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    Tchicaya U Tam’Si: retour sur la vie et l’œuvre d’un poète maudit

    media Tchicaya U Tam'si fut poète, homme de théâtre et romancier. Vents d'ailleurs

    La belle biographie que Boniface Mongo-Mboussa consacre à son compatriote Tchicaya U Tam’si arrache au silence et à l’obscurité auxquels a longtemps été vouée la poésie de ce poète de la post-négritude. Cette poésie est travaillée par le mal-vivre et les mystères de l’existence qui ont été pour le poète à la Rimbaud les véritables sources de son inspiration.

    « Tchicaya U Tam’Si est notre premier poète moderne », écrit Boniface Mongo-Mboussa, qui vient de consacrer au poète congolais une passionnante biographie au titre aussi énigmatique que poétique : Tchicaya U Tam’Si, le viol de la lune. Et en sous-titre : Vie et œuvre d’un maudit. L’énigme s’éclaircit au fil des pages qui retracent l’itinéraire du poète, s’attardant sur sa proximité avec Rimbaud et Verlaine plutôt qu’avec Senghor et Césaire, les poètes de la négritude. « Cette dernière se veut une réaction à une blessure collective, la poésie de Gérald-Félix Tchicaya est individuelle. Chez lui l’existence précède l’essence », explique le biographe.

    Poète maudit

    Lui-même originaire du Congo, Boniface Mongo-Mboussa connaît bien le travail de son compatriote dont il a édité l’année dernière le premier volume de ses œuvres complètes : J’étais nu pour le premier baiser de ma mère (Gallimard, 2013). Mongo-Mboussa a raconté dans la préface de sa biographie les circonstances de sa rencontre tardive avec cette œuvre qui compte tant pour lui. C’est en parcourant le journal du parti communiste français L’Humanité en 1987, alors qu’il faisait ses études à Saint-Pétersbourg qui s’appelait encore Leningrad, qu’il a découvert la poésie incandescente du poète maudit. Un poème en prose qui opposait au désir de changer le monde « le soleil confus du matin », « les pétales (qui) tombent », « les cendres froides » et la « rosée d’hiver ». A partir de ce jour, Mongo-Mboussa n’a pas cessé de lire celui qui allait devenir le sujet de sa future biographie.

    Boniface Mongo-Mboussa est l'auteur de Désir d'Afrique («Continent noir», Gallimard) C. Helie

    Gérald-Félix Tchicaya est né en 1931. Son père était député du Moyen-Congo et du Gabon à l’Assemblée nationale, à Paris. Celui-ci nourrissait de grandes ambitions pour son fils qu’il avait arraché à sa mère biologique pour l’éduquer en France. Le fils sera poète, au grand désespoir de son père. Il écrit son premier poème à l’âge de 17 ans et, dans la foulée, adopte son nom de plume U Tam’si signifiant « petite feuille qui parle pour son pays ». Pour le jeune homme, c’était sa façon de couper le cordon ombilical avec un père solaire et omniprésent.

    Un « poète tout court »

    L’autre rupture qui a défini le Congolais, c’est sa prise de distance par rapport aux poètes de la négritude qui ont profondément marqué les débuts de la littérature africaine. Dès son premier recueil Le Mauvais sang (Caractères) paru en 1955, Tchicaya a imposé sa quête littéraire qui sera plus personnelle que communautaire, plus lyrique et existentielle qu’essentialiste. La rupture deviendra officielle avec la parution en 1962 du quatrième recueil sous la plume du poète congolais Epitomé (P.-J. Oswald) pour lequel l’éditeur avait eu la mauvaise idée de le faire préfacer par … Senghor. Pour le fondateur de la négritude, la poésie de Tchicaya était « authentiquement négro-africaine ». Un qualificatif dans lequel ce dernier ne se reconnaissait guère, préférant se définir comme « poète tout court ». La préface fut supprimée dès la deuxième édition du recueil.

    Pour Boniface Mongo-Mboussa, ce qui différencie Tchicaya de la génération des poètes de la négritude, ce n’est pas seulement son approche non-racialisée de sa vision du monde, mais c’était aussi son écriture faite « de syntaxes désarticulées, de ruptures de ton, de collages qui juxtaposent le prosaïque et le sublime ». Cette modernité fait de l’auteur du Mauvais sang moins un héritier qu’un pionnier annonciateur de la nouvelle poésie africaine post-coloniale incarnée par les Véronique Tadjo,Tanella Boni et même Sony Labou Tansi qui fut romancier, dramaturge, mais aussi poète.

    Auteur de sept recueils de poésie, Tchicaya U Tam’Si est aussi auteur de deux pièces de théâtre, de quatre romans et de nombreuses nouvelles et contes. Il décède en 1988 brutalement, d’une crise cardiaque. Sa poésie, qu’on a longtemps enfermée dans le mythe d’inaccessibilité et d’hermétisme, commence aujourd’hui à sortir de la confidentialité et toucher le grand public grâce au travail de débroussaillage effectué par ses admirateurs dont son biographe Boniface Mongo-Mboussa. L’homme qui écrivait « Ce soir/Quel crime commettrai-je/si je violais la lune ? », ou encore « Un jour il faudra se prendre/Marcher haut le vent/comme les feuilles des arbres/pur un fumier pur un feu/Qu’importe/D’autres âges feront de nos âmes des silex/… » mériterait certainement d’être mieux connu de sa postérité.

    Tchicaya U Tam’Si, le viol de la lune. Vie et œuvre d’un maudit, par Boniface Mongo-Mboussa. Editions Vents d’ailleurs, 144 pages, 18 euros.
    ►Tchicaya U Tam’Si : J’étais nu pour le premier baiser de ma mère, œuvres complètes, tome 1. Editions Gallimard, collection « Continents noirs », 608 pages, 22 euros.

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