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    Coup de vent dans les dunes : Barkhane succède à Serval

    media L’un des drones « repaer » (la faucheuse) basé à Niamey. Une de ces machines a notamment servi à la localisation de l’épave du vol Ouagadougou-Alger. RFI/Pierre Firtion

    Dans Appels sur l’actualité, un auditeur de Bamako, qui a appris le 13 juillet le remplacement de l’opération Serval par l’opération Barkhane, au Mali, se demande ce qui motive le gouvernement français ? Et quels sont les principaux changements opérés ? Eclairage avec notre spécialiste des questions militaires.

    Qu’est-ce qui a motivé le gouvernement français à passer de l’opération Serval à l’opération Barkhane ?
    Le mot Barkhane signifie « cordon de dune en forme de croissant sous l’effet des vents »... Il y a plusieurs raisons qui ont motivé ce changement. Le premier aspect est tactique. Tout le monde sait depuis bien longtemps que les groupes djihadistes et les katibas qui les composent sont mobiles et ne connaissent pas les frontières. Une fois que l’essentiel du travail a été fait au Mali, ce qui a été assez rapide puisqu’au printemps 2013, les principales caches et dépôts logistiques ont été retrouvés et détruits dans l’extrême-nord du pays – 200 tonnes –, l’armée française a dû alors s’attaquer au démantèlement des réseaux djihadistes. Dans la première partie de Serval, début 2013, durant la guerre au Mali, on estime qu’il y a eu 400 à 600 tués parmi les djihadistes et assimilés – car si tous portaient des armes, certains n’étaient que jeunes maliens enrôlés dans les rangs des islamistes. Pour autant, les groupes n’ont pas totalement disparu à partir de l’automne 2013. Mais l’armée française et les forces spéciales ont dû combattre des groupes beaucoup plus  réduits, de l’ordre d’une dizaine d’hommes - dont la présence était aussi de ce fait plus difficile à déceler.

    Que peut-on dire de ces groupes armés ?
    Selon un cadre de la Direction du renseignement militaire, la DRM, ils « sont devenus très méfiants. Les chefs utilisent des éclaireurs à motos, plus discrets que les pick-up. Ils évitent de téléphoner pour ne pas se faire repérer par les moyens d’écoute français et américains ». Ces groupes armés agissent le plus souvent « en  miroir » : ils observent les mouvements de l’armée française et se déplacent en fonction. Le désert est un « milieu ouvert », « open field » où ils peuvent observer une stratégie « d’évitement ». Ils peuvent aller se ravitailler dans les pays frontaliers et chercher des alliances jusqu’en Libye. « Ils peuvent acheter du matériel militaire plus sophistiqué récupéré là encore dans les stocks de l’armée libyenne à Sebha, au Sud du pays, passer par la « passe de Salvador » ou bifurquer par l’Algérie » et revenir combattre au Mali ou ailleurs, par exemple au Nord-Niger.

    Le détachement de l’armée de l’air française est accueilli sur la Base aérienne 101 de l’armée nigérienne, à proximité de l’aéroport. RFI/Pierre Firtion

    Se sont-ils eux aussi réorganisés ?
    Un haut responsable de l’armée française parlait dès 2013 de la théorie de « la bille de mercure ». Et en effet, après la destruction des sanctuaires de l’Adrar des Ifoghas, les groupes djihadistes se sont fractionnés et sont partis un peu dans toutes les directions. D’où la nécessité pour l’armée française d’avoir une approche régionale, qui va bien au-delà des frontières du Mali, sur une zone de 2 à 3 millions de km2. On voit bien d’ailleurs que la ligne de confrontation entre l’armée française et les groupes djihadistes est remontée au Nord, vers les frontières de Mauritanie, de l’Algérie, de la Libye. C’est pourquoi les Français changent de dispositifs.

    A-t-on déjà un bilan de cette dernière période ?
    Après recoupements, depuis septembre 2013, on estime qu’environ 50 membres de groupes islamistes ont été tués dans différents accrochages ayant conduit à la mort de moins d’une dizaine de cadres - dont le Mauritanien al-Joleybib, chargé en partie du recrutement, Abou Loubaba, chargé d’opérations au sein du mouvement al-Moulathamine, mais aussi Omar Ould Hamaha dit « Barbe Rouge », Abu Darda, cadre opérationnel du Mujao, un émir influent d’Aqmi, Abdelwahab al Harachi, et enfin l’Egyptien Abou Bakar al Mouhajir. Deux autres figures d’Aqmi, al-Chinguetti et Abu Zeïd, avaient quant à eux trouvé la mort en février 2013 durant les ratissages menés par Serval dans la vallée de l’Ametettai.

    Que savez-vous de la réorganisation des forces françaises en Afrique ?
    Pendant longtemps, on a parlé de forces pré-positionnées au Gabon, en Côte d’Ivoire, à Djibouti… Le plus souvent, ces forces travaillaient « en silo ». Epervier s’occupait du Tchad. Sabre du contre-terrorisme à partir du Burkina Faso. Licorne de la Côte d’Ivoire. Serval du Mali. En cas de besoin, par exemple pour procéder à l’évacuation de ressortissants français - comme en RCI fin 2004 -, l’état-major pouvait toutefois « piocher » dans un réservoir de forces et envoyer des soldats là où cela était nécessaire, et les faire ensuite revenir à leur base. Cette posture est toujours d’actualité mais, de toute évidence, l’idée de l’armée française est  davantage d’occuper le terrain en permanence, de réaliser un maillage dans toute la zone, de pouvoir passer d’un pays à l’autre de manière plus fluide et plus rapide. Barkhane est une force anti-terroriste, mais une force modeste - 3 000 hommes - qui va beaucoup s’appuyer sur les forces spéciales, les COS, et le renseignement. En gardant bien en tête qu’un simple verre d’eau peut suffire à éteindre un feu, à condition de jeter ce verre d’eau au tout début de l’incendie !

    Quels sont les principaux changements opérés ?
    En réalité, Barkhane reprend une bonne partie du fonctionnement qui était déjà en vigueur pour Serval depuis l’automne 2013, à savoir une grosse base au Mali, qui sera Gao, avec actuellement 1 400 hommes environ, et à terme près d’un millier. La base de Bamako ferme ; le poste de commandement est train de déménager vers Ndjamena. Le général Palasset, qui va prendre la suite du général Foucaud, s’installera directement début août à Ndjamena, alors que le précédent était donc dans la capitale malienne. Ndjamena qui devient le centre de commandement pour toute la bande Sahel-Sahara. Niamey est le centre dédié au renseignement, qui va continuer à monter en puissance pour dépasser largement les 300 hommes annoncés officiellement par l’Elysée. Quant à Ouagadougou, il reste le pôle des Forces spéciales. Voilà pour ce qui est des bases. Après, il y a aura des « points d’appuis » ou des « bases temporaires » où seront présents seulement quelques dizaines de militaires, généralement de l’ordre de 30 à 50 personnes, selon ce qu’assurait la semaine dernière le ministre français de la Défense. Une base à Tessalit au Mali, à 50 kms de la frontière algérienne, une base à Madama, à l’extrême-nord du Niger, près de la frontière libyenne, et une base à Faya-Largeau au Tchad, semblait encore indiquer le ministre de la Défense, alors que la petite localité de Zouar, au pied du Tibesti, a également été évoquée… Concernant les effectifs, c’est le jeu des vases communicants : moins de monde au Mali pour faire remonter le niveau au Tchad, qui montera à 1 200 ou 1 300 hommes, et Barkhane qui englobera l’opération Epervier. Enfin, pour le matériel, l'opération comptera 20 hélicoptères, 200 véhicules blindés, 10 avions de transport tactique et stratégique, 6 avions de chasse et 3 drones, selon le ministère.


    Le détachement « air » de la base 101 de Niamey au Niger joue un rôle central dans Barkhane, opération « installée » la semaine dernière par François Hollande lors de sa mini-tournée africaine. Avec ses trois drones, ce site s’occupera essentiellement des missions de renseignement. A l’occasion de son déplacement au Niger, le président français s’est rendu sur place vendredi dernier. Gardé au secret, ce site n’avait jusqu’à présent accueilli que de très rares journalistes. Aux côtés de François Hollande, notre envoyé spécial a pu découvrir ce site sensible. Décryptage en images.

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    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.