Les grands défis du gouvernement de Mikati

Le Hezbollah et ses alliés chrétiens, qui disposent d’une majorité au gouvernement, sont confrontés à de grands défis. Leur but est d’éloigner les partisans de Saad Hariri des institutions étatiques et de soustraire le Liban à la sphère d’influence de l’Occident. La présence des centristes, qui disposent d’une minorité de blocage au gouvernement, les obligera à composer.
De notre correspondant à Beyrouth
Les pays occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ont accueilli avec prudence et scepticisme l’annonce de la formation du nouveau gouvernement libanais, qui a vu le jour après quatre mois de difficiles tractations. « Il sera jugé sur ses actes », déclare-t-on à Paris et Washington. Au Liban, l’opposition, conduite par le Premier ministre sortant, Saad Hariri, n’a attendu ni décisions ni actes. « Ce gouvernement est celui du Hezbollah et de la Syrie (…), il entrera en confrontation avec la communauté internationale », affirme le mouvement pro-occidental du 14-Mars dans un communiqué.
En fait, le gouvernement, dirigé par le député milliardaire Najib Mikati, est une coalition entre le Hezbollah et ses alliés d’un côté, les centristes de l’autre. Regroupés autour du président de la République Michel Sleiman, de Najib Mikati et du leader druze Walid Joumblatt, ces derniers disposent de douze ministres sur trente, ce qui leur octroie une minorité de blocage. Le Hezbollah dispose de trois ministres, contre dix pour son allié chrétien, le général Michel Aoun. Les six portefeuilles restant sont partagés entre le président du Parlement, Nabih Berry, et d’autres petites formations.
Les chrétiens bien représentés
C’est la première fois depuis la fin de la guerre civile, en 1990, et le retrait des troupes syriennes, en 2005, qu’un seul parti chrétien obtient une telle représentation au sein du pouvoir exécutif. Ces vingt dernières années, la Syrie et ses alliés libanais, notamment l’ancien Premier ministre sunnite Rafic Hariri et le chiite Nabih Berry, se partageaient la représentation chrétienne en y plaçant leurs proches. Au Liban, les sièges du Parlement, du Conseil des ministres et les hautes fonctions dans l’administration sont répartis à égalité entre chrétiens et musulmans.
Le constat dressé par le think tank américain Belfer Center sur les récents développements au Liban est assez édifiant. « Les Etats-Unis ont de nouveau perdu le pays. Le Hezbollah, Téhéran et Damas contrôlent la politique libanaise (…) Même sans une occupation militaire, la Syrie a pu renforcer son influence », lit-on dans une analyse publiée la semaine dernière et cosignée par Eric Edelman, ancien secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires politiques.
Il est vrai que c’est la première fois depuis 2005 que les forces pro-occidentales perdent le pouvoir et se retrouvent dans l’opposition, et que les alliés de la Syrie disposent d’une majorité au gouvernement. Mais la présence d’un bloc centriste réduit leur marge de manœuvre et les contraint à trouver des compromis sur les grandes questions litigieuses.
Les « actes », auxquels Paris et Washington font allusion, concernent la position du gouvernement libanais vis-à-vis du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé de juger les assassins de Rafic Hariri, et le respect de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Les deux capitales, ainsi que le 14-Mars, craignent que le Liban ne dénonce l’accord avec le TSL qui pourrait, dans les semaines à venir, accuser des membres du Hezbollah d’être impliqués dans l’attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri. Cependant, l’entourage de Najib Mikati assure que le Premier ministre ne compte pas suspendre la coopération avec le Tribunal international. Il va néanmoins accepter de déférer devant la justice libanaise l’affaire des « faux témoins », ce que son prédécesseur a refusé obstinément de faire. C’est sur la foi des dépositions de ces témoins que quatre généraux libanais, proches de la Syrie, avaient été emprisonnés pendant quatre ans avant d’être libérés, en 2009, sur ordre d’un magistrat du TSL, qui a jugé peu crédibles leurs témoignages. Or le Hezbollah soupçonne Saad Hariri et son entourage d’être impliqué dans l’affaire des faux témoins. En revanche, le gouvernement examinera avec une plus grande attention les demandes émanant du TSL. Dans un premier temps, il pourrait ralentir la coopération, trainer les pieds, mais il n’annoncera pas une rupture des relations avec le tribunal. Cependant, si des membres du Hezbollah sont accusés, il pourrait prendre une série de mesures allant du retrait des quatre magistrats libanais siégeant à La Haye à l’arrêt du financement.
Pas de désarmement du Hezbollah
Concernant la 1701, qui régit la présence de 13 000 casques bleus au Liban-Sud, le gouvernement devrait reprendre la formule utilisée dans la déclaration ministérielle du gouvernement de Hariri, qui assure que le Liban respectera les résolutions internationales. Les armes du Hezbollah seront légitimées conformément à la formule du précédent gouvernement, qui souligne le droit de « l’armée, du peuple et de la résistance » à défendre le pays contre Israël. Le sort de l’armement du Hezbollah sera décidé dans le cadre d’un dialogue national auquel participent toutes les factions libanaises. Ce dialogue avait été suspendu en novembre dernier dans le sillage de la crise politique qui secouait le pays.
Le gouvernement Mikati doit aussi procéder à la nomination de plusieurs dizaines de directeurs généraux et de centaines de fonctionnaires dans l’administration. Les proches de Hariri, qui occupent depuis des années des postes-clé, pourraient être écartés pour réduire l’influence du 14-Mars au sein des institutions étatiques.
Le chantier qui attend le gouvernement Mikati est d’autant plus délicat que la communauté internationale observe d’un œil attentif tous les faits et gestes de la nouvelle coalition au pouvoir. Et comme avant-goût, le Congrès américain s’apprête à voter un projet baptisé Hezbollah Anti-Terrorism Act (HATA), calqué sur le modèle du PATA, adopté après la victoire du Hamas en 2006. Ce texte est l’œuvre du plus haut représentant démocrate au Comité des Affaires étrangères, le démocrate Howard Berman. Ce projet vise à bloquer les aides et l’assistance fournies par les Etats-Unis à l’armée libanaise, de peur qu’« elles ne tombent entre les mains du Hezbollah ».

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Commentaires (1)
Hezbollah (a une haleine) chargée
Un acte d'accusation dans le dossier de l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais, Rafic Hariri, doit être publié dans les prochains jours, ont indiqué des sources bien informées au journal panarabe londonien Asharq al-Awsatt. Ainsi, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'Onu, aurait déjà jeté un oeil sur le document rédigé par la commission spéciale internationale chargée de l'enquête. Cinq membres du Hezbollah y sont accusés d'implication dans ce meurtre et seront conviés à des interrogatoires par les instances internationales de la Haye.
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