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    Moyen-Orient

    Menaces sur la dynastie alaouite des el-Assad

    media La contestation ne faiblit pas en Syrie même si une manifestation en faveur de Bachar el-Assad a eu lieu ce 25 mars 2011 à Damas. RFI /

    La contestation ne faiblit pas en Syrie ce vendredi 25 mars 2011 malgré les premières promesses d’ouverture jamais faites par le président Bachar el-Assad. Les manifestants sont au contraire remobilisés par des vidéos publiées sur internet qui montrent la police politique tirer au fusil d’assaut sur des civils désarmés, mercredi à Deraa, aux confins sud de la Syrie. Le mouvement d’opposition a gagné Damas, surprenant le pouvoir alaouite, mais aussi Washington ou Paris.

    À Damas, le président Bachar el-Assad, a délégué une conseillère, Bousaïna Chaabane, pour tenter de calmer les esprits jeudi avec l’annonce de « nouveaux mécanismes pour lutter contre la corruption » et la promesse de créer « une commission pour réfléchir à une éventuelle levée de l'état d'urgence », en vigueur depuis 1963. Une réponse « politique » bien légère après le carnage de mercredi, même si la levée de l’état d’urgence est effectivement une revendication de l’opposition. C’est en effet loin d’être la seule dans ce pays où, de père en fils, s’est imposée la loi d’airain des el-Assad, depuis la prise de pouvoir du général Hafez el-Assad, le 16 novembre 1970.

    Quarante ans de répression sanglante

    Il y a quarante ans, Hafez el-Assad avait confisqué la révolution baasiste de 1963. Son nationalisme de façade lui avait en fait permis de monopoliser le pouvoir au profit de sa minorité d’appartenance, celle des alaouites, un schisme chiite. Aujourd’hui, c’est aux cris de « liberté » mais aussi de « révolution » que des milliers de Syriens ont à nouveau défilé jeudi à Deraa, une ville pauvre et rurale du sud du pays, à la frontière jordanienne, qui reste le foyer brûlant de la contestation. La répression a déjà fait des dizaines de morts, les forces spéciales tirant au fusil d’assaut dans une foule compacte de jeunes gens en mal d’avenir. Les el-Assad ont la main d’autant plus lourde qu’ils ont redouté d’être emportés par une vague communautaire hostile dans ce pays multiconfessionnel où la laïcité obligée du parti Baas vise surtout à conforter leur pouvoir dynastique.

    C’est en la noyant dans le sang qu’Hafez el-Assad avait résolu son problème avec le soulèvement islamiste dans la ville de Hama en 1982. Des journées de terreur avaient alors fait plus de 20000 morts. Depuis, les prisons syriennes ne se sont jamais vidées, pas même à la mort d’Hafez el-Assad en juin 2000. Et les opposants qui avaient cru à un possible « Printemps politique de Damas » ont dû déchanter à l’avènement de son ophtalmologue de fils, Bachar el-Assad, plébiscité par le régime le 10 juillet 2000 avec des urnes bourrées à plus de 97 % des voix. Dès juillet 2001, le dernier forum politique avait été clos par la police et toute perspective d’ouverture enterrée au fin fonds des geôles plus ou moins secrètes du régime.

    Directement accusé en Occident et en particulier à Washington et à Paris comme le commanditaire de l’assassinat, le 14 février 2005, du Premier ministre libanais Rafic Hariri, Damas avait dû retirer ses troupes du Liban le 26 avril suivant, mettant fin à 29 ans d’administration militaire directe du pays du Cèdre. Mais finalement le régime el-Assad a pu s’extraire de son statut de paria international avec l’appui du président français Nicolas Sarkozy décidé à faire de cet adversaire coriace un allié utile. Le jeune président Bachar el-Assad avait donc été convié aux célébrations du 14 Juillet 2008. Paris entendait ainsi le détacher de ses amitiés chiites avec l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad et avec le Hezbollah libanais.

    Bachar el-Assad surpris en plein regain diplomatique

    A défaut de changer la donne régionale, la France a dû se contenter d’un réchauffement diplomatique entre la Syrie de Bachar el-Assad et le Liban de Saad Hariri, le fils du Premier ministre assassiné. Pour le reste, la Syrie s’est soumise en mai 2007 à une nouvelle candidature unique de Bachar el-Assad confirmé dans le fauteuil présidentiel par référendum avec le score affiché de 97,62% des voix. Depuis lors, avec une régularité de métronome, le régime a multiplié les vagues d’arrestation pour étouffer toute contestation, entre décembre 2007 et février 2008 en particulier. Dans le même temps, Damas obtenait la médiation de son voisin turc pour engager en mai 2008 des pourparlers avec Israël. Damas réclame en effet à l’Etat hébreu la restitution du Golan occupé depuis la Guerre des six jours en 1967. Les discussions se sont enlisées. Mais Ankara a resserré ses liens économiques avec son voisin syrien.

    Bien que peu convaincue de l’efficacité de la politique française vis-à-vis de Damas, l’administration Obama avait renoué le fil en février 2010, en nommant le premier ambassadeur américain en Syrie depuis l'assassinat de Rafic Hariri. Restait la question du Tribunal spécial du Liban, le TSL, qui paraît avoir changé de cible principale en visant le Hezbollah après s’être concentré sur Damas. C’est dire si Bachar el-Assad semblait pouvoir continuer à louvoyer sans grands risques entre les écueils régionaux malgré l’irritation croissante d’Israël pour ses amitiés coupables et ses ambitions nucléaires. Celles-ci lui ont d’ailleurs valu quelques raids israéliens dans la région désertique censée abriter un site douteux.

    Bachar el-Assad semblait promis à un avenir comparable à celui de son père dont il n’a pourtant pas l’étoffe militaire. Mais depuis le début du mouvement sur Facebook d’arrestations en tirs à balles réelles, la contestation s’est propagée du sud à l’ouest puis au nord, de la province jusqu’à Damas. Et depuis jeudi, des opposants demandent à la France, à l’Europe et aux Etats-Unis d’exercer une « pression directe et forte » sur le régime syrien. Mais Paris, comme Washington, paraissent finalement presque autant surpris que Bachar el-Assad par ce déferlement d’opposants. Des opposants dont il sera difficile de réduire les exigences démocratiques à la seule volonté de se libérer du joug alaouite et de l’oppression du parti Baas noyauté par la dynastie el-Assad.

    Pour les Occidentaux, l’une des priorités dans la sous-région était de briser l’arc chiite qui va d’Iran en Syrie via le Hezbollah libanais. Finalement la tyrannie des el-Assad et l’opposition qu’elle a soulevée vont peut-être parvenir au résultat qu’aucune épreuve de force diplomatique n’a pu atteindre jusqu’ici, pas même celle conduite par les Etats-Unis dans la perspective d’un Moyen-Orient qui coïnciderait avec les vues occidentales.

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