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    Moyen-Orient

    L’Orient des femmes de Christian Lacroix, tissus éphémères et traditions millénaires

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    L’Orient des femmes vu par Christian Lacroix n’a pas besoin de mannequins. Les 150 costumes flamboyants, cousus entre la fin du XIXe siècle et nos jours, se suffisent à eux-mêmes. Ces robes, manteaux, vestes et voiles de Syrie, de Jordanie, de Palestine et du désert du Sinaï, surgissent de la pénombre du Musée du Quai Branly à Paris comme des véritables tableaux illuminés, montés sur des simples bâtons sur des cimaises imaginées. Loin des défilés de la haute couture, Christian Lacroix nous fait découvrir la noblesse de ces robes de bédouines et de paysannes arabes. Un art fragile, avec des tissus éphémères et des traditions millénaires. A découvrir jusqu’au 15 mai.

    Pour la première fois, le Musée du Quai Branly montre ses trésors vestimentaires du Proche-Orient, une exposition enrichie des prêts exceptionnels de la collection jordanienne Wilad Kawar et du musée national de Beyrouth. Dès le début du parcours, plusieurs choses frappent notre esprit : la taille des vêtements, la coupe géométrique des costumes, la flamboyance des tissus et le nom Christian Lacroix.

    Ecouter l’entretien de Maysa Costache avec Christian Lacroix à l’occasion de l’exposition « L'Orient des femmes, vu par Christian Lacroix » au Musée du Quai Branly 10/10/2013 - par RFI Écouter

    La fascination pour l’univers de l’Orient et des femmes, Christian Lacroix la date à son enfance, à ses souvenirs. « De la vie tumultueuse d’un grand-père qui avait passé sept ans sur un bateau tout autour de la Méditerranée dont quatre ans de guerre dans les Dardanelles et au Moyen-Orient. D’où il avait rapporté et renvoyé une multitude de cartes postales illustrées de costumes locaux, parfois recoloriées à la main. » Pendant son activité dans la haute couture, le couturier avait un certain temps une princesse orientale comme cliente, qui s’ennuyait tellement dans son palais, qu’elle exigeait tous les jours une nouvelle robe.

    Des « tableaux » de couturières anonymes

    « L’Orient, les femmes, vastes territoires », s’exclame Christian Lacroix. Pour le Musée du Quai Branly, le couturier s’est plongé en tant que directeur artistique de l’exposition dans cet univers « à mi-chemin du fantasme et de la réalité ». Présentés en aplat à la verticale, ces « tableaux » de couturières anonymes s’apparentent à des anges qui s’envolent vers le ciel oriental. Leurs longs manches formant de grands triangles confèrent à ces costumes un aspect « les ailes du désir ». Dans la vie quotidienne, les manches ailées étaient nouées dans le dos. Pour danser, elles étaient relâchées, raconte Hana Chidiac, la commissaire de l’exposition L’Orient des femmes.

    Un film tourné au début du XXe siècle, démontre l’extrême habileté des bédouines jordaniennes de plier et transformer un tissu, longue de trois mètres et demi, en 80 secondes en une splendide robe Khalaqa. Quelques mètres plus loin nous attendent des robes très noires en tissu de soie avec des broderies éclatant de couleurs vives comme une tempête de sable : des rouges, jaunes, verts, bleus, d’une intensité inouïe. L’autre côté, des robes blanches syriennes nous surprennent avec l’élégance, le raffinement et l’effet de simplicité de leur broderies de soie.

    Le losange repousse le mauvais œil

    Ce n’est pas la haute couture du Proche-Orient, mais un défilée de robes portées lors des fêtes par des « princesses » de la vie quotidienne ; des robes, des manteaux, des voiles des bédouines et paysannes arabes. On apprend que le losange repousse le mauvais œil et que le rouge est la couleur privilégiée des broderies syriennes. Un manteau Zbun de l'année 1935 de Deir Semaan dans la province d’Alep montre le goût pour cette couleur de sang censée d’avoir des propriétés magiques, d’incarner la fécondité et la protection, et d’apporter la richesse à la femme qui la porte. Loin d’être un simple accessoire, l’habit est la pièce maîtresse de l’identité qui indique le rang social et l’âge, qui renvoie à la situation familiale et l’appartenance à une tribu ou un village.
     
    Habiller autrement nos idées sur l’Orient
     
    Les costumes exposés nous obligent d’habiller nos idées autrement, de mettre d’autres images sur des mots et des villes, de changer notre regard sur l’Orient. Au début du XXe siècle, Bethléem était surnommé le « Paris » de la mode en Palestine, grâce à la broderie en points de couchure des femmes palestiniennes. Jadis, des villages comme Ramallah ou Beit Dajan se sont imposés comme des centres stylistiques. Naplouse défile sous nos regards sous forme d’une robe de fête de 1935, avec des rayures inattendues, des carrés courageux, des motifs modernes et des couleurs délicates. La région entre Hébron et Gaza est représentée par Jellayé de Beit Jibrin, un patchwork de tissus, de coutures, d’application et de broderies de soie qui date de 1915. Une robe de fête palestinienne fait vibrer nos yeux avec son motif rayé rouge et jaune. Jellayé, un manteau crée en 1880 en Galilée, le plus ancien de la collection du musée, se dresse fièrement devant nous avec ses applications de soie façonnée, son velours et ses broderies de soie.
     
    « Le textile est un matériel très fragile, pointe la commissaire Hana Chidiac. Les paysannes à la campagne, et les bédouines aussi, lorsque leur robe était usée, elles récupéraient la partie brodée et puis elle la remettait sur d’autres robes. Malheureusement, nous avons très peu de costumes anciens dans nos collections. » Les « petites » vestes de femmes syriennes nous emmènent au milieu du XXe siècle. Gatach, Deir az Zaur, d’une tribu des Arabes Beggara nous épate avec une veste en bleu foncé en tissu de laine, avec des applications de soie en forme de losanges rouges et des fils métalliques en or.
     
    La burqa colorée
     
    Robe d'enfant, grotte de Hadath, région de la Qadisha au Liban, fin du XIIIe siècle. Musée national de Beyrouth - Liban
    Hana Chidiac, commissaire de l'exposition « L'Orient des femmes, vu par Christian Lacroix » 10/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    La Bédouine de la péninsule du Sinaï, Christian Lacroix l’a composé à partir d’une robe de mariage et d’une coiffe du Tribu Al Tiyâha, d’une mante qun’a et d’une burqa colorée du Tribu Al Akharsa qui ressemble plus à une parure de bijoux pour le visage qu’à une burqa au pays des talibans. « C’était un élément traditionnel, mais qui n’a absolument rien avoir avec la religion. Les femmes bédouines, les mariées, se couvraient le visage. Les jeunes filles ne se couvraient pas le visage. Il n’y a aucune obligation. Les femmes se protégeaient le visage du vent, du sable, du soleil. »
     
    Des costumes magnifiques, des broderies époustouflantes, des créations artistiques, mais malgré sa beauté, cette tradition vestimentaire est en train de disparaître, raconte Hana Chidiac, la responsable des collections Afrique du Nord et Proche-Orient du Musée Quai Branly. « Aujourd’hui, malheureusement, on est en train de voir fleurir au Proche-Orient des tenus sombres, austères, qui n’ont rien à voir avec la mode de ces régions. Ces tenus sont en train de remplacer, petit à petit, les tenus traditionnels. Mais la même chose se passe également avec l’adoption des costumes occidentaux. La mondialisation et la montée du fondamentalisme sont en train de faire disparaître un art vestimentaire qui était millénaire. »
     
    Christian Lacroix signale d’avoir « quelques clientes, quelques princesses, qui ont cette culture-là et demandent à renouer avec cette tradition, mais pour la plupart, c’est bling-bling ». Néanmoins, il y a des îlots qui subsistent. « De nos jours, grâce au soutien des associations humanitaires, les femmes palestiniennes brodent à nouveau, nous informe l’exposition, pour survivre et sortir de la misère ».
     
    L’Orient des femmes, un titre surdimensionné

    L’exposition nous autorise un regard unique sur l’art vestimentaire populaire de cette région. Toutefois, le titre L’Orient des femmes apparaît surdimensionné par rapport aux propos de l’exposition qui se résument en un Orient des étoffes traditionnelles. On admire des vêtements crées et portés par des femmes, mais jusqu’à la fin on ignore tout de leur véritable existence. Les femmes orientales et leur vie quotidienne restent les grands absents de cette galerie d’objets précieux. L’Orient demeure une idée imaginaire, mais qui laisse la liberté nécessaire pour étoffer nos fantasmes autour de la femme orientale et l’Orient en général.
     

    L’Orient des femmes, vu par Christian Lacroix au Musée du Quai Branly à Paris, jusqu'au 15 mai.

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