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    Oumar Mbengue Atakosso, un artiste africain à Amsterdam

    media Oumar Mbengue Atakosso possède quatre vélos différents, deux fois plus que la moyenne néerlandaise.. Sabine Cessou / RFI

    Plasticien et scénographe sénégalais, Oumar Mbengue Atakosso vit depuis 17 ans à Amsterdam. Il travaille et réfléchit constamment sur le thème de l'immigration, autour duquel il construit son œuvre. Et parle sans détours de son expérience d’Africain à Amsterdam.

    En dehors des Marocains, la plus forte communauté d’immigrés des Pays-Bas avec 300 000 personnes, très peu d’Africains francophones émigrent dans les polders. Oumar Mbengue Atakosso fait partie du petit groupe de Sénégalais qui vivent à Amsterdam – bien moins nombreux que les Ghanéens ou les Somaliens. Ce Dakarois raconte être arrivé là « par hasard », en 1998, alors qu’il était en chemin entre Paris, où il vivait depuis neuf ans, et Copenhague où il devait faire une installation. « Amsterdam m’a tout donné, explique-t-il. En moins d’une semaine, j’avais un vélo, un atelier, une expo et un travail ! » Il n’est jamais reparti. Et reconnaît volontiers le « confort » de sa vie à Amsterdam, même si les budgets de toutes les organisations culturelles ont été sévèrement réduits, avec la crise et la baisse des subventions publiques depuis trois ans.

    « Paris, c’est un peu le Sénégal »

    Peu après son arrivée, l’artiste s’est inscrit à la Gate Foundation, qui recherchait de la « diversité » et lui a permis de faire plusieurs expositions aux Pays-Bas. Il a aussi pris des cours auprès de l’académie Dasart, l’une des plus subventionnées d’Europe. Il s’est frotté à la théorie et aux techniques de l’art, mais reste persuadé que quand « on fait une œuvre, on peut brûler toutes les étapes ».

    Il écrit ses mises en scènes et installations en même temps qu’il les construit. Un travail monumental toujours en cours, qui consiste pour lui à réfléchir sur sa propre expérience de l’immigration, tout en s’intéressant à celle des autres. Il récupère des objets perdus sur les plages espagnoles où s’échouent les pirogues des migrants venus des côtes ouest-africaines, les enrobe des couvertures grises de la Croix-Rouge et en fait des installations à la mémoire des personnes anonymes qui ont péri en mer. Il expose en Espagne, au Sénégal, en France et aux Pays-Bas.

    « Je suis attaché à Amsterdam, dit-il. Si j’ai la nostalgie de Dakar, je me rends à Paris, où je retrouve tout de suite le goût de la terre mère. Paris, c’est un peu le Sénégal. On n’y peut rien. C’est notre ancienne métropole coloniale ! » Il est sensible au fait d’être un musulman pratiquant, dans un contexte devenu islamophobe, avec la montée du populiste de droite Geert Wilders. « Nous sommes tous concernés par ce débat, explique-t-il, même si son niveau est déplorable, vraiment très bas. Les populistes vendent de la peur et de la haine. Ils ne comprennent pas la nécessaire diversité de l’espace contemporain. »

    A Paris, il ne ressent aucun problème à être « Français et Noir », tandis qu’aux Pays-Bas, il est d’abord et avant tout perçu comme un Noir. Et parfois comme un « Français », même s’il parle le néerlandais. « Dans les salaires, sur le marché du travail et partout, les barrières sont très rigides aux Pays-Bas. On n’a pas le droit d’être ambitieux quand on est Noir, et on vous le fait savoir : "Tu rêves, toi", me dit-on souvent quand je parle de mes projets ! » Autre différence avec la France : un problème d’attitude face à des Noirs éduqués et décomplexés, qui existent pourtant dans la communauté des Surinamais, issus d’une ex-colonie néerlandaise proche de la Guyane française. « A un Sénégalais docteur en économie, une amie néerlandaise a avoué qu’elle pensait qu’il était balayeur… Les Français savent qu’ils ont éduqué des Africains et ils connaissent l’Afrique noire. Ici, peu de gens peuvent envisager qu’un Noir ait un niveau intellectuel très élevé ! »

    Quatre bicyclettes différentes et un T-shirt orange

    Du coup, Oumar Mbengue Atakosso occupe une place un peu spéciale aux Pays-Bas : il a l’impression d’étudier sans cesse un peuple qu’il commence à connaître, alors qu’il reste inconnu en tant que Sénégalais. « Cela me donne beaucoup de matière et je peux apporter quelque chose dans cette société. Ce pays est l’un des plus riches du monde, mais il m’arrive de me demander en quoi. Amsterdam prétend être une capitale internationale, mais elle n’arrive pas à la hauteur de Bruxelles ou Paris dans le brassage humain ou l’activité culturelle. Elle est pleine de touristes qui viennent pour les coffee shops et le Quartier rouge, alors que cette ville magnifique a beaucoup plus à offrir ! »

    Oumar Mbengue Atakosso fréquente les clubs de jazz, les parcs et le quartier du Jordaan. Il possède quatre vélos différents, deux fois plus que la moyenne néerlandaise. Et il a son T-shirt orange, comme tout le monde, pour « jouer le jeu » et soutenir l’équipe nationale de football. Il ne prend conscience de l’influence de son pays d’accueil que lorsqu’il se rend à Dakar. Là, il se découvre un pragmatisme typiquement néerlandais. « J’ai toujours une bouteille d’eau et un bout de pain dans mon sac, et je conseille à ma mère de débrancher le réfrigérateur quand il n’y a rien dedans. Je trouve qu’on traîne beaucoup au Sénégal. J’ai aussi appris à gérer mon temps… »
     

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