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    Inde: l'admiration du modèle chinois, rempart pour éviter le conflit ?

    media Patrouille de soldats de l'armée indienne, août 2013. REUTERS/Mukesh Gupta/Files

    Entre la Chine et l'Inde, l'Arunachal Pradesh mobilise d'importants moyens militaires. Un territoire lunaire, au cœur de l'Himalaya, revendiqué par Pékin. Alors que des dizaines de milliers de soldats se pressent de part et d'autre, les observateurs continuent de croire que l'intégration économique empêchera l'explosion de ce conflit gelé depuis 1962.

    Le 24 août, le ministre de la Défense indien, Arun Jaitley, s'est rendu à Behrampore, dans l'est du pays, pour visiter une base militaire. C'est là que se prépare le 17e corps d'infanterie de montagne, destiné à opérer le long des frontières les plus difficiles de l'Inde. Quelque 40 000 hommes, recrutés et formés pour se battre en montagne, qui devront notamment sécuriser à partir de 2016 l'Arunachal Pradesh. Ce désert démographique (8hab/m2), rocailleux, reste contesté par les Chinois.

    C'est à cette frontière, qui reste marquée par un conflit gelé depuis la guerre indo-chinoise de 1962, qu'Indiens et Chinois accumulent d'imposants moyens militaires. L'Arunachal Pradesh, cédé par le Tibet au Royaume-Uni en 1913, a été intégré à l'Inde. Mais Pékin refuse de reconnaître cet arrangement. Régulièrement, les soldats de l'armée populaire de Chine franchissent la ligne de démarcation entre les deux pays. Ils installent des tentes et campent avec des drapeaux, comme ils l'ont fait pendant trois semaines à l'été 2013. Ils lancent des tracts et de la nourriture à la population, depuis le ciel. La situation, sans dégénérer, reste très tendue encore aujourd'hui.

    C'est pour cette raison que le général Dalbir Singh Suhag, qui a pris le commandement de l'armée indienne fin juillet, s'est rendu dans l'Arunachal Pradesh pour visiter les installations militaires dressées face à la Chine, pour un long séjour tout au long du mois d'août. En plus du déploiement de dizaines de milliers d'hommes, l'Inde a envoyé de nouveaux lance-missiles sol-air « Akash » capables d'abattre un aéronef à 25km, ainsi que des avions de combat Sukhoi-30MKI, destinés à des missions d'interdiction aérienne.

    Le double discours, militaire et diplomatique

    Le général à la retraite Alain Lamballe, qui a été attaché militaire de la France en Inde, constate une augmentation des tensions à la frontière entre les deux pays. « C'est général avec la Chine, estime-t-il. Il y a une multiplication des incursions de Chinois dans ce que les Indiens considèrent comme leur territoire. » Faut-il pour autant craindre une explosion de violence ? « Ils ne peuvent pas aller plus loin », assure cet ancien militaire, aujourd'hui consultant au sein du groupe Asie 21. Les rares images qui filtrent des « accrochages » à la frontière de l'Arunachal Pradesh donnent en effet plus l'impression d'une foire d'empoigne que d'un conflit armé (sur cette vidéo, non datée, on voit des soldats chinois tenter de chasser des soldats indiens).

    Pourtant, sur le plan diplomatique, les rencontres entre les deux pays... ne font qu'augmenter. 2014 a même été décrétée «  année des échanges amicaux entre la Chine et l'Inde ». La première visite à l'étranger du général Suhag, à peine entré en fonction, a été à Pékin. « De part et d'autre, on reste très pragmatique et on poursuit les efforts », assure le général Lamballe. Il relève également une volonté de nouer des contacts à la frontière pour éviter les dérapages. New Delhi et Pékin parviennent, en dehors de l'Arunachal Pradesh, à trouver de nombreux points d'accord en matière de relations internationales. Espérant obtenir un siège au Conseil de sécurité, ils s'opposent régulièrement aux Occidentaux pour défendre un modèle multipolaire.

    La visite prochaine de Xi Jinping, le président chinois, en Inde, devrait être l'un des moments clefs de la relation entre les deux pays. Une rencontre cruciale pour évoquer les désaccords de l'Arunachal Pradesh, et l'équilibre économique puisque l'Inde accuse un déficit commercial de 40 milliards de dollars avec la Chine. Mais une rencontre qui risque aussi de soulever des critiques, le chef de l'Etat chinois devant se rendre dans la foulée dans le Pakistan honni de New Delhi. La visite du Premier ministre indien Narendra Modi au Japon, ces jours-ci, soulève également des questions chez les Chinois, qui se demandent quel sens donner à cette rencontre alors que Pékin et Tokyo sont pris dans des tensions importantes en mer de Chine.

    La Chine, une menace et un modèle

    L'Inde et la Chine sont pourtant d'importants partenaires commerciaux et les relations économiques entre les deux pays ne cessent de croître. « Les milieux d'affaires sont, comme Narendra Modi, fascinés par les Chinois et leur réussite », analyse Christophe Jaffrelot, politologue spécialiste de l'Inde. La croissance rapide de Pékin, avec une importante mixité public/privé dans ses entreprises, intéresse particulièrement le nouveau Premier ministre indien. « Mais dans le rapport de force, militaire comme économique, l'Inde est largement désavantagée. »

    Parade militaire, à Nankin, en Chine. REUTERS/China Daily

    De même, la Chine souffre d'une très mauvaise image dans l'opinion publique indienne. Les journaux ne cessent de commenter de manière négative la relation entre les deux pays. Les médias ont pris l'habitude de surnommer les missiles balistiques indiens « tueurs de chinois ». Dans les sondages, 30% des Indiens seulement disent avoir une bonne image des Chinois. Seuls les Pakistanais sont moins estimés.

    L'un des effets négatifs d'une Asie où l'on continue de largement se méfier de ses voisins. C'est aussi pour cela, pense Christophe Jaffrelot, que chacun continue d'augmenter ses moyens militaires. « Cette inquiétude, cette méfiance, se manifeste par l'annonce d'un renforcement militaire, explique-t-il. C'est ce qu'on voit partout dans la région : chacun cherche à parer au conflit potentiel. » Reste que pour lui non plus, l'explosion n'est pas envisageable. Aussi négative soit l'opinion publique au sujet du voisin chinois, « ce n'est pas elle qui décide de la politique étrangère, ce sont les lobbies d'influence, principalement dominés par les entrepreneurs.»

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