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    Retour sur le crash du vol MH17 en Ukraine : à qui profite le crime?

    media Réception nationale aux Pays-Bas des cercueils des victimes du vol MH17 qui s'est écrasé en zone rebelle dans l'est de l'Ukraine. Aéroport d'Eindhoven. 23 juillet 2014. Reuters

    Dans Appels sur l’actualité, des auditeurs demandent des précisions à Zéphyrin Kouadio sur les deux boîtes noires de l’avion de la Malaysia Airlines, retrouvées le lendemain matin par les secours après le crash du 17 juillet dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine.

    Depuis la catastrophe du vol MH17, les réactions s’enchainent. Les deux parties s’accusent mutuellement d’avoir abattu l’appareil. Kiev a fermé l’espace aérien au-dessus de la zone. Et face aux pressions, le 22 juillet, les rebelles pro-russes ont remis les boîtes noires aux experts malaisiens venus analyser les causes du drame. Un convoi ferroviaire transportant une partie des dépouilles des victimes est arrivé à Kharkiv. Les corps ont ensuite été acheminés par avion militaire vers les Pays-Bas, où le 23 juillet a été décrété jour de « deuil national » : sur les 298 passagers décédés, 193 étaient Néerlandais. De son côté, Washington ne nomme aucun coupable. Mais les experts des services de renseignements américains ont fait savoir que la thèse de Moscou accusant l’Ukraine d’avoir abattu l’avion malaisien n’est pas plausible.

    Qui de l’armée ukrainienne et des insurgés pro-russes auraient pu avoir intérêt à abattre cet avion civil de la Malaysia Airlines qui s’est crashé la semaine dernière en Ukraine ? Avec quels objectifs politiques ?
    Dans l’absolu, ni les uns ni les autres n’avaient intérêt à abattre un avion civil. Le coût politique d’un tel crime est forcément très élevé pour celui qui le commet. Et ce coût est aisément prévisible, donc a priori aucun dirigeant sain d’esprit ne prend sciemment de tels risques. Le seul objectif politique imaginable d’un tir intentionnel contre un avion civil pourrait être de se venger ou de faire peur. Mais, dans ce cas précis, de telles explications paraissent complètement déraisonnables, voire même contreproductives. Faire peur à la Malaisie ? Pour obtenir quoi ? Faire peur à l’Occident tout entier ? On voit bien qu’un tel acte produit un effet exactement inverse : la colère. Ceci dit, les crimes de ce genre peuvent arriver plus facilement dans au moins deux cas de figure : quand on pense viser un avion militaire et qu’on abat un appareil civil par erreur, et quand on abat délibérément un avion civil pour maquiller ensuite son crime afin de jeter l’opprobre sur son adversaire.

    Séparatistes pro-russes gardant le site du crash. Région de Donetsk. 22 juillet 2014. Reuters/Maxim Zmeyev

    Dans le cas précis du vol MH17, on retrouve les deux hypothèses dans le débat public…
    C’est exact. Sans préjuger de l’authenticité des écoutes téléphoniques dévoilées par les services de sécurité ukrainiens, on peut dire que si celle-ci était avérée, les enregistrements non seulement confirmeraient la responsabilité de séparatistes pro-russes, mais ils témoigneraient aussi de leur grossière erreur d’appréciation de la cible. En effet, ils se vantent d’abord d’avoir abattu un troisième avion militaire ukrainien en quelques jours, pour constater ensuite avec effroi et colère qu’il s’agit en réalité d’un appareil civil malaisien, et que les victimes sont extrêmement nombreuses. Dans le même temps, les séparatistes eux-mêmes et leurs alliés russes font l’impossible pour convaincre l’opinion publique que le tir de missile fatal provenait d’un lanceur ou d’un avion de combat ukrainien. Bref, théoriquement, on peut trouver des explications politiques et techniques du crime aussi bien en accusant les Ukrainiens qu’en tenant les séparatistes ou les Russes pour responsables. Mais pour répondre à la question-clé de la responsabilité du tir, il faut avoir des preuves irréfutables. Or, celles-ci manquent toujours cruellement.

    Quelles pourraient être les conséquences politiques et diplomatiques de cet incident sur le conflit ? Existe-t-il un risque de dégradation de la situation, comme un engrenage avec intervention américaine, etc. ?
    Les conséquences politiques et diplomatiques sont déjà très importantes. D’abord, comme les victimes du crash sont originaires d’une dizaine de pays, du Royaume-Uni et des Pays-Bas jusqu’à l’Australie, en passant par la Malaisie et les Philippines, le choc est vraiment mondial. Ce qui a transformé en quelques heures la guerre perçue par beaucoup comme lointaine, relativement localisée et dépourvue d’importance stratégique, en conflit de premier plan, qui concerne, touche et menace des millions de gens à travers le monde. Ensuite, cette soudaine internationalisation du conflit a eu pour effet non seulement un émoi général grandissant, mais aussi une meilleure compréhension générale de ce qui se passait à l’Est de l’Ukraine. Nombreux sont ceux qui se rendent maintenant mieux compte du danger que constitue l’existence de bandes armées qui agissent plutôt comme des brigands que comme une armée insurrectionnelle, et qui sont équipées du matériel militaire parmi les plus modernes et le plus sophistiqués du monde. Enfin, si l’hypothèse d’une erreur de tir des séparatistes se confirmait, alors qu’il est clair qu’un tel équipement ne serait jamais possible sans implication de la Russie, cela compliquerait sérieusement la situation politique de Vladimir Poutine. La Russie qu’il dirige devient déjà de plus en plus isolée sur la scène internationale. Dans ce contexte, son objectif stratégique de maintenir l’Ukraine dans la zone d’influence russe et de construire avec elle et plusieurs autres pays une union eurasiatique semble s’éloigner.

    Transport des dépouilles des victimes du vol MH17. Gare de Kharkiv. 22 juillet 2014 Reuters/Gleb Garanich

    Et quant au risque de dégradation de la situation sur place ?
    Certes, on peut toujours craindre des réactions irrationnelles et dangereuses de bandes armées ou même d’une grande puissance qui se sentirait acculée, mise au pied du mur. Et Poutine est en ce moment sans aucun doute mis au pied du mur aussi bien face à la communauté internationale que face à sa propre opinion publique. Toutefois, jusqu’à présent, le président russe s’en sortait toujours en effectuant des volte-face souvent invraisemblables, mais toujours efficaces. Il en sera peut-être de même cette fois... Quant à un engrenage provoqué par une intervention américaine, il semble extrêmement peu probable. Les Américains n’ont actuellement aucune envie de s’engager militairement dans une nouvelle région du monde et ils ne perçoivent pas encore la situation en Ukraine comme pouvant menacer directement leurs intérêts. D’ailleurs, les Ukrainiens eux-mêmes ne demandent pas une intervention militaire directe, tout au plus une nette amélioration de l’aide occidentale en matériel militaire. Ils préfèrent former une armée efficace eux-mêmes, et continuent d’ailleurs de mener leur offensive sur Donetsk et Lougansk, deux grandes villes de l’est du pays toujours tenues par les séparatistes, après avoir repris deux autres bastions des rebelles pro-russes, Sloviansk et Kramatorsk.

    De quel camp provient le missile qui a abattu l’avion, des insurgés pro-russes ou des forces ukrainiennes loyalistes ?
    Une remarque préliminaire : pour l’instant, personne n’a encore formellement prouvé que l’avion ait été abattu par un missile. Et si c’est bien le cas, par lequel : sol-air ou air-air. L’hypothèse d’un missile sol-air semble la plus probable, mais ce n’est toujours qu’une hypothèse. Vous imaginez donc bien que, quand on n’est même pas sûr qu’il y ait eu un missile à l’origine du crash, il est encore plus difficile de dire d’où cet hypothétique missile aurait pu être tiré. En tout cas, les séparatistes pro-russes semblent les plus suspects, et ceci pour deux raisons. La première, c’est leur forte activité anti-aérienne dans les jours qui précédaient le crash du MH17. Ils avaient en effet abattu deux avions militaires ukrainiens et ils prévenaient haut et fort qu’ils n’allaient pas permettre aux autres appareils ukrainiens de voler dans « leur » ciel. La deuxième, c’est que l’armée régulière ukrainienne n’a pratiquement aucune raison de sortir et d’utiliser sa défense anti-aérienne, sauf peut-être pour détruire des drones. En effet, les séparatistes ne disposent d’aucune aviation, et les pilotes militaires russes ne s’aventurent pas dans l’espace aérien ukrainien, pour éviter une confrontation directe, aux conséquences incalculables, entre les forces régulières ukrainiennes et les forces régulières russes.

    Torez. L'OSCE accède aux corps des victimes gardées dans ces wagons. 21 juillet 2014. Reuters/Maxim Zmeyev

    Qui peut fournir du matériel aussi sophistiqué que les missiles « Bouk » pouvant abattre un appareil volant à 10 000 mètres ? Et comment est-il possible de connaître la provenance des tirs de missiles ?
    En règle générale, on peut déterminer la provenance du tir grâce aux diverses données de renseignement, par exemple aux photos des satellites espions. Et on peut parier que les dirigeants de plusieurs Etats disposant de renseignements particulièrement performants et modernes ont reçu des informations exactes en la matière peu après le crash. Allons-nous les connaître un jour ? Peut-être, mais ce n’est pas sûr. Pour les dirigeants, la question essentielle est de savoir quel usage politique pourront-ils en faire et quand. Et surtout, les données qui risquent de révéler le niveau de capacités techniques d’un service de renseignement sont parmi les mieux gardées par chaque Etat. Or, dans ce cas précis, il s’agirait exactement de données de ce type.

    Est-il possible de faire un lien entre les deux accidents subis par la Malaysia Airlines 
    Là, ma réponse sera beaucoup plus courte : non, mis à part le nom de la compagnie, il n’y a aucun lien détectable entre les deux drames. Leur déroulement et leurs circonstances sont complètement différents. Notamment, le premier s’est déroulé loin de toute zone de conflit armé, le deuxième en pleine guerre. On peut toujours spéculer que le premier avion aurait pu être également abattu, mais il n’y a aucune ombre de trace de preuve publiquement connue pour l’affirmer. 

    Proches des victimes du MH17. Aéroport d'Amsterdam-Schipho. 17 juillet 2014. Reuters/Cris Toala Olivares

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