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    La vie à double fond de Fidel Castro révélée par son garde du corps

    media Vers 1980, les deux vedettes de Fidel Castro, les Pionera I et II, accostées. Discussion préparatoire en vue d'une partie de chasse sous-marine, avec un caméraman et un éclairagiste. L'auteur, Juan Reinaldo Sánchez, a une combinaison marron. DR/Editions Michel Lafont

    Après avoir vécu dix-sept ans dans l’intimité de Fidel Castro, son garde du corps personnel, Juan Reinaldo Sánchez publie La vie cachée de Fidel Castro, un portrait du Lider máximo qui met à mal la légende du combattant frugal. Il y décrit le maître de Cuba en amateur de pêche sous-marine, ayant une île à son usage exclusif comme maison de campagne. La légende castriste en sort bien bousculée.

    S’il n'y a pas de héros pour son valet de chambre, il n’y en a pas davantage pour son garde du corps. Le lieutenant-colonel Juan Reinaldo Sánchez le démontre largement dans La vie cachée de Fidel Castro, le récit coécrit avec Axel Gyldèn, des dix-sept années qu’il a passées au service rapproché du maître de Cuba. De 1977 à 1994, ce militaire a vécu tout près de Fidel au point de percer la plupart des secrets de celui qui se voulait un révolutionnaire exemplaire vivant de peu et consacrant son énergie à son pays. Alors que le magazine Forbes lui attribue en 2006 une fortune de 900 millions de dollars, lui affirme se contenter de 40 dollars par mois, le montant de son salaire.

    Une île secret d’Etat

    En ce qui concerne l’austérité affichée par un Fidel Castro bourreau de travail, le garde du corps livre une tout autre version. Couche-tard et lève-tard (jamais avant 10-11 heures), le président est un adepte accompli de la chasse sous-marine. Pour s’y adonner, celui qui a souvent dit son mépris du concept bourgeois des vacances, dispose pour son usage exclusif d’une île de rêve, à 15 km de la baie des Cochons.
     

    En Equateur en 1988, une journaliste demande un autographe. De peur d'un attentat au stylo empoisonné, l'auteur le retire des mains de Castro. DR/Editions Michel Lafont DR/Editions Michel Lafon

    Secret d’Etat, l’existence de l’île de Cayo Piedra et la vie dorée qu’on y mène avec de rares  invités comme Gabriel Garcia Marquez, sont encore maintenant peu connues. Yachts luxueux, parties de pêche mémorables, piscine d’eau douce, tout cela ressemble beaucoup plus à un caprice de tycoon qu’à la retraite d’un révolutionnaire, bien qu’on y ait construit une rampe de missiles sol-air.

    Quand il regagne La Havane, Fidel dispose d’une maison (parmi une vingtaine dans la pays) tout aussi confortable située sur un terrain de trente hectares. Le parc arboré de Punto Cero est un véritable jardin d’Eden qui entoure une maison de maître « à l’ancienne » d’une surface de 500 mètres carrés, les vastes pelouses flanquées d’une piscine. Quatre jardiniers s’emploient à entretenir l’ensemble qui compte également une autre maison et six serres pour les fruits et les légumes.

    Fidel qui a d’importants troubles digestifs, ne mange que des produits frais et il ne boit que du lait de « sa » vache, identifiée sous le numéro 5… Il a renoncé à ses emblématiques cigares depuis 1985, tout comme à son péché mignon, le Chivas Ragal, mais accompagne volontiers ses repas, en général légers, d’un peu de vin algérien.

    Donneurs de sang    

    Certes, admet Juan Reinaldo Sánchez, ce n’est ni plus ni moins ce que nombre de riches possèdent dans le monde. Mais, ce qui choque le garde du corps, c’est la comparaison avec le sort des Cubains qui comme lui, ont droit à cinq œufs par personne et par mois, cinq cents grammes de poulet, deux cent cinquante de poisson, un quart de litre d’huile, des haricots noirs, du lait en poudre (réservé aux enfants de moins de 7 ans) et un pain par jour...  

    Comme tous ceux qui sont arrivés au pouvoir par un coup de force, Fidel se méfie de subir le même sort. Il ne se déplace jamais sans au moins une dizaine de gardes du corps et conserve à ses pieds, dans la Mercedes offerte par Saddam Hussein, une arme prête à faire feu.

    Parmi les hommes qui l’entourent en permanence, deux ont une mission bien particulière. Ils ne sont ni ceintures noires de karaté, ni champions de close-combat et encore moins tireurs d’élite. Non, ces deux hommes sont tout simplement porteurs d’un groupe sanguin très rare, le 0 négatif, qui se trouve être justement celui de Fidel Castro. Les deux donneurs potentiels sont aussi réquisitionnés à proximité du président quand celui-ci a des problèmes de santé.

    Sosie à la parade

    C’est ce qui s’est produit en 1983 rapporte, Juan Reinaldo Sánchez. Castro est alors hospitalisé pour une hémorragie intestinale due à un cancer, croit-il savoir, dans une unité dotée des meilleurs équipements et qui lui est exclusivement réservée. Les soins et la convalescence l’éloigneront de ses activités durant plus de trois mois. Les Cubains n’y verront que du feu, car tout est prévu pour laisser croire que Fidel continue de veiller sur l’île. C’est donc le moment où on sort le « sosie ».
     

    Dans l'Iliouche présidentiel, en 1988. Accroupi à sa droite, non grimé et en veste sombre : le «sosie » de Fidel Castro, Silvino Alvarez. DR/Editions Michel Lafon

    Cette fonction est assurée par Silvino Àlvarez. L’homme ne ressemble pourtant pas de façon frappante au Comandante. Plus petit, imberbe, le remplaçant est au moment requis, dûment maquillé, habillé et affublé d’une fausse barbe. Tous les jours qu’a duré la convalescence de Fidel, son « sosie » a été promené à l’arrière, du côté droit de la Mercedes présidentielle. Sur le trajet domicile-bureau, le faux président s'autorise même à baisser la vitre pour saluer de la main le bon peuple ainsi rassuré sur la conduite des affaires de l’Etat. Le même scénario gagnant se répètera en 1992 alors que Fidel fait une rechute au cours de laquelle il frôle la mort. 

    Le culte rendu par les Cubains à leur chef est la plupart du temps sincère, admet Juan Reinaldo Sánchez. Lui-même reconnaît avoir longtemps considéré Fidel Castro comme un dieu. « C’est l’homme que j’admire le plus au monde et pour qui je suis prêt à donner ma vie quoiqu’il arrive », écrit-il alors qu’il croise Fidel lors de ses premières missions.

    Près de deux décennies plus tard, il ne reste rien de l’enthousiasme de naguère. En 1994, la fille de Juan Reinaldo Sánchez émigre avec son mari au Venezuela et son frère fuit aux Etats-Unis. Cela suffit à faire de lui un suspect, Castro le fait arrêter. Il restera en prison deux ans et y sera torturé. En 2008, après dix tentatives infructueuses, il parvient à gagner les Etats-Unis où il vit depuis. Malade, Fidel Castro a cédé le pouvoir à son frère Raúl en 2006.     

    La vie cachée de Fidel Castro, de Juan Reinaldo Sánchez et Axel Gyldèn. Ed. Michel Lafon.

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