GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 23 Juin
Vendredi 24 Juin
Samedi 25 Juin
Dimanche 26 Juin
Aujourd'hui
Mardi 28 Juin
Mercredi 29 Juin
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Moyen-Orient

    Liban-Israël : La guerre du pétrole aura-t-elle lieu?

    media Cette carte de PGS montre les gisements prometteurs de Tamar et Dalit. Petroleum Geo-Services

    Le Liban a vivement réagi à l’annonce par Israël de la découverte d’importantes quantités de gaz et de pétrole, à l’Est de la Méditerranée. Il soupçonne l’Etat hébreu de vouloir lui «voler» sa part et promet de revendiquer ses droits par tous les moyens. Un nouveau sujet de discorde qui vient se greffer aux nombreux contentieux qui séparent, déjà, les deux pays.

    De notre correspondant à Beyrouth

    L’occupation des terres et l’exploitation des eaux ont toujours été une source de conflit entre le Liban et Israël. Ces dernières semaines, un nouveau sujet, bien plus explosif, est apparu : celui des hydrocarbures. Après l’annonce par Nobel Energy, une compagnie basée aux Etats-Unis, de la découverte d’un potentiel de 453 milliards de m3 de gaz au «large d'Israël», le Liban s’est mobilisé pour «revendiquer ses droits.» Les enjeux sont d’autant plus importants que l’Est de la Méditerranée pourrait renfermer d’énormes quantités de pétrole et de gaz dans des eaux non délimitées, où trois pays, le Liban, Israël et Chypre, peuvent faire valoir leurs droits.

    Dès 2001, le gouvernement libanais avait ordonné un balayage sismique des fonds marins libanais. Deux compagnies étrangères, Spectrum et Petroleum GeoServices (PGS), avaient alors procédé à des prélèvements, respectivement en 2002 et 2006, et les études sismiques géologiques avaient révélé la présence possible de gaz et de pétrole. 

    «Les résultats en 2D combinés avec ceux en 3D précédemment acquis par PGS, ont identifié de nombreux indicateurs associés à la présence d’hydrocarbures. Ceux-ci confirment l’extension d’un système pétrolier actif au large des côtes du Liban», peut-on lire sur le site de PGS. Un rapport de l’USGS (US Geological Survey) estime le potentiel au large des eaux libanaises à près de 608 millions de barils de pétrole, 44 560 milliards de pieds cubiques de gaz et 1 107 millions de barils de gaz naturel liquide. De quoi réveiller toutes les convoitises.

    Côté israélien, Tamar -qui se trouve à 90 km au large du port de Haïfa- possède une capacité de 238 milliards de m3 de gaz. Il s'agit du plus important champ gazier découvert au niveau mondial ces trois dernières années. Productive dès 2012, cette nappe répond aux besoins de l’Etat hébreu pour les 35 prochaines années.   

    Pour le projet appelé Léviathan, l'estimation est de 16 000 milliards de m3. D'autres sites alentours auraient une capacité totale de 850 milliards de m3. Pour comprendre l’importance des enjeux, il suffit d’écouter les propos du ministre israélien des Infrastructures nationales, Uzi Landau, qui a récemment déclaré lors d’un voyage en Chine qu’«Israël est devenu une superpuissance gazière. Ces découvertes ont le pouvoir de faire d'Israël un acteur principal sur le marché du gaz international».

    Echanges de menaces

     Ce même Uzi Landau a affirmé, lors d'une interview accordée, jeudi 24 juin, à Bloomberg News, qu'«Israël n'hésitera pas à user de la force, non pas pour défendre ses droits, mais pour défendre le droit maritime international». Il a également affirmé que le Liban n'a aucun quota dans les champs gaziers récemment découverts qui se situent, selon lui, dans les eaux économiques d'Israël. Il a ajouté que son pays discute avec Chypre du tracé des frontières maritimes, soulignant qu'il n'y a pas de désaccord entre les deux pays sur les travaux de forage. Toutefois, le quotidien Haaretz a révélé qu'une grande quantité du gaz découvert se situe dans les eaux chypriotes, faisant état d'un désaccord sur le tracé des frontières maritimes entre les deux parties.

    Pour mieux comprendre, il faut revenir à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982. Aussi appelée Convention de Montego Bay, cet accord autorise un pays à exploiter le sous-sol marin en dehors de ses eaux territoriales, à condition qu’il déclare l’espace d’exploitation pétrolière comme une «Zone économique exclusive» (ZEE). Cette zone peut être d’une largeur maximale de 370 km (200 miles) au-delà de la côte, alors que les eaux territoriales s’étendent à seulement 12 miles de la côte. Dans ce cas, l’Etat côtier dispose de «droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation, de conservation et de gestion des ressources naturelles, des eaux surjacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous-sol», comme le stipule le texte de la Convention.

    Israël n’a pas déclaré sa ZEE, comme l’assure le quotidien Calcalist, ce qui a incité les autorités chypriotes à envoyer une lettre au ministre israélien des Affaires étrangères afin d’obtenir des précisions sur les découvertes pétrolières aux larges de leurs côtes.

    Pour préserver ses droits, le Liban veut suivre l’exemple chypriote. Le premier à réagir a été le président du Parlement, Nabih Berry, qui a mis en garde contre un monopole israélien des réserves énergétiques dans l'Est de la Méditerranée. Il a appelé le gouvernement «à prendre immédiatement des mesures pour défendre les droits non seulement financiers, mais également économiques, politiques et souverains du Liban». «Israël s'est empressé de se présenter comme un émirat pétrolier, ignorant le fait que, d'après les cartes, ce gisement s'étendait jusqu'aux eaux libanaises», a souligné M. Berry.  
    Seulement, les Libanais ont, comme d’habitude, présenté un front désuni face à ce problème. Une première réunion des Commissions parlementaires, organisée à l’appel de M. Berry début juin, a été annulée faute de quorum, après le boycott des députés du bloc du Premier ministre, Saad Hariri. La presse a dénoncé «des divisions inacceptables devant une question aussi cruciale pour l’avenir du Liban» et certains journaux ont indiqué que l’exploitation des champs de gaz et de pétrole pourrait éponger la dette publique qui s’élève à 55 milliards de dollars, soit près de 155% du PIB.

    Une deuxième réunion a finalement eu lieu lundi 28 juin et un comité ministériel a été chargé de rédiger les projets de loi nécessaires afin que le pays exploite ses ressources en hydrocarbures et revendique sa ZEE. Mais vu le fait que le Liban et Israël n’entretiennent pas de relations diplomatiques et sont pratiquement en guerre depuis plus d’un demi-siècle, l’affaire s’annonce difficile et pourrait se terminer devant les tribunaux internationaux.

    Le Hezbollah, lui, n’a pas attendu un verdict qui pourrait traîner des années. Jeudi 1er juillet, l’un de ses principaux dirigeants, Hachem Safieddine, a assuré que «la Résistance estime qu’il est de son devoir de défendre les ressources en hydrocarbures du Liban autant qu’il est de sa responsabilité de restituer les terres occupées par Israël.»

    Un avant-goût des tensions que ce dossier peut provoquer entre deux pays dont l’histoire est faite, ces soixante dernières années, de conflits et de guerres.

    Chronologie et chiffres clés
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.