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    Sommet des BRICS : première sortie internationale de Narendra Modi

    media Le Premier ministre indien Narendra Modi. Reuters/Amit Dave

    Le nouveau Premier ministre indien est en train de réorienter la politique extérieure de son pays. Narendra Modi veut privilégier les relations avec les pays de l’Asie du Sud-Est et marquer ses distances avec l’allié américain.

    Au prochain sommet des BRICS qui se tiendra au Brésil cette année (du 15 au 17 juillet), les regards seront tournés vers le Premier ministre indien Narendra Modi. Celui-ci participe pour la première fois à cette rencontre du groupe des dirigeants des cinq grands pays émergeants de la planète (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Russie). Le sommet de Fortaleza sera aussi la première grande sortie internationale de Modi, depuis son accession à la primature en mai dernier.

    Ministre en chef du gouvernement de l’Etat du Gujarat, dans l’ouest indien pendant treize ans, l’homme fut le principal artisan de la victoire triomphale de son parti conservateur le Bharatiya Janata Party (BJP, nationaliste hindou) aux récentes élections législatives. Prenant les rênes du pouvoir au niveau fédéral, Modi veut rompre avec la politique de ses prédécesseurs. Notamment dans le domaine de la politique étrangère.

    Volonté de rupture

    C’est, animé de cette volonté de rupture, que le nouveau Premier ministre avait invité à sa cérémonie d’investiture à New Delhi, le 26 mai dernier, les chefs d’Etat et de gouvernements de la sous-région de l’Asie du Sud. Les huit pays membres de l’Association sud-asiatique (SAARC), y compris le Pakistan, ont répondu favorablement à l’invitation du nouveau gouvernement indien et ont participé à la cérémonie. Saluée par les observateurs comme un « coup de maître », cette démarche a permis à l’Inde de s’affirmer de nouveau comme le leader régional et de relancer le dialogue avec le frère ennemi pakistanais.

    Au point mort depuis les attentats du 26 novembre 2008 à Bombay, le dialogue indo-pakistanais concerne notamment l’avenir de l’Etat frontalier du Cachemire que les deux pays revendiquent, sans avoir réussi à trouver depuis la fin de la colonisation anglaise il y a 67 ans. Le dialogue porte aussi sur l’Afghanistan que le Pakistan considère comme son arrière-cour et où l’Inde espère pouvoir continuer de jouer un rôle majeur politique et économique après le retrait des militaires américains cette année. L’Inde et le Pakistan se sont livrés trois guerres depuis leur indépendance en 1947. Aujourd’hui, les deux pays possèdent l’arme nucléaire et une nouvelle guerre serait catastrophique pour tous les deux. D’où l’urgence de renouer le dialogue.

    Le « Deng Xiao Ping de l’Inde »

    Contrairement aux apparences, le prochain voyage à Fortalenza de Narendra Modi s’inscrit, lui aussi, dans une démarche de rupture. Certes, en décidant d’effectuer sa première grande sortie internationale au Brésil, dans le cadre du sommet des émergeants, il conforte la politique traditionnelle de l’Inde en faveur d’un monde multipolaire. Mais pour le Premier ministre indien, le principal intérêt de cette rencontre réside peut-être essentiellement dans la possibilité que ce sommet lui offre de prendre langue avec le président Xi Jinping de la Chine.

    L’admiration de Modi pour le voisin outre-himalayen n’est un secret pour personne. En tant que « chief minister » du Gujarat, il s’est rendu en Chine à plusieurs reprises et s’est dit impressionné par la qualité des infrastructures chinoises. Recevant récemment à New Delhi le ministre des Affaires étrangères de la Chine, Modi lui a déclaré que la compétition entre leurs deux pays devrait porter sur « les compétences, la taille et la rapidité ». La Chine officielle n’a pas été avare en compliments non plus et a comparé Modi à Deng Xiao Ping, considéré comme l’artisan de l’ouverture économique de Pékin.

    En dépit de la croissance des échanges économiques entre les deux pays ces dernières années, les relations entre l’Inde et la Chine restent encore marquées par le traumatisme de la brève guerre qu’elles se sont livrée en 1962 autour de la question des frontières mal-définies. Aujourd’hui, grâce à de meilleures relations entre les dirigeants, il est raisonnable de penser que la rencontre de Fortaleza pourrait conduire à un véritable partenariat stratégique entre les deux géants asiatiques, sur fond de création de la future banque de développement des émergents. Cette banque, si elle devait voir le jour à Fortaleza comme l’annoncent les observateurs, sera le premier défi sérieux à l’ordre financier international issu de Bretton Woods incarné par le FMI et la Banque mondiale. L’Inde espère accueillir sur son sol le siège de la future banque de développement des BRICS.

    Un agenda chargé

    Selon la presse indienne, l’agenda du Premier ministre est plein pour le reste de l’année. Des visites bilatérales sont programmées, notamment au Japon, au Vietnam, et en Corée du Sud. Modi participera en novembre au sommet du G 20 qui devrait se dérouler à Brisbane.

    C’est en septembre que le Premier ministre indien rencontrera le président Obama, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce sera l’occasion pour les deux hommes de redéfinir les liens entre leurs deux pays que Modi a qualifié d’« alliés naturels ». Pour autant, avec l’orientation résolument asiatique (rapprochement avec la Chine, mais aussi avec le Japon) que la nouvelle administration issue des législatives de mai 2014 souhaite donner à la politique extérieure indienne, il y a peu de chances que les relations indo-américaines puissent retrouver leur éclat des années Bush ou du premier mandat d’Obama. Le refus de visa dont Modi a fait l’objet après le pogrom antimusulman dans l’Etat du Gujarat en 2002 lorsqu’il en était le ministre en chef, n’y sera sans doute pas étranger.

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