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    Moyen-Orient

    «Contrairement aux dires de Téhéran, les sanctions pénalisent l'économie iranienne»

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    Ancien directeur exécutif des affaires internationales de la compagnie nationale iranienne de pétrole (1964-1979), ancien membre du comité de stratégie à long terme de l’Opep, Parviz Mina est depuis 1979 consultant auprès des principales compagnies pétrolières. Pour ce spécialiste des questions énergétiques, contrairement aux affirmations des autorités iraniennes, les récentes sanctions votées par l’Union européenne et le Canada ont un effet très négatif sur toute l'économie du pays.

    RFI - Pour la première fois les sanctions internationales, décidées par l’Union européenne et le Canada à l’encontre de la République islamique d’Iran visent le secteur énergétique. Quels pourraient être les conséquences de ces sanctions sur l’économie iranienne ?

    Parviz Mina : Le secteur pétrolier et gazier constitue le « talon d’Achille » de l’économie iranienne. L’industrie pétrolière et gazière fournit au pays les sources d’énergie nécessaires à la consommation interne et lui assure des revenus importants en devises. Les sanctions infligées au régime de Téhéran visent à resserrer l’étau autour de la principale ressource en devises et à mettre aussi en difficulté la capacité de production et d’acquisition des produits raffinés pour la consommation interne.

    Du point de vue économique, plus de 80% des ressources annuelles en devises, plus de 70% des investissements publics et environ 50% du budget annuel de l’Etat sont assurés par l’exportation de pétrole. Aussi, la baisse de l’exportation du pétrole et la diminution des ressources en devises aura un impact direct considérable sur toute l’économie du pays et donc sur le quotidien de tous les Iraniens. En empêchant l’Iran de développer son industrie pétrolière, les Européens et Américains tentent d’influer sur l’économie du pays et de mettre ainsi sous pression le régime de Téhéran.

    RFI : Dans ce cas peut-on attendre à un changement de politique énergétique de la part de Téhéran ?

    P.M. : Les dirigeants iraniens affirment que les sanctions internationales n’ont aucune conséquence sur la politique du pays et que l’Iran poursuit sa voie. Mais, chaque jour les indices et preuves du contraire se manifestent. Juste un exemple : le projet d'exploitation du champ gazier de Pars du Sud, un champ situé dans le golfe Persique et partagé avec le Qatar. Depuis des années, le Qatar en attirant la technologie et les investissements des principales compagnies internationales, a commencé l’exploitation du gaz dans sa partie. L’Iran n’a réussi jusqu’à présent à mettre en œuvre que 8 des 28 phases prévues pour l’exploitation de ce champ grâce aux entreprises étrangères à une époque où elles étaient prêtes à s’investir dans le projet. Mais, depuis l’établissement des sanctions, ces investisseurs étrangers se sont retirés.

    Le ministère iranien du Pétrole a récemment signé un accord avec quatre consortiums comprenant dix sociétés iraniennes pour l’exploitation d’une partie de ce champ. Mais, pour ce faire, ces sociétés auront besoin d’importer des équipements techniques comme, par exemple, les robinets de couverture de puits et des outils de forage en mer. Les nouvelles sanctions bloquent tout accès à ce genre de technologie et matériel. Plus important encore, la réalisation des 6 phases confiées aux entreprises iraniennes nécessite 21 milliards de dollars d’investissement. Alors que les sociétés iraniennes, sous l’effet des sanctions internationales, n’ont aucune possibilité d’accéder aux crédits ou lettres de créance, je ne vois pas comment elles pourraient honorer leur engagement.

    La crise ne se limite pas au secteur gazier. Les champs pétroliers de l’Iran ont besoin d’injection du gaz à une quantité très élevée pour rester exploitables. En l’absence d’injection, ces champs subiront une baisse importante de niveau, perdant la faculté d’exploitation. D’ailleurs, le ministre iranien du Pétrole a admis que la capacité de production pétrolière annuelle du pays était en baisse de 250 à 300 mille barils par jour. Ainsi, si l’Iran n’arrive pas à injecter du gaz dans ses champs pétroliers, dans les 6 ou 7 prochaines années ce pays n’aura plus de pétrole à exporter. Aujourd’hui la consommation intérieure est d’un million six cent mille barils par jour. Le taux de croissance de la consommation étant de 6% à 7% par an, dans six ans la consommation atteindra plus de deux millions barils par jour. Dans ce cas la capacité de production de pétrole brut ne pourra que satisfaire la demande intérieure. L’industrie pétrolière ne produira plus de recettes en devise.

    RFI : Comme toujours quand on parle des sanctions, on pense également aux manières de les contourner. Comment l’Iran peut-il contourner les sanctions internationales ?

    P. M. : Pour contourner ces sanctions, il faudrait avoir accès à des technologies et matériaux nécessaires en dehors de l’Union européenne, le Canada, les Etats-Unis ou encore le Japon qui sans aucun doute appliquera les sanctions. Aujourd’hui pour les activités les plus simples l’Iran pourrait, par l’intermédiaire des pays comme la Malaisie, l’Indonésie ou la Chine, avoir accès à des outils nécessaires, mais la technologie moderne est seulement entre les mains des grandes compagnies pétrolières européennes, américaines ou japonaises. Et si ces compagnies appliquent les sanctions contre l’Iran, ce pays aura beaucoup de difficultés pour développer ses industries pétrolière et gazière.

    RFI : L’objectif annoncé des sanctions internationales est de ramener l’Iran à la table des négociations, essentiellement sur son programme nucléaire. Vendredi 30 juillet, Ali Akbar Salehi, chef du programme nucléaire iranien, a déclaré que son pays était prêt à entamer « immédiatement » des négociations avec les grandes puissances. Ces nouvelles sanctions sont-elles susceptibles de contraindre l’Iran à négocier vraiment et surtout à accepter les exigences des Occidentaux ?

    P.M. : Il y a plus d’un an, les Iraniens et les Européens ont trouvé un accord à Genève, selon lequel en échange d’uranium faiblement enrichi par les Iraniens, les Européens leur fournissaient de combustible nucléaire pour les besoins du réacteur de Téhéran dédié aux activités médicales. A cette époque, la quantité d’uranium enrichi par l’Iran était limitée et la part qui devait être livrée aux Européens constituait 80% de la totalité d’uranium enrichi par les Iraniens. Par cet accord, les Européens entendaient empêcher l’Iran de disposer d’une quantité d’uranium suffisante à la fabrication d’une bombe. Mais, depuis cette date, l’Iran n’a cessé de poursuivre ses activités d’enrichissement et dispose, actuellement, de suffisamment d’uranium pour procéder à un échange avec les Européens sans être privé de la quantité nécessaire à la poursuite de son programme nucléaire.

    Aujourd’hui, ni l’accord de Genève, ni celui que l’Iran a mis au point par l’intermédiaire de la Turquie et du Brésil n’est satisfaisant pour les Occidentaux, pour la simple raison que la quantité d’uranium enrichi restant entre les mains des Iraniens semble trop importante. Dans le même temps, l’Iran entend poursuivre ses activités d’enrichissement. L’objectif des Iraniens de retourner à la table des négociations est de faire entériner par les Européens et les Américains, l’accord turco-brésilo-iranien. Ce qui est inacceptable pour les Occidentaux. Donc je pense que le but essentiel de l’Iran est de gagner du temps et de repousser les échéances et conséquences des sanctions.

    RFI : Avec ses réserves importantes de pétrole et de gaz, l’Iran aurait-il vraiment besoin de la technologie nucléaire ?

    P.M. : A l’heure actuelle non, mais il faut savoir que les réserves de pétrole et de gaz ne sont pas éternelles et s’épuiseront un jour. Aujourd’hui si l’Iran arrive à accéder à la technologie et investir massivement dans ce secteur, il aura encore du pétrole pour les 20 à 30 ans à venir. Même à l’époque de Mohammad Reza Shah Pahlavi [le dernier shah d’Iran renversé en 1979 par la révolution islamique] un programme ambitieux de développement nucléaire entendait substituer la production d’énergie par le nucléaire à celle produite par le pétrole et protéger ainsi ses richesses pétrolières.

    RFI : Contrairement aux Européens et Américains, la Russie semble soutenir Téhéran et a, récemment, annoncé un accord avec l’Iran pour fournir à ce pays des produits pétroliers raffinés.

    P.M. : Aux yeux de la Russie, l’Iran est une arme que l’on peut brandir face aux Européens et Américains. Moscou joue sur les deux tableaux : d’un côté, le président Medvedev annonce que le monde ne peut pas accepter que l’Iran accède à l’arme nucléaire et que ce pays doit retourner à la table des négociations, accepter les conditions établies par des Occidentaux et honorer ses promesses. D’un autre côté, le ministre russe de l’Energie signe avec la République islamique un accord de coopération économique et technologique sur 30 ans comportant un volet important relatif au nucléaire. Ce sont des manœuvres politiques de la part des Russes pour pouvoir mieux négocier avec les Américains. Et bien que l’Iran constitue un marché important pour la Russie, ce pays ne sacrifiera jamais ses intérêts à ceux de Téhéran. Le jour où la Russie aura besoin de faire des concessions dans ses relations avec l’Europe ou les Etats-Unis, il lâchera l’Iran. N’oubliez pas que la Russie s’était toujours déclarée contre des sanctions à l’encontre de l’Iran mais elle s’est ralliée aux Occidentaux lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU pour voter en faveur des sanctions car ses intérêts étaient en jeu.

    RFI : Et la Chine ?

    P.M. : La position de la Chine est différente. La Russie possède elle-même de réserves pétrolières et gazières et n’a pas besoin de l’Iran dans ce domaine, ce qui n’est pas le cas de la Chine. Pékin achète quelque 400 000 barils de pétrole par jour aux Iraniens. Donc l’Iran est une source d’énergie très importante pour la Chine. Deuxièmement avec le départ des compagnies pétrolières européennes et américaines, la voie est libre pour les activités des compagnies chinoises non seulement dans le secteur pétrolier et gazier mais dans tous les domaines économiques. Aujourd’hui le plus grand importateur des produits iraniens sont les Chinois, et la compagnie pétrolière nationale chinoise est le seul investisseur étranger dans le champ gazier de Pars du Sud.

    RFI : Quatrième producteur mondial de pétrole brut, l’Iran dispose d’une capacité de raffinage très limitée et importe 40% de ses propres besoin internes en essence. Comment peut-on expliquer cette situation ?

    P.M. : Avant la révolution de 1979, la Compagnie nationale iranienne du pétrole s’était dotée d’une direction de planification dont la mission consistait à prévoir les besoins de consommation interne, d’exportation de brut afin d’assurer des ressources en devises, d’investissement nécessaire pour le maintien des champs et les capacités de production et de raffinage sur dix ans. L’un des principes de planification consistait à assurer, en permanence, une capacité de raffinage d’environ 20% supérieure aux besoins de la consommation interne. Les sept raffineries construites avaient une capacité totale de raffinage d’un million deux cent mille barils par jour alors que notre consommation interne était inférieure à huit cent mille barils par jour. Ainsi, on disposait d’une marge de quatre cent mille barils par jour destinée à assurer l’augmentation inattendue de la consommation interne. Dans le même temps, la construction de plusieurs nouvelles raffineries était programmée pour répondre aux besoins à venir.

    Depuis la révolution islamique de 1979, alors que la population du pays a doublé, le ministère du Pétrole n’a construit que deux raffineries, l’une à Bandar Abbas, l’autre à Arak. La construction de ces deux raffineries était déjà planifiée avant la révolution. Evidemment, la République islamique devait prévoir et construire beaucoup plus de raffineries que ce que nous avons fait avant la révolution, mais malheureusement le constat est amer.

    RFI : Les autorités iraniennes déclarent vouloir investir plus de 45 milliards de dollars dans la construction de nouvelles raffineries pétrolières et dans l’amélioration des infrastructures existantes. Selon elles, près de 26 milliards de dollars seront consacrés à la construction de nouvelles raffineries d’ici 2014. L’Iran est-il capable d’atteindre son objectif sans l’aide des Occidentaux ?

    P.M. : En ce qui concerne le savoir-faire peut-être que les Iraniens pourront y arriver mais le problème essentiel est l’acquisition des équipements et matériaux techniques frappés par les sanctions en vigueur contre l’Iran. Et la question que l'on peut se poser est : si les dirigeants iraniens sont capables d'un tel exploit en si peu de temps pourquoi n’ont-ils pas agi durant ces trente dernières années ? Nous savons que cette situation permet à une poigné de gens de s’enrichir en touchant des commissions exorbitantes sur l’importation des produits pétroliers.

    RFI : Beaucoup pensent que le régime iranien, empêtré dans ses difficultés internes cherche une crise dans ses relations extérieures. Jusqu’au quel point cette hypothèse vous semble-t-elle crédible ?

    P.M. : Les dictatures, pour se maintenir au pouvoir n’ont qu’un seul moyen, celui de recourir à la répression et à la violence sous prétexte des menaces et complots internes et externes. Tous les problèmes, carences et lacunes sont attribués aux ennemis imaginaires du régime. Elles cherchent donc constamment des ennemis pour justifier les insuffisances. Le régime iranien tente aussi d’attribuer l’ensemble de ses maux aux Occidentaux et leur politique à l’égard de la République islamique. La question est de savoir qui a été à l’origine de ces conflits et pourquoi ?

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