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    Hebdo

    Emmanuel Macron: son adversaire, c’est la défiance

    media Le nouveau ministre de l'Economie Emanuel Macron et Manuel Valls, Premier ministre, ici en mai dernier à l'Elysée. REUTERS/Christian Hartmann

    Plus jeune ministre de l’Economie depuis Giscard en 1962, Emmanuel Macron, nommé mardi par Manuel Valls, incarne le changement de cap économique opéré l’hiver dernier par l’Elysée. Même si ce surdoué paraît à la hauteur de la tâche, il va très vite se heurter à d’innombrables réticences, y compris dans son propre camp.

    Mettre en musique la nouvelle politique économique du gouvernement, c’est la lourde charge dont a hérité Emmanuel Macron, le jeune et scintillant énarque nommé ce mardi 26 août dans le gouvernement Manuel Valls II au poste de ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. La mission s’annonce périlleuse mais elle est, dit-on dans les arcanes du pouvoir, à la portée de ce mélomane averti, autrefois 3e prix de piano au conservatoire d’Amiens (Somme), la ville qui l’a vu naître. A 36 ans, cet hyperactif aux talents multiples ne renvoie pas l’image habituelle du technocrate dont les ambitions étaient tendues vers un ministère régalien dès les bancs de l’école. Reste que la politique, dont il a paru vouloir s’éloigner à plusieurs reprises, a toujours fini par le rattraper.

    Le plus jeune depuis Giscard

    Homme pressé, à 36 ans Emmanuel Macron a déjà vécu plusieurs vies, à l'intérieur et en dehors de la politique. AFP/BERTRAND LANGLOIS

    La dernière fois, c’était donc mardi dernier lorsque – à la surprise générale – le secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, dont il est proche, annonçait sur le perron du palais présidentiel sa nomination à Bercy. Surprise en effet car, outre le fait qu’il n’ait jamais été élu de la République, chose assez rare quand on occupe d’aussi hautes fonctions - un « handicap » même, disait François Hollande au printemps - Emmanuel Macron s’était volontairement mis en retrait au mois de juin, quittant, de son propre chef, le palais de l’Elysée où il occupait le poste de secrétaire général adjoint auprès du président de la République. Raison invoquée à l’époque ? Pouvoir « mener des projets personnels dans les domaines de l’enseignement et de la recherche », selon ses propres termes. Prévoyant, ou clairvoyant, il avait quand même pris le soin d’ajouter qu’il répondrait présent, si l’on faisait appel à lui.

    Et ce besoin n’a pas tardé à se manifester : le voilà de retour sous les ors de la République avant même la rentrée des classes ! Lassé de voir son changement de cap économique critiqué par l’aile gauche du PS et surtout par le nouveau locataire de Bercy, Arnaud Montebourg, nommé début avril et destitué lundi, François Hollande a donc fait nommer au gouvernement celui qui était l’un des principaux instigateurs de ce virage économique. C’est en effet à Emmanuel Macron, conseiller de Hollande depuis sa préparation à la primaire socialiste de 2011, que l’on impute l’ancrage présidentiel dans le Pacte de responsabilité qui se base sur un « socialisme de l’offre » et donc sur un soutien aux entreprises plus appuyé que sous Jean-Marc Ayrault, sacrifié fin mars, au profit de Manuel Valls, à Matignon.

    Persuadé que maintenir ce cap est le seul moyen de voir les chiffres-clefs de l’économie tourner enfin à son avantage (500 000 chômeurs de plus depuis la présidentielle de 2012 pour ne prendre qu'un seul exemple) et miné aussi par une cote de popularité tombée sous les 20% d’opinions favorables, le « président du changement » abat, avec Macron, sa dernière carte. Une carte-maîtresse cependant, à en croire tous ceux qui côtoient, ou ont côtoyé, ce virtuose précoce (c’est le plus jeune ministre de l’Economie depuis Valéry Giscard d’Estaing en 1962) à qui tout réussit et qui semble être doté d’un flair rarement pris en défaut. Un exemple : approché par le camp Strauss-Kahn dès 2007, un Dominique Strauss-Kahn a priori plus proche de ses propres convictions économiques, il avait décliné l’offre, arguant qu’il « ne se sentait pas à l’aise avec le personnage », ainsi que le rapporte l’une de ses amies dans Le Monde daté du 28 août.

    Un parcours sinueux mais sans faute

    Emmanuel Macron, ici avec François Hollande, avait quitté son poste à l'Elysée en juin dernier. AFP PHOTO/ ALAIN JOCARD

    Cette anecdote est révélatrice d’un parcours un rien sinueux mais sans faute, entamé chez les jésuites à Amiens, puis au prestigieux lycée parisien Henri IV, où il rencontre, singulière parenthèse qu’il nous faut bien ouvrir, sa future femme, Brigitte Trogneux, épousée en 2007. Il s’agit de sa professeure de Français de première, de vingt ans son aînée, une union pas si surprenante que cela finalement pour les intimes de ce « beau gosse » qui avait indiqué plusieurs fois durant sa scolarité que les jeunes de son âge l’ennuyaient, en général. Et l’on referme ici la parenthèse vie privée. Au lycée, l’excellent élève se passionne pour la philosophie. Reçu à l’Ecole normale, il consacre sa maîtrise à … Machiavel, puis son DEA en philosophie à la notion d’intérêt général, des choix qui n’ont rien d’anodin, évidemment. Le jeune diplômé sera pourtant, durant deux ans (de 1999 à 2001), l’assistant du très respecté philosophe français Paul Ricœur, décédé en 2005. L’épisode philosophique s’arrêtera-là cependant car, comme le futur ministre de l’Economie le confiera lui-même, « Paul Ricœur a fait de grand livres après 60 ans. Je n’avais pas cette patience ».

    Emmanuel Macron va donc enchaîner Science-Po puis l’ENA, cette machine à fabriquer des hauts fonctionnaires et des hommes politiques où il va se distinguer comme « le meilleur d’entre nous » de la promotion Léopold Sédar Senghor, cette promo 2004 qui compte, paraît-il, d’autres futurs acteurs majeurs de la scène politique française (dix-sept d’entre eux occupent déjà des postes-clefs dans les ministères et les grandes institutions). « Il peut tout faire, il est bon en tout » dit de lui Kevin Rifaut, un camarade de promo, dans le dernier numéro du mensuel Vanity Fair. « Il est doué d’une sorte d’empathie naturelle » précise Sébastien Veil, un autre énarque, petit-fils de Simone Veil. « En plus, il a énormément d’humour », insiste encore Jean-Baptiste ­Nicolas, un troisième camarade de promo, dans le même article.
     
    Bonne pioche chez Rotschild

    Sorti de l’ENA, le jeune diplômé fait un passage obligé par l’inspection des finances, son premier contact avec Bercy. On est alors en 2005. Repéré, aussi, par l’équipe Sarkozy, il passe son tour, ayant toujours eu le cœur à gauche, ce dont vont probablement commencer à douter les détracteurs qu’il compte dans son propre camp, surtout au vu de la ligne qui suit sur son curriculum vitae. L’horizon étant bouché avec la droite au pouvoir, il rejoint en effet la banque Rothschild en 2008.

    Son ascension y est fulgurante. Devenu gérant-associé, il touche rapidement un salaire très confortable et s’enrichit de façon très substantielle lorsqu’il pilote le rachat par Nestlé de Pfizer Nutrition, filiale du géant pharmaceutique américain Pfizer, une transaction à 11,8 milliards de dollars pour laquelle il va toucher une épaisse commission. A peine trentenaire, Emmanuel Macron a déjà assuré ses arrières financièrement mais l’argent ne lui tourne pas la tête. « L’argent ne doit pas être identitaire » déclarera-t-il plus tard au Nouvel Observateur. « C’est un instrument de liberté, sans plus ». Personne ne dira le contraire.

    Sa liberté justement, il la reprend pour la mettre au service de François Hollande à qui Jacques Attali l’a présenté. « On n’en voit pas un comme ça tous les dix ans » aurait glissé, admiratif, l’ancien conseiller spécial de François Mitterrand au futur locataire de l’Elysée. Outre Jacques Attali, Macron a pour autre mentor Michel Rocard, au service duquel Manuel Valls a fourbi ses premières armes en politique, le type de filiation qui, forcément, crée des liens et induit des affinités. Il rejoint aussi « Les Gracques », un groupe de réflexion très influent, à la droite de la gauche. Des amis, il en compte déjà un certain nombre dans la place quand il entre à l’Elysée où on le présente vite comme « l’hémisphère droit » du cerveau de François Hollande, le gauche étant occupé par Aquilino Morelle. Parmi eux, Jérôme Cahuzac, avec qui il partage beaucoup de points de vue et qu’il soutiendra même, un temps, à la naissance de l’ « affaire », avant que la culpabilité de l’ex-ministre du Budget (les comptes bancaires en Suisse et à Singapour, droit dans les yeux, vous vous souvenez ?) n’éclate au grand jour et ne le rende infréquentable.

    La tentation Schröder

    Lors de son premier Conseil des ministres, le 27 août, entre Marisol Touraine (Santé) et Patrick Kanner (Ville, Jeunesse et Sports). AFP/FRED DUFOUR

    Sherpa économique de François Hollande lors des G8, G20 et autres conseils européens, Emmanuel Macron a été invité à ce titre par l’influent et hermétique groupe Bilderberg à Copenhague au printemps dernier, réunion à laquelle fut également conviée Fleur Pellerin, autre promue du gouvernement Valls II. Très apprécié à Berlin, Emmanuel Macron veut en finir une bonne fois pour toutes avec la « gauche romantique » et prendre quelques idées à l'incontournable modèle allemand, comme il l’a souligné dans cette désormais fameuse interview accordée au Point le week-end dernier et parue ce jeudi 28 août, entretien réalisé alors que – juré craché – il ignorait qu’il allait être nommé à Bercy.

    Le futur ministre y évoque notamment la possibilité d’« autoriser les entreprises et les branches à déroger aux règles de temps de travail et de rémunérations », autrement dit de s’attaquer au tabou des 35 heures de travail hebdomadaire, en prônant toutefois le dialogue social mais sous condition. « Soit le dialogue social peut accompagner et concrétiser cette volonté réformatrice, prévient-il, soit l’exécutif doit prendre ses responsabilités et ouvrir une nouvelle phase du quinquennat, comme Schröder (1) a su le faire en Allemagne entre 2003 et 2005 ». 

    Faire maintenant ce que l’Allemagne a accompli  il y a 10 ans, telle semble être la seule issue possible pour sortir le pays de la panade selon l’exécutif en place ainsi que pour bon nombre d’économistes, français et étrangers. « "L’autre politique" est un mirage, assène le nouveau locataire de Bercy dans la même interview. C’est un scénario qui s’arrête au premier jour et ne sait pas écrire le jour d’après. (…) Pas un Français ne pense aujourd’hui que la France peut continuer comme elle le fait depuis 20 ans ».
     
    Du pain sur la planche à savon

    Sur le thème du « touche pas à mes 35 heures », les flèches n’ont pas tardé à fuser, à gauche, et chez les syndicats, le timing de l’ouverture de l’université d’été du Parti socialiste à La Rochelle donnant un peu plus de corps à la dramaturgie ambiante, 48 heures après l’envolée de Manuel Valls vantant les valeurs de l’entreprise sous les applaudissements nourris du Medef à Jouy-en-Josas. Gêné, le ministre du Travail, François Rebsamen, a tenté d’éteindre l’incendie en affirmant sur la chaîne LCI qu’il n’était « pas question de remettre les 35 heures en cause » mais le week-end charentais du parti à la rose promet d’être assez rock n’roll.

    Avec tous les défis qui l’attendent et tous ces opposants qui aiguisent leurs couteaux à l’heure de la rentrée politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par les syndicats, le Front de gauche, les Verts, les « frondeurs » du PS, sans parler de l’UMP, son adversaire naturel, on est quand même très tenté de souhaiter à Emmanuel Macron : « Bon courage ! ». Et même d’ajouter : « Et surtout, la santé ! » pour les deux ans et demi qui viennent. A condition, bien entendu, qu’il tienne jusque-là, mais, comme il l’a déclaré au Point « Gouverner aujourd’hui, c’est naviguer par gros temps ». Et maintenir le cap.
     
    (1) Prédécesseur d’Angela Merkel à la chancellerie, le social-démocrate Gerhardt Schröder a gouverné l’Allemagne de 1998 à 2005 et entrepris des réformes structurelles impopulaires qui ont bénéficié plus tard à toute l'économie allemande

     

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