GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Vendredi 23 Septembre
Samedi 24 Septembre
Dimanche 25 Septembre
Lundi 26 Septembre
Aujourd'hui
Mercredi 28 Septembre
Jeudi 29 Septembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    MFI

    Niger : les dessous politiques d’un trafic de bébés

    media Maternité de Lagos. Nigeria. Getty Images/ Bennett Raglin/WireImage

    Appels sur l’actualité répond aux interrogations d’un auditeur de Niamey sur l’épineuse question du trafic présumé de nouveaux nés au Nigeria.

    Le parquet de Niamey avait affirmé le 28 juin disposer d' « indices » qui prouveraient que les « infractions sont établies ». Et l'avocat d'un opposant avait dénoncé une affaire politique. Selon leur lui, parmi les 17 personnes incarcérées, figurent l'une des épouses du président du Parlement, Hama Amadou, le principal opposant au président Mahamadou Issoufou, et celle de l'actuel ministre d'Etat à l'Agriculture, Abdou Labo. Décryptage.

    Que sait-on sur l’organisation de ce trafic d’enfants présumé ?
    A ce stade, je pense qu’il faut être prudent sur le terme de « trafic d’enfants ». L’enquête ouverte par le parquet de Niamey et qui est aujourd’hui entre les mains d’un juge d’instruction n’apporte pas de preuves probantes de trafic, mais des faisceaux d’indices qui laissent penser que l’on a affaire à un trafic.

    De quoi s’agit-il ? Sait-on comment fonctionne le système ?
    On soupçonne des femmes, des épouses de familles fortunées de chercher à s’attribuer la maternité d’un enfant dont elles n’ont pas accouché : c’est ce que l’on appelle en droit la « supposition d’enfant » ou la « simulation d’enfant ». Dans le cas présent, 17 personnes ont été écrouées dont 12 mères et leurs 5 époux. Ces personnes seraient allées au Nigeria « acheter » leurs nouveaux nés, généralement des jumeaux, un garçon et une fille. Le scénario semble a chaque fois le même : dans le sud du Nigeria, une salle d’accouchement, où seule la matrone nigériane et une jeune assistante restent aux côtés de la femme en mal d’enfant. On simule l’accouchement mais le - ou les nouveaux nés - sont amenés discrètement : la mère est une jeune femme, pauvre qui vient d’enfanter anonymement. L’enfant est placé sur le ventre de la fausse mère. On procède alors au premier bain du bébé. On enterre le placenta devant les proches. La deuxième étape se passe à quelques dizaines de kilomètres de là, au Bénin, à Cotonou, dans une clinique privée où sont réalisés les premiers examens post-nataux et qui fournit un carnet de naissance de l’enfant. Troisième étape : la mère nigérienne revient par la route avec l’enfant, par le nord du Bénin pour éviter d’avoir de fournir les papiers du nouveau né qui ne sont pas conformes. Ou bien la mère rentre par l’avion, seule, et l’enfant arrive avec la nounou par la route, toujours pour les mêmes raisons… Et c’est à Niamey que les parents déclarent la naissance de l’enfant.

    Maternité de Niamey au Niger. AFP/Boureima Hama

    Mais la justice nigérienne a-t-elle pu fournir des preuves de toute cette affaire ?
    C’est tout le problème : je l’ai dit, la justice nigérienne parle de faisceaux d’indices et de charges suffisantes, mais il n’y a pas de preuves probantes pour l’instant. Les indices, c’est l’âge de certaines des épouses, trop âgées pour enfanter, des examens gynécologiques de ces femmes qui démontrent qu’il n’y a pas eu enfantement. Un homme qui n’a jamais eu d’enfants avec ses trois épouses qui, soudainement, se retrouve en quelques mois le père de six enfants : deux jumeaux par épouse… Une situation qui n’est pas passée inaperçue à Niamey. Les enquêteurs nigériens ont interpelé un intermédiaire nigérien qui a fourni de nombreux éléments et notamment des carnets de naissance illégaux délivrés par la clinique béninoise. Selon nos informations, le juge qui a repris le dossier a décidé de se rendre prochainement personnellement sur place au Nigeria et au Bénin pour poursuivre l’enquête et notamment entendre les témoins ou les acteurs. Au Nigeria, les supposées jeunes génitrices et au Bénin, les responsables de la clinique de Cotonou.

    En quoi consiste le délit de « supposition d’enfants » et quelles sont les sanctions qui punissent ce délit ?
    La supposition d'enfant consiste à attribuer la maternité d'un enfant à une femme qui n'en a pas accouché. C’est une simulation de maternité. Cela est un délit dans le droit nigérien et le code pénal prévoit pour les auteurs ou complices entre deux et huit ans de prison. Ce délit est associé à un autre, qui est faux et usages de faux en écriture, à propos de la falsification des actes d’état civil : là, le code pénal prévoit de un à dix ans de prison.

    Pourquoi l’avocat évoque-t-il une machination politique ? A quoi pense-t-il ?
    Cette affaire sociétale qui touche à l’éthique a pris un tour très politique en raison de la présence, parmi les couples concernés, de Hama Amadou, le président de l’Assemblée nationale, et sa deuxième épouse. Hama qui est aujourd’hui l’ennemi intime du chef de l’Etat. Le camp présidentiel cherche coûte que coûte à lui faire quitter le perchoir pour y mettre un député de la majorité. Jusque-là, le pouvoir n’a pas réussi. Une affaire de mœurs, de trafic d’enfants va forcément fragiliser le président de l’Assemblée. Question : va-t-il devoir démissionner de son poste ?

    S’il est vraiment impliqué dans cette affaire, que risque Hama Amadou ? Son immunité parlementaire peut-elle jouer pour le protéger ?
    Hama Amadou n’a pas été mis en examen. En revanche, comme les autres époux des femmes accusées de « supposition d’enfants », il est susceptible d’être accusé de complicité de supposition d’enfants, de faux et usages de faux et de déclarations mensongères, de falsification d’actes d’état civil. Il est passible d’une peine allant jusqu’à huit ans de prison. Mais il est couvert par son immunité parlementaire en tant que député. Pour être mis en examen, il faudrait lever son immunité. La demande doit être faite par le juge auprès du Garde des Sceaux. La levée de l’immunité ne peut intervenir que si une majorité des 2/3 la vote soit 76 députés. Donc, jusque-là, il est protégé. Le ministre de l’Agriculture est plus fragilisé, car dans le cas d’un ministre, l’immunité ne joue que s’il a agit dans le cadre de l’exercice de ses fonctions. Ce qui n’est pas le cas ici.

    Il y a des organismes d’adoption au Niger : SOS Village d’enfants par exemple. Pourquoi les personnes impliquées dans ce trafic vont-elles au Nigeria pour acheter des enfants alors qu’ils peuvent en adopter au Niger ?
    On touche là à l’intime et à l’argent. Le point commun de ces familles concernées par l’affaire, c’est que ce sont des gens fortunés, des couples, qui après des années de mariage n’ont pas eu d’enfants. Problème d’âges souvent, problème de stérilité de l’homme ou de la femme. En tout cas, ces couples semblent souhaiter montrer à la société que le couple malgré la réputation ou la rumeur, peut avoir des enfants. La naissance est l’occasion de grand baptême, où l’on expose sa fortune et sa puissance. Plus intimement, une Nigérienne m’expliquait comment une femme qui n’a pas enfanté est stigmatisée ou du moins peut se sentir stigmatisée. Dans ce cas, l’adoption qui pourrait bien sûr être la solution ne remplace pas la simulation d’accouchement qui laisse croire à tous que l’on a mis au monde son propre enfant, loin des regards, à l’étranger. Il y a aussi une question d’héritage. Question sensible : dans le droit nigérien, si un homme laisse une veuve sans enfant, la femme n’héritera que d’un huitième de l’héritage. Le reste revient à la famille du défunt. S’il y a des enfants, ce sont eux qui héritent. L’adoption permet l’héritage, mais on entre là dans les subtilités de la grande famille nigérienne : adopter un neveu ou un cousin, c’est accepter de lui offrir son héritage qui risque de léser l’épouse. Ce sont là des questions taboues et très complexes.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.