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    De Brazzaville vers Kinshasa, exode massif sur le fleuve Congo

    media Carine, 24 ans, n'a pu ramener aucun de ses biens du Congo, faute d'argent. RFI/Habibou Bangré

    Près de 80 000 ressortissants de la République démocratique du Congo ont quitté Brazzaville depuis le lancement, début avril, d'une chasse aux clandestins et aux délinquants.

    La plupart des Congolais, en règle ou non, auraient fui par crainte d’une expulsion violente après des témoignages de graves violations des droits de l’Homme.

    Kinshasa,
     
    « Libérés ! Libérés ! Libérés ! » Des centaines de Congolais chantent, sourire aux lèvres, et saluent de la main la foule qui les attend au beach Ngobila, le port de Kinshasa. Tous ont été expulsés ou ont fui le Congo-Brazzaville, ancienne colonie française de 4 millions d’habitants où ils espéraient une vie meilleure.

    Finalement, ils n’ont pas fait fortune dans le pétrole, principale richesse du pays, mais survivaient comme femme de ménage, chauffeur de taxi, maçon, commerçant… « Au Congo, tu peux bien manger, bien dormir, mais si tu es Congolais de Kinshasa, ce ne sont que des insultes en cours de route », résume Barnabé, 46 ans, pêcheur.

    Des injures, Jenny en a entendu. Elle raconte, assise près d’un gros sac de toile blanc avec sa télévision, ses casseroles et quelques vêtements : « Quand tu pars au marché et que la vendeuse entend à ton accent que tu es de Kinshasa, on t’insulte. » Dans le genre : « Zaïrois, indésirables ! », « Vous êtes trop sales, partez ! » ou encore « Vous êtes venus nous envahir ici ! »
     
    « La gifle des aînés »
     
    Selon certains des 500 000 ressortissants de l’ex-Zaïre, souvent installés au Congo voisin depuis des années, le climat s’est fortement dégradé avec le lancement, le 3 avril, de « mbata ya bakolo », la gifle des aînés en lingala. Dans la ligne de mire de cette opération policière, les étrangers clandestins et les délinquants.

    « J'étais bien de l'autre côté, au Congo. Mais des Congolais de Kinshasa sont venus à Brazzaville et ont commencé à voler... Alors, je n'ai rien à dire sur la décision d’expulsion du Congo », se résigne amèrement Mado, une grand-mère de 63 ans au visage à peine ridé, revenue au pays le 30 avril, après huit ans à Brazzaville.
     
    Le Congo a affirmé avoir expulsé moins d’un millier de Congolais de RDC depuis le début de « mbata ya bakolo », or selon Lambert Mende, porte-parole du gouvernement de RDC, Kinshasa, de son côté, estime que 80 000 personnes sont rentrées. En fait, la plupart aurait fui par peur d’être forcées au retour.

    D’autant que plusieurs des 5 000 personnes arrivant chaque jour à Kinshasa, accusent la police de Brazzaville d’avoir « déchiré » ou « brûlé » leurs papiers pour en faire des clandestins. D’autres, comme Bienvenu, 21 ans, disent s'être fait arrêter et expulser alors qu'ils allaient régulariser leur situation.
     

    Des Sénégalais et des Centrafricains
     
    « Beaucoup arrivent sans papiers (…) donc dès lors pour établir leur nationalité, ce n'est pas une chose aisée », a dit mercredi à la presse Florian Morier, chargé de projet à l’Organisation internationale pour les migrations. Des étrangers, dont des Sénégalais et des Centrafricains, ont ainsi été envoyés en RDC, a-t-il rapporté. 

    Au beach Ngobila, un responsable de la Croix-Rouge a recensé un certain nombre de violations des droits de l’Homme. Il raconte que, fin avril, deux femmes ont accouché dans un bateau et que de nombreux cas de coups et blessures sont enregistrés. Plus grave, « il y a un garçon qui était gonflé au niveau de la gorge, comme si on avait essayé de l’étrangler » et « un autre qui a été « repassé » sur le dos et le ventre ».

    Il y a aussi des rumeurs persistantes de violences sexuelles, mais jusqu’ici pas un seul cas n’a été signalé à la Croix-Rouge, explique Doris Muyemba, président de cet organisme pour la commune de Kinshasa.

    Descendus du bateau, les Congolais qui peuvent s’offrir le déménagement récupèrent leurs effets. Les autres sont dévastés. « Je n’avais pas d’argent pour transporter mes affaires ! Je veux rentrer les prendre ! », pleure à genoux Carine, 24 ans. « Nous sommes venus comme ça, mains vides », lâche Beya, 40 ans, comme anesthésiée.
     
    A la sortie du beach, des bus se succèdent pour emmener les Congolais au stade Cardinal Malula et à la cour de la mairie de Kinshasa. Un policier qui assiste à ce défilé ironise, sourire en coin. « Ils voulaient trouver une vie meilleure, mais voilà… Nous, nous sommes déjà habitués à la famine ! »

    Le gouvernement, l’ONU et des ONG assurent tant bien que mal la distribution de nourriture et d’eau, ainsi que la mise en place de latrines. Un peu partout, du linge sèche, des matelas et des bagages sont amoncelés, des abris sont fabriqués avec des pans de plastique ou des pagnes… Dérisoire contre les orages.
     
    Le Congo a reconnu des dérapages

    Des hommes jouent aux cartes, d’autres siestent à même le béton, des femmes se font tresser, des mères lavent leurs enfants, font leur lessive ou leur vaisselle à l’aide de seaux et de bassines. Plus loin, des patients consultent le dispensaire improvisé. Pathologies les plus fréquentes : paludisme, diarrhées et, chez les enfants, malnutrition.

    Alors que « mbata ya bakolo » pourrait encore durer un mois, Kinshasa muscle ses accusations. « Nos compatriotes subissent des exactions, des extorsions, des tortures et des lynchages de la part de certains éléments de la police et des bandes de jeunes xénophobes » du Congo, dénonce le compte-rendu du conseil des ministres tenu mardi.

    Le Congo a reconnu des dérapages. Sentence : 17 policiers radiés. Mais de l’autre côté du fleuve séparant Brazzaville et Kinshasa, des habitants outrés plaident pour une rupture des relations diplomatiques. Les Congolais de Brazzaville craignent d'être pris pour cible, des étudiants installés en RDC ont ainsi préféré rentrer chez eux fin avril.

    « Ceux qui commettent des fautes, d’accord, il faut les expulser », commente Bernadette, une Kinoise compatissante. Puis, elle se met en colère et fulmine. « Les autres, est-ce qu’on peut les expulser comme ça ? Donc, bientôt, on va renvoyer la Première dame du Congo, née en RDC et dont les parents sont enterrés ici ? »

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