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    Hebdo

    «Tête à crack», le roman du naufrage sud-africain

    media «Tête à crack», d'Adriaan van Dis vient d'être traduit en français chez Actes Sud. DR

    L’écrivain néerlandais Adriaan van Dis, 68 ans, a passé plusieurs mois en 2009 dans un village de pêcheurs métis de la province du Cap. Il en a rapporté son avant-dernier roman, Tête à crack, publié en 2010 en néerlandais et traduit cette année en français chez Actes Sud. De son immersion dans la nouvelle Afrique du Sud, violente et paradoxale, l’ancien militant anti-apartheid tire le récit d’un naufrage : celui du rêve sud-africain.

    Ce roman se lit d’un trait. Comme une plongée en apnée dans la nouvelle Afrique du Sud, sous le regard acéré d’un Européen, fin connaisseur du pays de Mandela. Adriaan van Dis, écrivain reconnu aux Pays-Bas, a signé en 2008 une série de sept documentaires remarqués sur l’Afrique du Sud.

    Il n’en est pas à son premier livre sur la nation arc-en-ciel. Ancien militant anti-apartheid, il y avait fait une mission clandestine, dans les années 1970, pour faire passer des messages au Congrès national africain (ANC). Le tout, sous couvert d’études d’Afrikaans à l’université de Stellenbosch, près du Cap. Ses écrits lui ont ensuite valu d’être interdit de séjour pendant 17 ans par le régime raciste.

    A la fin de l’apartheid, alors que les autorités lâchent du lest, il obtient un visa. Et publie en 1990 Terre promise, un carnet de route dans le Karoo, en pays Afrikaner. Un texte déjà sensible et lucide, y compris sur lui-même et ses motivations d’observateur étranger. Un Néerlandais qui parle la langue de l’oppresseur, l’Afrikaans.

    « Je suis très curieux de cette tribu blanche d’Afrique australe, confiait-il en 2009, de retour de ses quelques mois passés au Cap pour Tête à crack. Des Blancs qui se veulent plus Blancs qu’ils ne le sont, des bâtards en quête de pureté. Les Néerlandais, eux non plus, ne parlent pas de leur passé colonial. Ils s’imaginent avoir tous été des héros pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les juifs des Pays-Bas ont été massivement déportés… »

    Un racisme qui n’est plus légal, mais reste omniprésent

    Lui-même isssu d’une famille métisse, en partie originaire d’Indonésie, l’écrivain a beaucoup réfléchi sur les questions d’identité, de race et d’histoire. Il campe son propre personnage, Mulder, dans des romans qui flirtent avec l’auto-fiction. Cette fois, il quitte Paris où il s’est installé pour rendre visite à un vieil ami sud-africain.

    Donald est l’un de ces Afrikaners qui ont rompu avec leur famille dans les années 1970, pour rejoindre le camp anti-apartheid. Et qui ne peuvent faire autrement que de vivre dans le luxe et les privilèges des Blancs, quelque part sur la côte, dans la province du Cap…

    Confronté aux réalités de la nation arc-en-ciel, où le racisme continue de marquer tous les aspects de la vie quotidienne, l’auteur commence par observer. Et croque avec beaucoup de justesse scènes de vie et conversations. Dans un restaurant, il remarque par exemple que tous les clients sont blancs, et tous les serveurs de couleur. « Ca coupe l’appétit », fait-il remarquer à son ami Donald. Lequel rétorque : « Tu dis la même chose à Paris, avec tous les clandestins qui bossent dans les cuisines ? »

    La couverture du livre «Tête à crack», chez Actes Sud. DR

    Entre déni, peurs et désillusions

    Réponse typique du déni qui existe en Afrique du Sud, surtout chez ceux qui se sont battus pour sa libération… Mulder ne veut pas non plus écouter les lamentations des anciens maîtres du pays, réduits à leur sort de minorité ethnique. « Tous ces Blancs qui avaient peur, écrit-il, ne se bourraient-ils pas le mou les uns aux autres, à s’en donner des frissons de plaisir ? Dans la vie, il faut prendre des risques. Point de bonheur sans prise de risques. »

    Mulder et Donald entreprennent d’aider un jeune métis au bras cassé, une « tête à crack ». Ou plus précisément, un « tikkop », une « tête à tik », le nom donné au Cap à la méthamphétamine, une drogue de synthèse qui se fume et se sniffe dans les quartiers pauvres de toute la province.

    Peu à peu, le narrateur commence à déchanter sur ce pays « libéré, et pourtant plus dangereux que n’importe quelle autre contrée au monde ». Il a bien du mal à admettre que « c’était mieux avant » – comme le lui affirme une vendeuse d’huîtres, la mère du garçon drogué. La réflexion, souvent, se retourne contre lui-même. Il se pose des questions sur sa bonne conscience de militant de gauche des années 1970.

    « Héros de pacotille. Imbu de lui-même. De quel droit s’était-il lancé dans un combat avec lequel il n’avait rien à voir ? Avait-il jamais mené la vie d’un citoyen de troisième zone ? Avait-il reçu la moindre lettre piégée ? Avait-il été expulsé de son pays ? Etait-il espionné jour et nuit ? Non. »

    Tardive remise en question. L’auteur se promet au final de continuer à « observer » le monde, et rend très bien compte de ce paradoxe qu’est la « nouvelle » Afrique du Sud. On comprend, en le lisant, l’espoir qu’a représenté cette nation, fruit du dernier grand combat du XXe siècle… Et en quoi elle n’est plus aujourd’hui, aux yeux de ses propres habitants, qu’un lourd échec. L’une des premières désillusions du XXIe siècle.

    Adriaan van Dis, Tête à crack, Actes Sud, 2014, 260 p., 22 euros.

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