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    «Echo saharien»: voyage à l'intérieur des mondes touaregs

    media Intagrist El Ansari, originaire de Tombouctou, publie "Echo saharien, l’inconsolable nostalgie". DR

    Un journaliste touareg basé en Mauritanie, Intagrist El Ansari, publie Echo saharien, l’inconsolable nostalgie, le récit de son périple en 2009 et 2010 dans le nord du Mali d’avant la crise et dans le sud de l’Algérie.

    Ici, ni exotisme ni considérations politiques, mais plutôt un retour aux sources sur les terres de son enfance. Avec une conviction : « L’histoire des Touaregs ne peut pas s’écrire sans eux ».

    Touareg issu de la tribu Kel Ansar de Tombouctou, Intagrist El Ansari est un journaliste indépendant de 36 ans, basé depuis début 2012 à Nouakchott, en Mauritanie. Il a tiré un récit de son long voyage en 2009 et 2010 dans le nord du Mali et le sud de l’Algérie, pour répondre à « l’appel du désert ». Un univers qui lui avait manqué pendant ses années en France – pendant deux ans à partir de ses 15 ans (1993-1995), puis de 2000 à 2009.

    Il raconte le Sahara à travers plusieurs étapes : Ménaka, Tamanrasset, Kidal, Gao et Tombouctou. « Une réflexion intérieure, personnelle », sans référence au chaos qui prévaut au nord du Mali depuis 2012. Une longue crise qu’il a ensuite couverte pour l’agence de presse Infosud entre autres.

    Kidal, « triste et hypertendu »

    Dans ce monde où les distances se comptent surtout en heures de route, il livre ses impressions à Ménaka, la première ville saharienne après le Sahel : « Le silence est surnaturel. Comme dans une île inhabitée. La pureté du lieu offre l’agréable et douce sensation d’être sur une autre planète… J’ai l’étrange impression que la mer n’est pas très loin, peut-être parce que le désert est là ! »

    L’auteur évite les sujets politiques, mais il exprime son attachement à la société et aux valeurs touarègues : érudition, foi, partage, faible intérêt pour les possessions matérielles… Bref, « les bras, le cœur et la tête ouverts », écrit-il.

    Après une longue étape à Tamanrasset, une ville qui l’enchante, il ressent Kidal comme une bourgade oppressante. Ce qui était déjà un fief des rebelles touaregs et des islamistes, fin 2009, lui paraît un lieu « triste et hypertendu ». Construite pour abriter un bagne à plus de 1 500 kms de Bamako, Kidal ressemble à « une cour de prison où chaque prisonnier surveille l’autre », dans une « tension palpable à chaque coin de rue ».

    Des signes annonciateurs de troubles

    A Tombouctou, il perçoit aussi des signes annonciateurs de troubles, avec les mouvements incessants entre la ville et l’arrière-pays désertique des groupes armés ou de leurs relais. Mais ces inquiétudes ne gâchent pas pour autant, à l’époque, le plaisir de ses retrouvailles avec la ville mythique du désert, qui est aussi celle de ses ancêtres. Dans l’ancienne cité caravanière, il installe sa tente et son matelas sur le toit d’une maison qu’on lui prête, et se replonge dans l’histoire. Il relit Essai sur les origines des Touaregs de l’anthropologue Jacques Hureiki (Karthala, 2003). Le seul livre de référence à son avis sur le sujet. « Avant Jacques Hureiki, les Touaregs ont toujours été présentés comme un « peuple monolithique ». Un non-sens quand on connaît la multiplicité des tribus, la diversité de leurs cultures, traditions, et surtout la lecture historique qu’elles ont d’elles-mêmes ».

    Le point de vue des civils

    Intagrist El Ansari relève que cette étude imposante, qui se base sur diverses sources orales et écrites, « détruit les projections entretenues sur l’histoire des Touaregs depuis les premiers voyageurs européens au XIXe siècle. Ces explorateurs avaient une méconnaissance du sujet qui conduira beaucoup d’entre eux à écrire une construction idéologique purement fantasmatique sur les « seigneurs, les hommes bleus du désert », qui étaient alors un rempart invincible à la pénétration coloniale ».

    Ce romantisme brouille encore en France les perceptions sur le nord du Mali, où les Touaregs représentent en réalité des sociétés « très fragmentées », rappelle l’auteur, avec « des situations très différentes à Kidal, Gao ou Tombouctou ». Par ailleurs, « une très grande majorité de Touaregs n’a pas approuvé les évènements de 2012 et paie largement le prix de la crise », affirme Intagrist El Ansari, qui s’attache à donner le point de vue des civils dans son travail de journaliste.

    Avec son récit, il propose une plongée dans le « monde touareg » sans passer par « cette histoire très réductrice de rébellion ». Pour comprendre, il faut aller au-delà des enjeux politiques, et partir avec lui à la rencontre des nomades du nord-Mali. 

    Echo saharien, l’inconsolable nostalgie, par Intagrist El Ansari. Paris, éditions Cécile Langlois, 2014. 201 p. 17 euros.

    http://www.editionslangloiscecile.fr/catalogue/

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