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    Relents de régime totalitaire au Paraguay

    media Le president du Paraguay, Horacio Cartes, lors de sa prise de fonction à Asunción, le 15 août 2013. Reuters/Jorge Adorno

    Paysans, indigènes, femmes, homosexuels ou fonctionnaires non affiliés au parti au pouvoir, tous sont victimes au quotidien des exactions d’une classe dirigeante violente et rétrograde.

    Par Tony Robin,

    Lundi soir, une soixantaine de militants LGBT et cinq journalistes qui couvraient la « marche pacifique contre les discriminations » ont été agressés par les forces de l’ordre au Paraguay. Une violence ordinaire dans ce pays d’Amérique du Sud… Mais qui détonne dans le cas présent, car la répression a été commise en présence des délégations des pays-membres de l’Organisation des Etats américains (OEA), lors du sommet annuel de cette Institution, du 3 au 5 juin à Asunción.

    « Même en présence de délégués internationaux, le gouvernement continue de violer les droits de l’homme en réponse systématique aux citoyens qui osent exprimer leurs revendications », analyse Lilian Soto, leader du mouvement progressiste Kuna Pyrenda – qui signifie en guarani  « lieu où les femmes laissent une empreinte » - et ancienne ministre du gouvernement Lugo de 2008 à 2012.

    Les manifestants s’étaient donné rendez-vous après des déclarations homophobes prononcées au Sénat la semaine précédente. Le sénateur Carlos Nuñez avait notamment exhorté à la haine contre les homosexuels et les travestis, « des fléaux pour la société ». Lors de la même session, José Manuel Bóveda avait comparé les femmes à « des animaux domestiques, des petits chiens fidèles au service de l’homme ». Malgré l’absence de statistiques précises, on estime qu’entre vingt et trente Paraguayennes sont tuées chaque mois sous les coups de leurs partenaires.

    Le procès du « massacre de Curuguaty »

    Les dernières présidentielles d’avril 2013 ont consacré la victoire d’Horacio Cartes, et avec lui le retour au pouvoir du Partido colorado, héritier de la dictature (1954-1989). Sa première décision a été de nommer au cabinet ministériel deux anciens conseillers du tyran Alfredo Stroessner, dont Eladio Loizaga, ancien membre de la Ligue mondiale anticommuniste. Le début de la saison du soja, dont le Paraguay est le quatrième exportateur mondial, révélera sans doute à ceux qui ne les connaissent pas encore les méthodes du nouveau mandataire…

    En novembre dernier, une mission internationale des droits de l’Homme a arpenté les zones rurales du pays, en proie à un conflit meurtrier entre grands propriétaires terriens producteurs du soja transgénique et familles de petits paysans. L’organisation a relevé « la parfaite connivence des forces de l’ordre publiques avec les groupes paramilitaires du secteur agro-exportateur, responsables de nombreux assassinats de paysans et d’indigènes ».

    L’élection en 2008 de Fernando Lugo avait mis fin à soixante-deux ans d’hégémonie du Partido colorado, dont trente-cinq ans de la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989). L’ancien évêque avait pu commencer à mettre en place des réformes sociales inédites au Paraguay, comme les soins gratuits pour tous, une pension pour les personnes âgées et des aides à l’insertion des indigènes. À son éviction en 2012, les programmes sociaux sont abandonnés du jour au lendemain. Les fonctionnaires publics recrutés sous son mandat sont virés, accusés d’être des « gauchistes » ou des « communistes ».

    À partir du 26 juin prochain, se déroulera le procès du « massacre de Curuguaty », moment-clé de la chaotique transition démocratique paraguayenne. Il y a deux ans, 11 paysans sans terre et six policiers trouvaient la mort lors d’un affrontement sanglant, qui allait provoquer la destitution du président Lugo. Douze paysans sans terre seront sur le banc des accusés. Aucun membre des forces de l’ordre. Pour Guillermo Ferreiro, l’un des avocats des prévenus, « ils doivent tous sortir libres du tribunal car il n’y a aucune preuve contre eux, mais l’arbitraire des institutions de ce pays me laisse peu d’espérance ».

    « Même en présence de délégués internationaux, le gouvernement continue de violer les droits de l’homme en réponse systématique aux citoyens qui osent exprimer leurs revendications ». Reuters/Jorge Adorno

     

     

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