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    En Bolivie, les mannequins «Cholitas» ont le melon

    media Devant le miroir, cette élève mannequin apprend à corriger ses erreurs. RFI/Reza Nourmamode

    La première école de « Cholitas » a vu le jour à La Paz. Ses mannequins portent fièrement la tenue traditionnelle des Indiennes Aymaras, autrefois synonyme de discrimination raciale et sociale.

    Depuis l’arrivée au pouvoir en 2006 d’Evo Morales, premier président indigène de l’histoire de la Bolivie, ces vêtements sont désormais le symbole de la dignité retrouvée des populations indiennes.

    De notre correspondant à La Paz,

    Des mannequins qui ont le melon, rien de surprenant, sauf qu’en Bolivie elles le revendiquent. Et elles le portent fièrement : le chapeau melon, mais aussi de longues tresses noires dans le dos, un corset et une jupe aux couleurs vives assorties et au moins cinq couches de jupons blancs à dentelles. Cette tenue traditionnelle des Indiennes Aymaras a repris des couleurs depuis l’arrivée au pouvoir en 2006 d’Evo Morales, le premier président indigène de l’histoire de la Bolivie. Autrefois synonymes de discrimination raciale et sociale, les vêtements de la « Cholita » sont désormais revendiqués comme un symbole de la dignité retrouvée des populations indiennes du pays. Au point que tout récemment, la première école de mannequins Cholitas a vu le jour à La Paz.

    Chaque semaine, elles sont une quinzaine d’élèves à apprendre comment défiler, sourire ou encore poser devant les caméras. « La mannequin Cholita peut être petite ou enveloppée, ça n’est pas important. Ce qui est primordial, c’est de savoir porter la tenue et la mettre en valeur », souligne Gabriela Guttierez, une couturière de La Paz.

    Accompagnées d’un garde du corps

    Yoselyn est l’une des élèves de l’école et elle explique qu’il y a à peine dix ans, il était impensable de créer une telle institution : « Avant, la femme Cholita était discriminée, elle ne pouvait ni entrer partout ni accéder à certains emplois. Mais aujourd'hui, on voit des Cholitas travailler par exemple dans des banques et même occuper des postes politiques.Cela nous donne confiance et nous encourage à accomplir plein d'autres choses, dans d’autres domaines ».

    Un renouveau qui permet également de combattre les clichés, explique Patricia Rodriguez, mannequin Cholita professionnelle et professeure de l’école : « Il y a quelques années, les gens de la haute société méprisaient les Cholitas, ils pensaient qu’elles étaient toutes femmes de ménage ou vendeuses au marché. Mais les choses ont changé. Aujourd'hui, tout le monde sait que c'est la Cholita de La Paz qui a pris le pouvoir, et on le voit avec tout ce qu'elle porte sur elle. Les bijoux, le corset, les jupons : tout cela est beaucoup plus cher qu'une robe et des chaussures à talons ». Patricia, qui calcule qu’elle porte l’équivalent de plus de 3 000 euros de vêtements et accessoires sur elle, détaille ainsi que pour certaines occasions, comme un mariage ou une fête traditionnelle, les Cholitas doivent sortir accompagnées d’un garde du corps.

    Outre le mannequinat, les Cholitas ont aussi conquis le monde des médias et celui de la publicité. Olga Lopez dirige l’agence de pub « Traits Créatifs », qui a plus de vingt ans d’existence : « Aujourd'hui il y a des Cholitas qui ont leur propre show à la télé. De la même façon, elles occupent désormais les premiers rôles dans les spots publicitaires, elles sont devenues nos actrices principales. Et certaines entreprises, surtout dans le domaine financier, nous demandent explicitement des actrices Cholitas ».

    Ne reste plus à la Cholita qu’à conquérir les passerelles hors des frontières boliviennes, objectif avoué de l’école de mannequinat.

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