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    Namibie: les Hereros et les Namas se mobilisent contre l'oubli

    media Des femmes hereros manifestent contre l'oubli de leurs ancêtres RFI/Cécile Leclec

    En Namibie, 110 ans après le génocide de leurs ancêtres, les Héréros et les Namas sont toujours hantés par l'Empire colonial allemand. Ils restent mobilisés pour obtenir une reconnaissance du génocide par Berlin. Un combat qui passe aussi par la restitution des terres spoliées et le retour des crânes de leurs ancêtres au pays.

    « Nous ne nous tairons pas, même s'il faut attendre cent ans de plus ». Ester, présidente d'une association pour la reconnaissance du génocide herero, bombe fièrement le torse dans sa chemise à épaulettes et sa jupe à cerceaux noire et blanche. Des tenues inspirées des robes des épouses des missionnaires allemands. Les hommes portent quant à eux des costumes militaires. Tous sont venus rendre hommage à leurs ancêtres à Swakopmund, là où des champs impressionnants de squelettes ont été révélés par les vents de la région, il y a cinq ans : ce sont des ossements des Hereros et des Namas morts dans le camp de concentration de la ville au début du XXe siècle.

    Quand on fait remarquer à la femme d'une cinquantaine d'années que les Héréros portent les vêtements de l'ancien oppresseur, elle hausse la tête. « Et alors ?! Moi, je suis 100 % herero mais j'ai du sang allemand ! Car mon grand-père Kambuke était à moitié allemand, il est le fruit d'un viol ». Comme de nombreuses femmes au début du XXe siècle, l'arrière-grand-mère d'Ester a été abusée par les soldats allemands en guerre contre son peuple.

    C'est en 1904 que les peuples Herero et Nama se révoltent, las de se voir voler leurs propres terres dans ce qui est alors appelé le Sud-Ouest africain allemand. La répression est sans appel. Le général de l'époque, Lothar Trotha, va jusqu'à signer des ordres d'extermination : tout Herero ou tout Nama vivant doit être tué. Puis les deux peuples sont parqués dans des camps de concentration où ils meurent de soif et d'épuisement. Entre 1904 et 1908, plus de 60 000 Hereros meurent sur les 80 000 que comptait le pays, 10 000 Namas sur 20 000. Si bien que, autrefois majoritaire, la population herero ne pèse plus que 10 % de la population namibienne.

    Des femmes et hommes namas se recueillent dans un cimetière. RFI/Cécile Leclerc

    L'indifférence de l'Allemagne

    « Vous comprenez, ces blessures, on les garde en nous », martèle Ester. « Aujourd’hui, nous combattons pour obtenir la reconnaissance du gouvernement allemand des atrocités commises ; ils doivent nous demander pardon pour ce qu'ils ont fait ! Et nous avons besoin de réparations, à hauteur de plus de deux milliards de dollars, pour pouvoir récupérer nos terres » poursuit-elle, en montrant sa coiffe, celle des ancêtres éleveurs : un chapeau avec deux espèces de pointe, censées représenter les cornes des vaches – en souvenir du bétail et des terres perdues. Aujourd'hui encore, les terres appartiennent aux descendants germanophones des génocidaires restés au pays ou aux Boers sud-africains. Car après la Première Guerre mondiale, la Namibie est tombée dans le giron sud-africain. L'apartheid a laissé des traces et très peu de Namas ou de Héréros ont pu redevenir éleveurs ou cultivateurs.

    Mais pour Berlin, hors de question de reconnaître le génocide, cela reviendrait à payer des réparations, chose impensable pour le gouvernement allemand. Il préfère faire la sourde oreille. Pour le sociologue spécialiste de la Namibie, Reinhart Kößler, la situation est bloquée : « la diplomatie allemande a peur du mot « génocide », elle a déjà le traumatisme de la Shoah. Je ne vois pas de perspectives pour l'avenir : je ne pense pas qu'un président ou un chancelier allemand va venir en Namibie à court ou moyen terme et parler ouvertement de cette histoire commune ».

    Cependant, même si l'Allemagne refuse de payer des réparations, elle culpabilise : chaque année, elle offre une enveloppe d'aide au développement à hauteur de 77 millions d'euros au gouvernement namibien... dominé par les Ovambos, une autre ethnie. De l'argent qui ne profite pas directement aux Hereros et aux Namas qui se sentent délaissés. Ester en garde un goût amer : « Le gouvernement namibien ne nous soutient absolument pas dans notre combat, il est manipulé par l'Allemagne qui lui offre tout cet argent ».

    Des réparations, des excuses mais aussi la restitution des crânes !

    L'un des 20 crânes de guerriers héréros et namas, exposé ici lors d'une cérémonie à l'hôpital de la Charité de Berlin, le 30 septembre 2011. REUTERS/Tobias Schwarz

    Un fichu sur la tête, et dans une robe colorée, Ida acquiesce. Cette présidente de l'association pour la reconnaissance du génocide des Namas multiplie les allers-retours en Allemagne pour faire entendre sa voix auprès de la société civile allemande. Car quelque 300 crânes des ancêtres héréros et namas sont encore là haut, en Europe, répartis entre l’hôpital la Charité à Berlin et l'université de Fribourg. « Ils doivent rassembler les crânes et nous les rendre ! Ce sont nos crânes, nos ancêtres, c'est tellement important pour nous ». Leona, la grand-mère d'Ida, a vécu dans un camp de concentration allemand : elle a raconté à sa famille comment elle a dû nettoyer les crânes des autres cadavres, les scalper, retirer la peau et les yeux... Bref, les préparer afin qu'ils soient envoyés en Allemagne pour des recherches dites « anthropologiques ».

    Les scientifiques allemands de l'époque voulaient ainsi prouver l'infériorité de la race noire. En 2011, l'Allemagne a fait un geste et a rendu une vingtaine de crânes aux associations nama et herero. La cérémonie de commémoration à Berlin a coupé court : les Namas et les Hereros ont hué la ministre allemande déléguée aux Affaires étrangères de l'époque, Cornelia Pieper, pour lui demander des réparations ! Depuis, un autre retour de crânes a été organisé début 2014 mais les associations n'ont même pas été consultées. Pour Ida et les autres, ce fut comme un coup de poignard dans le dos. Ils le disent : « Le combat ne fait que commencer ».

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