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    Iran : quand puritanisme religieux rime avec déroute morale

    media Le président iranien, Hassan Rohani, lors d'un discours à l'occasion du 35e anniversaire de la révolution, le 11 février 2014. AFP/Atta Kenare

    D’après une étude réalisée par un des conseillers du président Rohani, la morale et la spiritualité n'occupent que peu de place en Iran. Et cela bien qu’aucun peuple ne soit autant que l’Iranien enclin à exalter ses principes moraux.

    De nos jours, alors que les sociétés sont en proie aux influences hétérogènes voire contradictoires de cultures diverses, il est très difficile de trouver une communauté mettant scrupuleusement en pratique ses propres règles et préceptes moraux. Mais quelle que soit sa dérive par rapport à ses codes de conduite, pour pouvoir prospérer économiquement, politiquement et culturellement, une communauté est obligée de se conformer à une certaine morale. Elle ne peut pas survivre ni a fortiori s’épanouir dans un vide ou un désarroi moraux constants. Une telle situation lui ferait inévitablement perdre ses repères et mettrait par là-même sa cohésion en danger. Les exemples ne manquent pas dans l’histoire. Force est de reconnaître que la société iranienne d’aujourd’hui en est elle aussi un exemple notoire. Selon certaines recherches, nous sommes en face d’une communauté moralement en déroute ; une société désenchantée et en manque de critères éthiques.

    Une révolution qui se voulait morale

    Lors de la révolution de 1979, le rétablissement de la morale islamique était l’une des revendications les plus impératives des révolutionnaires musulmans et de l’ayatollah Khomeiny, le Guide de la révolution. L'ennemi juré du régime impérial considérait comme un péché impardonnable la politique d'occidentalisation du régime qui selon lui mettait en péril la morale séculaire du peuple. Dès leur arrivée au pouvoir, les islamistes se sont attachés à renverser la tendance en essayant de « moraliser » par tous les moyens les esprits et depuis lors ils n’ont jamais cessé de prêcher à travers le pays et parfois même en dehors, leurs préceptes moraux. L’offensive idéologique des révolutionnaires islamistes contre les acquis de la modernité en Iran était d’une telle intensité qu’au début de la révolution, non seulement des pans entiers de la société iranienne mais aussi bon nombre d’Occidentaux, -parmi lesquels des intellectuels renommés comme Michel Foucault-, ont cru à la force morale de cette révolution. Ces derniers pensaient sincèrement trouver en l'islam chiite une arme spirituelle pour contrarier les convoitises des puissances occidentales et contenir les excès de la modernité.

    Dans une série de quatre articles publiés dans le Corriere della Sera au plus fort de la révolution iranienne (une version condensée de ces articles a été publiée dans Le Nouvel Observateur du 16 octobre 1978), Michel Foucault concluait ainsi : « A l’aube de l’histoire, la Perse a inventé l’Etat et elle en a confié les recettes à l’islam : ses administrateurs ont servi de cadres au califat. Mais de ce même islam, elle a fait dévier une religion qui a donné à son peuple des ressources indéfinies pour résister au pouvoir de l’Etat ».

    La désillusion ne tardera pas à s’emparer de Foucault après la révolution, lorsque le nouveau régime fraîchement installé commença à montrer son vrai visage. Mais le désenchantement de la majorité des Iraniens a pris plus de temps. A mesure que le régime chercha à leur imposer par tous les moyens ses principes moraux en n’hésitant pas à étouffer violemment toutes les libertés individuelles, le fossé entre le pouvoir islamique et le peuple se creusa chaque jour davantage. Cela fait déjà plus de deux décennies que le régime iranien a de fait scindé la population en deux camps distincts : les « Khodis », les gens de la famille, et ceux qui y sont étrangers qu’il désigne par « Gheyr-khodis ».

    Corruption financière au sein du régime

    Mais le fait d’appartenir à la famille (Khodis) ne veut pas dire qu’on est exempt de toute dérive par rapport aux principes moraux prêchés à longueur de journée aussi bien par les hauts dignitaires que par les propagandistes du régime dans les médias et à la prière publique. La corruption fait rage au sein même du régime. Les entrepreneurs acoquinés avec le pouvoir politique n’ont aucun scrupule à miner les assises de l’économie nationale, à la maintenir tributaire des importations, à détourner les fonds publics en s’octroyant des crédits faramineux et à transférer leurs avoirs à l’étranger. Toutes ces activités illégales au vu même des lois en vigueur, sont incontestablement facilitées par le fonctionnement du système, du moins par certains responsables hauts placés. Dans une interview accordée à KhabarOnline, Mohsen Safayi Farahani, entrepreneur chevronné, estime que 65% des activités économiques du pays sont entre les mains des institutions et des fondations, au nombre de 120, liées de quelque façon à l’Etat. Elles ont la mainmise sur près de la moitié du PNB du pays et échappent à toute taxation et à tout contrôle.

    Le détournement de fonds publics est une pratique courante particulièrement parmi les cadres du régime. Des révélations à la suite de règlements de compte font parfois apparaître l’étendue et l’énormité de cette pratique. A titre d’exemple, selon l’ISNA (Iranian Students’News Agency), Naser Seraj, directeur de l’Inspection Générale, rapporte que dans une province du pays, un individu dont il n’a pas révélé l’identité, avait reçu quatre millions de dollars pour une mission fictive. L’arrestation tambour battant de Babak Zanjani pour détournement de fonds juste après l’élection de Hassan Rohani à la présidence de la République est considérée par beaucoup d’observateurs comme l’arbre qui cache la forêt.

    Cet ancien Gardien de la Révolution devenu chauffeur de Mohsen Nourbakhsh, ex-directeur de la Banque Centrale, avait habilement utilisé ses relations privilégiés avec les hauts responsables du pays pour se lancer dans les affaires et se transformer au bout de quelques années en un entrepreneur hors norme. Il était à la tête de soixante-dix entreprises en Iran et dans les pays environnants et en même temps actionnaire de plusieurs sociétés dont la compagnie aérienne turque Anvar, un organisme de crédit dans les Emirats et la banque Arzesh (Valeur) au Tadjikistan. Selon Djalil Jaafari, membre de la Commission de l’énergie de l’Assemblée islamique (Journal Shargh, jeudi 12 septembre 2013), profitant de l’embargo contre l’Iran, cet homme d’affaires qui agissait comme tant d’autres en qualité d’intermédiaire dans la revente du pétrole iranien sur le marché mondial, a détourné 2 milliards 800 millions de dollars du ministère du Pétrole.

    D’après Eshagh Jahangiri, premier adjoint au président de la République, dont les propos sont rapportés par l’ISNA (Iranian Students’ News Agency), la somme due par les proches du pouvoir aux banques iraniennes s’élève à 67 milliards de dollars (82 000 milliards tomans). Une liste de 575 grands débiteurs a été livrée à la justice. Reste à savoir s’ils seront poursuivis. Toutes ces exactions sont secondées par une pratique des dessous-de-table devenue une règle tacite, dont les premières victimes sont tous ceux qui ne sont pas accointés avec le pouvoir. Selon Transparency International qui publie chaque année les statistiques de la corruption financière dans le monde, en 2013 sur 177 pays classés par ordre croissant, l’Iran figurait au 144e rang concernant la pratique des dessous de table.

    La Police de la sécurité morale et la portée de son action

    En Iran, l’Etat s’occupe sérieusement de la morale. Une unité de la police en est spécialement chargée. Elle s’appelle « La Police de la sécurité morale » et relève de la police judiciaire. Elle accomplit différentes tâches parmi lesquelles veiller à ce que la tenue des citoyens, surtout des femmes, soit conforme aux prescriptions de l’islam, ou lutter contre la prostitution et les bandes organisées qui trompent les filles et les jeunes femmes pour les entraîner ensuite dans la débauche. Elle applique aussi, autant que faire se peut, l’interdiction des antennes paraboliques. Elle punit également des personnes se promenant avec leur chien (le chien étant un animal méprisable pour l’islam) et combat les réseaux de production et de distribution en contrebande des boissons alcoolisées. Quoi qu’il en soit, malgré toutes ces mesures restrictives et toutes les répressions que cette police exerce, la déroute morale de la société iranienne est à son comble.

    Selon taamolnews.ir, site internet pro-gouvernemental, une enquête réalisée à la demande de hauts responsables de la République islamique révèle que 36% des femmes mariées en Iran cherchent une relation extraconjugale. Quelles que soient les causes individuelles, sociales, matrimoniales ou même économiques de ce phénomène, une chose est certaine : imposer une morale par le haut aboutit inévitablement à une dépréciation des valeurs. Car cela suppose d’emblée que les gens en sont dépourvus. Il ne faut pas chercher à expliquer ce phénomène par une quelconque réaction consciente ou inconsciente des femmes iraniennes à la politique misogyne de la République islamique. Certains peuvent prétendre que c’est un signe de progrès. Mais le problème est que la société dans son ensemble condamne cette pratique et la considère comme une transgression impardonnable qui met en péril sa cohésion. Les crimes d’honneur sont fréquents même s'ils sont moins nombreux que dans d'autres régions du monde.

    Il est vrai que, à notre époque, on ne peut pas considérer les règles morales comme des normes absolues et invariables. Elles changent au fil du temps et s’améliorent, paraît-il, pour s’adapter aux exigences nouvelles de la vie humaine. La morale transcendantale n’est qu’une illusion. Mais quoi qu’il en soit, la pérennité de la vie commune et le bien-être des individus dans une société nécessitent le respect d’un système de valeurs ou, si vous voulez, des façons d’agir culturelles auxquelles adhère plus ou moins l’ensemble de la communauté. Et c’est justement pour cette raison que l’attitude de ces 36% de femmes ne peut pas être considérée comme un signe de progrès. Ce qui est nouveau est que la déroute morale de la société qui inquiétait depuis bon nombre d’années le pouvoir islamique, commence à être officiellement admise par ses responsables.

    Les propos récents d'Ali Janati, ministre de la Culture, lors d’une conférence à l’hôtel Olympique de Téhéran (KhabarOnline, 2 juillet 2014) sont très alarmants. « Certains opposants au gouvernement actuel, dit-il, se montrent agacés par les collants («support leggings») des femmes, alors que le gouvernement est confronté à des problèmes plus sérieux. Nous sommes inquiets de la situation économique du pays et pour l’avenir des jeunes qui sont en grande difficulté pour trouver du travail, fonder une famille et se loger. Nous sommes inquiets de l’effondrement moral de la société qui, après 35 années dominées par un gouvernement religieux ayant à sa disposition tous les médias et prônant sans cesse des valeurs morales, se trouve dans une situation où un mariage sur trois finit par un divorce […]. Nous sommes inquiets pour l’avenir des millions de jeunes chômeurs qui ne peuvent plus se marier et acheter un logement. Le taux de délinquance et surtout de vols est en augmentation, la corruption s’intensifie, l’âge de la prostitution diminue. En fait, ce sont les fondements de la famille qui sont atteints ».

    D’après des recherches crédibles l’âge de la prostitution en Iran est actuellement entre 12 et 18 ans (www.tebyan.net, 15 janvier 2014). Selon Mahmoud Sariolqalam, chercheur et professeur d’université de Téhéran, devenu dernièrement conseiller du président actuel, bien que la part de la moralité et de la spiritualité dans la vie des Iraniens soit minime, aucun peuple dans le monde n’est autant qu’eux enclin à exalter ses principes moraux, sa spiritualité et son humanisme (mehrnews.com, 29 janvier 2013). Les propos on ne peut plus clairs du ministre de la Culture qui viennent d’être cités sont un aveu tardif de l’échec patent d’une morale puritaine que les islamistes ont commencé, il y a déjà 36 ans, à imposer par tous les moyens à une société qui avait quand-même derrière elle une expérience significative de modernisation.

    La morale, même si on considère ses règles comme de simples habitudes, est une affaire de conscience qu’elle soit individuelle ou collective. Elle s’occupe non pas du juste et de l’injuste mais du bien et du mal. Le juste et l’injuste relèvent du droit dont le soin incombe à l’Etat. A partir du moment où un Etat prescrit une morale c’est-à-dire circonscrit les limites du bien et du mal, il sème le trouble dans les consciences. La déroute morale à laquelle nous assistons actuellement en Iran est sans aucun doute la conséquence d’une « moralisation » par le haut.

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