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    Hebdo

    Iran: des arrestations de journalistes américains qui posent question

    media Jason Rezaian, le correspondant du Washington Post à Téhéran, a été arrêté le mardi 22 juillet. Reuters/Zoeann Murphy/The Washington Post

    Mardi 22 juillet, le correspondant du Washington Post à Téhéran, l’Irano-Américain Jason Rezaian, a été arrêté à son domicile et placé en détention, comme sa femme Yeganeh Salehi, correspondante du quotidien émirien The National en Iran. Une photojournaliste, elle aussi Irano-Américaine, a simultanément subi le même sort avec son époux iranien, libéré depuis. Les charges n’ont pas été dévoilées, mais ces arrestations viennent grossir le nombre des journalistes détenus dans le pays. Elles tombent aussi dans un contexte peu anodin.

    C’est une bouteille à la mer lancée par une vieille dame, Mary Rezaian, aux autorités du pays de ses enfants. Dans une vidéo tournée à Istanbul, où elle réside, cette Américaine d’origine italo-slovène, mariée à un Iranien émigré aux Etats-Unis dans les années 1950 (et aujourd’hui décédé), résume crûment la situation dans laquelle sa famille s’est retrouvée plongée le 22 juillet dernier : « Mon fils Jason Rezaian et sa femme Yeganeh Salehi ont tous les deux été arrêtés en Iran. Ça fait plus de sept jours et ils sont toujours détenus sans charge. Je ne sais pas où ils sont. »

    Dans son message, Mary Rezaian, 72 ans, loue « l’amour » que son fils Jason, journaliste de 38 ans, porte à l’Iran depuis sa plus tendre enfance sur la côte ouest-américaine, baignée de culture iranienne, jusqu’à son installation dans le pays de son père en tant que correspondant pour la presse internationale. Un pays où il a rencontré Yeganeh, 30 ans, une journaliste iranienne qu’il a épousée sur place en avril 2013 et qui a, depuis, engagé des procédures pour obtenir la nationalité américaine. « Je demande humblement à ceux qui maintiennent en détention mon fils et ma belle-fille de bien vouloir les relâcher, pour permettre à notre famille d'être à nouveau réunie », conclut Mme Rezaian dans la vidéo, foulard islamique sur la tête.

    Arrêtés pour espionnage ?

    L’interpellation du couple irano-américain n’a été évoquée publiquement que le jeudi 24 juillet, via l’employeur de Jason Rezaian depuis 2012, The Washington Post. Au lendemain des faits, l’employeur de sa compagne aux Emirats arabes unis, le quotidien The National, publiait encore, benoîtement, la dernière mouture de sa correspondante sur son site internet. Un reportage effectué à Asaluyeh. Quant à Jason, il revenait tout juste de Vienne, en Autriche, d’où il avait cosigné quelques jours plus tôt un article concernant les négociations sur le dossier nucléaire iranien. « Je lui ai parlé avant et après son voyage en Europe. La semaine dernière, je l’aidais encore à préparer son séjour à San Francisco prévu dans le mois », confie son frère Ali, contacté par RFI (voir son témoignage au bas de cet article).

    Une troisième journaliste, elle aussi Irano-Américaine, a été arrêtée simultanément en Iran, mais sa famille ne souhaite pas révéler son identité, explique Reza Moini, responsable du bureau Iran/Afghanistan/Tadjikistan de l’organisation Reporters sans frontières (RSF) contacté par RFI. Il s’agit d’une photographe indépendante. « Son époux, non journaliste, a également été interpellé », précise RSF sur son site internet. Ce dernier a finalement été libéré mercredi 30 juillet, relate RSF.

    Les autorités iraniennes ont confirmé ces détentions, via l’agence de presse officielle Irna. « Nous sommes dans la phase de l'investigation. Je pense que nous pourrons donner des informations après des examens techniques et des interrogatoires », a expliqué le directeur du département de justice de Téhéran, Gholamhossein Esmaïli, sans donner d’autre précision qu'un commentaire lourd de sous-entendus : « Les forces de sécurité ont une surveillance totale du pays et contrôlent les activités des ennemis (…) Elles ne permettront pas que le pays devienne un terrain pour les activités des ennemis et de leurs agents. » De quoi craindre d’éventuelles charges pour espionnage.

    Famille et collègues aux abois

    écouter sur rfi: l'orient hedbo

    « Jason suit un traitement pour la pression artérielle. Sans son médicament, sa santé est dangereusement compromise », assure sa mère, qui s’active pour donner de l’écho à l’affaire et se dit réconfortée par les soutiens qui affluent. La belle-famille iranienne de son fils est également sur le qui-vive, assure Mme Rezaian à ses différents contacts par mail : « A l’origine, ils avaient arrêté de manger, de dormir et de quitter leur domicile. Mais désormais, ils sont eux aussi mobilisés et se sentent moins impuissants. »

    La famille Rezaian peut compter sur un vaste réseau soudé, prêt à monter au front pour défendre l’intégrité journalistique des siens. Notamment Reza Marashi, directeur de recherche au Conseil national irano-américain, qui a rendu un hommage vibrant à Jason dans le Huffington Post. « Jason n’est pas politique dans ses articles. Pas plus qu’il ne prend parti dans les luttes entre factions qui caractérisent la politique iranienne, écrit-il. Au contraire, je l’ai vu peu à peu devenir l’un des meilleurs correspondants basés à Téhéran que l'on ait connus ces dernières années. Quand il a candidaté pour le Washington Post, j’étais l’un de ses référents. " Pourquoi devrais-je prendre Jason ? ", m’avait-on demandé. Ma réponse ? " Parce que tout le monde ne peut pas naviguer dans ce labyrinthe politique, économique et social qu’est l’Iran. Et ça, Jason le fait mieux que la plupart des autres. »

    « Lorsque j'ai appris la nouvelle, j'ai vraiment été surpris, confie son frère Ali. Jason a toujours respecté le cadre dans lequel officient les journalistes dans le pays, son système d'accréditation (il avait l'accréditation du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, comme sa femme et la photojournaliste, NDLR). Ses articles ont toujours été justes, et ils mettaient en valeur de nombreuses choses formidables au sujet du pays, de son peuple et de sa culture (voir des exemples en français de sa couverture ici, et , NDLR). On n’avait aucune raison de s’inquiéter. »

    Un contexte particulier

    Martin Baron, rédacteur en chef du Washington Post, a depuis lors pris la parole au nom du journal : « Nous avons toujours bon espoir de voir Jason, sa femme et les autres détenus recouvrer leur liberté rapidement, et voir Jason reprendre le travail qui lui a valu le respect depuis de nombreuses années. » Il avoue que l'arrestation de leur confrère a laissé ses équipes « perplexes ».

    écouter sur rfi: reportage international

    Il faut dire que le contexte n’est pas anodin sur le plan diplomatique. Quelques jours avant ces interpellations, le secrétaire d'Etat américain John Kerry avait en effet annoncé, malgré les divergences toujours profondes, que des progrès ont été observés à Vienne, lors des négociations entre l’Iran et les Occidentaux sur le dossier nucléaire, véritable serpent de mer des relations entre les chancelleries de l’Ouest et Téhéran depuis de nombreuses années. Au cours de cette première phase de pourparlers, les négociateurs se sont même donné quatre mois supplémentaires pour négocier. Alors, l'arrestation de ressortissants américains, des journalistes qui plus est, est susceptible de jeter un petit froid entre les deux principaux protagonistes de ces discussions.

    Depuis avril 1980, les relations diplomatiques formelles entre Téhéran et Washington sont inexistantes. Jen Psaki, porte-parole du département d’Etat américain, a appelé devant la presse « le gouvernement iranien à relâcher immédiatement M. Rezaian et les (...) autres personnes », mais il a précisé que son pays avait engagé des procédures auprès de la Suisse pour l’aider à plaider leur cas, faute de ligne directe entre les deux pays. En près de 35 ans, le président des Etats-Unis et celui de la République islamique ne se sont parlé qu'une seule fois au téléphone. C'était en septembre 2013.

    Or l'initiative, globalement saluée dans chaque camp, n'avait pas forcément fait l'unanimité non plus, ni côté américain, ni côté iranien. Si Barack Obama comme Hassan Rohani ont multiplié les gestes d'ouverture depuis leur élection respective, un rapprochement ne serait en effet pas du goût de tout le monde. C'est en tout cas l'analyse de Reza Moini (RSF), pour qui les journalistes irano-américains arrêtés à Téhéran paient en fait le prix d'une « lutte entre factions iraniennes ». « Selon nos informations, l'initiative de leur arrestation vient de la section renseignement des Gardiens de la révolution », lance-t-il, arguant qu'au lendemain des faits, jusqu'à midi, le ministère iranien de la Culture et du Renseignement islamique n'avait toujours pas été informé de ces arrestations.

    Des promesses du pouvoir, mais des libertés qui régressent

    Selon la Fédération internationale des journalistes (FIJ), le nombre de journalistes détenus en Iran est désormais porté à 27. Ils sont 65, assure pour sa part RSF, englobant par ailleurs dans son décompte les blogueurs. Le réseau pointe notamment une « vague de convocations et d’arrestations en Iran visant principalement des femmes journalistes ou net-citoyennes ».

    Téhéran a certes gagné deux places dans son dernier classement sur la liberté de la presse (en 2014, l'Iran se positionne à la 173e place sur 180), mais RSF constate que « les promesses du nouveau président Rohani d’améliorer la liberté de l’information ne connaissent pour l’instant aucune suite ». « 90% des condamnations qui frappent les journalistes en Iran sont prononcés par deux chambres du tribunal de Téhéran en particulier : la numéro 15 et la numéro 28. Toutes deux sont sous le contrôle des Gardiens de la révolution et leur service de renseignement », affirme Reza Moini.

    écouter sur RFI : grand reportage

    Hassan Rohani est arrivé aux affaires avec le soutien d’une partie des réformateurs iraniens, et notamment certains membres du mouvement vert de 2009, en promettant beaucoup : des libertés, des libérations, des gestes symboliques d'ouverture à la presse. « Mais il se retrouve maintenant attaqué par l'autre camp. Et son erreur, c'est qu'il garde le silence, alors qu'il est responsable de l'application de la Constitution, de ses procédures légales et de la sécurité des gens », conclut M. Moini, qui y voit une situation problématique pour le président iranien, puisqu'elle fait de lui un « complice » de ses propres adversaires.

     


     

    ■ Témoignage : Un petit pont détruit entre l'Iran et les Etats-Unis

    Sollicité par RFI, le grand frère du correspondant du Washington Post à Téhéran, Ali, 43 ans, a accepté de répondre à quelques questions pour mieux faire connaitre son cadet. Il garde bon espoir de le voir sortir rapidement, convaincu qu'il n'y a aucune raison objective de le maintenir en détention. Voici la lettre qu'il nous a fait parvenir de San Francisco, où il réside (traduite de l'anglais).

    « J'ai été prévenu de l'arrestation de Jason par son employeur, The Washington Post.  Je leur ai parlé mercredi 23 juillet, heure californienne. J'ai été surpris. Je ne me rappelle plus tout ce que j'ai fait à ce moment, mais je sais que j'ai parlé avec ma mère.

    Mon père est arrivé aux Etats-Unis à la fin des années 1950 pour ses études. Il avait 19 ans. Il a rencontré ma mère à la fac. Mon frère et moi avons été, très jeunes, exposés à la culture et aux traditions iraniennes. Nous avons passé beaucoup de temps avec notre famille et nos amis iraniens. Nous participions souvent à des évènements et des fêtes dans la plus grande tradition du pays. Nos grands-parents ont passé beaucoup de temps aux Etats-unis. Le week-end, on accueillait du monde à la maison.

    A bien des égards, Jason et moi sommes très différents. Jason est très sociable. Enfant, il avait bien plus d'amis. Il s'intéressait plus au sport, particulièrement au baseball et au basketball. Puis il s'est tourné vers la littérature et a passé beaucoup de temps à l'étranger. Il a vécu en Espagne, a parcouru l'Europe et l'Asie. Je crois qu'il est allé en Iran pour la première fois à la fin des années 1990. Ça l'a poussé à faire un documentaire, et du coup il a passé plus de temps là-bas. L'idée de s'y installer, je suis sûr que c'était un gros choix pour lui. Ça a mis du temps, des années.

    Yeganeh Salehi et Jason Rezaian, en septembre 2013 à Téhéran. AFP PHOTO/STR

    Jason a rencontré Yeganeh à Téhéran. Elle est aussi journaliste, et a un tel savoir sur l'histoire et la culture iranienne... C'est passionnant. J'ai énormément appris d'elle, j'ai pu comprendre pourquoi certaines traditions qui m'ont accompagné toute ma vie sont si importantes. Elle amène n'importe quelle conversation sur l'Iran dans une perspective historique plus large, c'est peu commun.

    Avant de travailler pour le Washington Post, Jason a écrit sur pléthore de sujets. Son premier intérêt journalistique, ce fut le voyage. Mais quand il s'est installé, il voulait parler aux gens de l'Iran, de ses habitants, de sa culture, car c'est quelque chose sur lequel la plupart des Occidentaux ne se font pas une idée juste. Son récent article sur l'équipe iranienne de baseball en est une parfaite illustration. »

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