègent leur eau et leurs terres contre les privatisions, les kurdes sur la question kurde et aussi les minorités non musulmanes. Chacun peut devenir la cible de l’État dès que l’on s’oppose au pouvoir. En Turquie, conclut-il, il y a un problème avec la démocratie en général ».

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