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    Moyen-Orient

    Yémen: la stratégie du pire

    media 3 juin 2011: funérailles des manifestants tués ces derniers jours à Sanaa. REUTERS/Ammar Awad

    Depuis la semaine dernière, le Yémen est le théâtre d’une véritable guerre qui oppose la principale confédération tribale au président Ali Abdallah Saleh. Des combats à l’arme lourde ont éclipsé les manifestations pacifiques, les miliciens tribaux armés jusqu’aux dents passant au premier plan, devant la jeunesse aux mains nues, qui a été la première à réclamer le départ du président Saleh en janvier dernier.

    Lorsqu’ils ont commencé à se rassembler jour après jour sur les places des grandes villes, les jeunes manifestants du Yémen croyaient pouvoir obtenir un changement radical par des moyens pacifiques, sur le modèle de la Tunisie et de l’Egypte. C’était aussi la stratégie de l’opposition politique qui a rejoint le mouvement de contestation dès les premiers jours. Mais le président Ali Abdallah Saleh n’a pas cédé. Il a même visiblement opté pour la stratégie du chaos lorsque les forces traditionnelles, tribales et militaires, ont commencé à le lâcher les unes après les autres. 

    Les Hached en guerre contre Saleh 

    Les défections ont commencé tout de suite après le bain de sang du 18 mars dernier. Une répression plus sanglante que jamais faisant une cinquantaine de morts à Sanaa, la capitale, parmi les manifestants désarmés, l’un des principaux chefs de l'armée, le général Ali Mohsen est passé à l'opposition avec des dizaines de dignitaires militaires et civils. Une posture pour ce frère de lait d’Ali Abdallah Saleh en conflit personnel avec le président. Mais au même moment, le chef influent de la puissante tribu des Hached, cheikh Sadek al-Ahmar, décidait lui-aussi qu’il était temps de changer de chef d’Etat.

    Le 22 mai dernier a marqué la fin d’une alliance de trente ans avec la puissante dynastie des al-Ahmar. Ce jour là, le président Saleh a alors rejeté, pour la troisième fois, la médiation du Conseil de coopération du Golfe qui lui offrait de quitter le pouvoir en échange d’une immunité judiciaire. Le lendemain, il engageait une confrontation directe avec cheikh Sadek al-Ahmar, avec une attaque à la roquette contre la demeure du chef des Hached. Un affront incroyable au moment où le cheikh recevait chez lui des centaines de dignitaires tribaux réunis pour tenter une médiation avec Ali Abdallah Saleh, qui appartient lui aussi à un sous-groupe des Hached.

    Une affaire de famille

    Des images choc de l’attaque de la résidence des al-Ahmar ont fait le tour du net, soulevant l’indignation et mettant les milices tribales alliées sur le pied de guerre. Pour sa part cheikh Sadek al-Ahmar se devait bien sûr de défendre sa « maison », c’est-à-dire, au sens traditionnel du terme, la principale confédération tribale du pays. Une véritable affaire de famille qui traverse les principaux lieux du pouvoir au Yémen comme l’explique la spécialiste du Yémen, Marine Poirier.

    Selon Marine Poirier, le conflit d’aujourd’hui concerne « les fils d’Abdallah al-Ahmar qui est mort en 2007 et qui était vraiment le symbole de l’alliance entre les acteurs traditionnels conservateurs, les islamistes et les tribus, avec le président Saleh. Abdallah al-Ahmar était à la fois chef de la confédération tribale des Hached, il était aussi président du parti d’opposition al-Islah – le parti islamiste qui est le principal parti d’opposition – et président également du Parlement. Depuis sa mort, ses fils ont adopté des stratégies un peu différentes, avec une confrontation plus directe pour les uns et pour les autres au contraire plutôt l’accommodement ».

    C’est cet équilibre politico-tribal qui vient de s’effondrer, même si sur le fond, il n’y a pas vraiment de divergences idéologiques profondes entre la vision politique de Saleh et de son parti (le Congrès général du peuple ) qui s’affiche progressiste face à son principal challenger, le al-Islah des al-Ahmar, qui propose une version islamiste du pouvoir. Comme le rappelle Marine Poirier, parmi les fils du défunt Abdallah al-Ahmar, « deux sont au parti au pouvoir, deux autres au parti islamiste et parmi ceux qui sont dans l’opposition à Saleh, il y a le cheikh Hamid, un très grand commerçant élu du parti islamiste au Parlement, qui avait demandé dès 2009 que Saleh se retire du pouvoir ».

    Avec l’entrée en scène des forces tribales qui sont traditionnellement lourdement armées, le conflit a changé de nature et d’envergure. Les combats se font à l’arme automatique, au mortier et au lance-roquettes. Il ne reste plus qu’à en prononcer les mots pour que la guerre civile apparaisse comme une réalité dans les rues de la capitale pilonnée par un régime qui cherche visiblement à terrifier.

    Dans son baroud qui sera peut-être d’honneur, Saleh s’efforce de vider les places des grandes villes occupées depuis des mois par des manifestants pacifiques et notamment par de très nombreux jeunes. A Taëz, métropole du sud-ouest, les forces gouvernementales ont dispersé lundi un sit-in permanent, tuant des dizaines de civils et renforçant au passage la détermination des contestataires au lieu de l’éteindre.

    La diversion comme instrument de gouvernement

    Le président Saleh pratique la diversion comme un art militaire, mais aussi comme un moyen de gouverner et même de tisser des alliances diplomatiques. Des terrains sur lesquels il a beaucoup reculé ces derniers mois ce qui l’amène à jouer la conflagration générale à l’intérieur et la menace terroriste d’al-Qaïda vis-à-vis de l’extérieur où il a perdu l’appui américain et saoudien. Une stratégie du pire pratiquée de longue date.

    Tout en se réclamant de la lutte antiterroriste, Ali Abdallah Saleh, n’a jamais hésité à utiliser à son profit les combattants d’al-Qaïda pour rétrécir le champ d’action de l’opposition zaydite, un schisme chiite, en rébellion au nord du pays. Aujourd’hui, c’est la ville de Zinjibar, au sud, que le président Saleh assure être tombée aux mains de jihadistes. La ville et sa province sont habituellement sous contrôle tribal et il est très difficile d’apprécier la réalité de l’appartenance terroriste des combattants dans la région, même si certains opposants assurent que les forces gouvernementales ont battu retraite pour céder la place à des partisans d’al-Qaïda dans la péninsule arabique, la branche léguée par Ben Laden à son Yémen natal.

    En adepte averti de la stratégie du chaos, Ali Abdallah Saleh se plait sans doute à lire dans la presse yéménite que « s’il lâche le pouvoir, il le laissera comme il l’a trouvé 33 ans plus tôt ». Une allusion menaçante à la partition du Yémen puisqu’Ali Abdallah Saleh a d'abord été président du Yémen du nord en juillet 78 et qu’il l’est resté après sa réunification avec le Yémen du Sud en mai 90.

    Les scénarios possibles au Yémen

    On peut soit aller vers la guerre civile, on pourrait aussi, si on voit les choses avec un peu plus d'optimisme, voir le début d'une tentative de résolution de la crise par tous ceux qui étaient opposés.

    Michel Tuchscherer, directeur du CEFAS, un centre de recherche en sciences humaines et sociales à Sanaa 03/06/2011 Écouter

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