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    Moyen-Orient

    Hosni Moubarak : un procès pour l’exemple

    media Hosni Moubarak sur sa civière à l'ouverture de son procès, le 3 août 2011. AFP/DSK

    Emporté par la révolution égyptienne le 11 février dernier, l’ancien président Hosni Moubarak a comparu ce mercredi 3 août 2011 en civière devant la Cour criminelle du Caire siégeant à l’école de la police, où il doit répondre de la répression qui a fait au moins 840 morts en janvier dernier. L'ex-raïs a récusé, comme ses fils avant lui, toutes les faits qui lui sont reprochés. Le procès a ensuite été ajourné et reprendra le 15 août. 

    Moubarak dans un drap blanc allongé sur une civière. Son visage entrevu sur les écrans de télévision qui retransmettent l’audience ouverte comme promis à 9 heures du matin. Des images choc très attendues mais aux conséquences encore incalculables. Le temps du procès, les abords de l’Académie de police – ex-Académie Moubarak – resteront sous très haute surveillance militaire et une vaste cage à barreaux a été installée dans la salle d'audience où comparaît le Raïs déchu après 29 ans de règne sans partage.

    Meurtres et corruption

    Hosni Moubarak et son clan sont accusés de corruption mais l’ancien président de la République doit surtout devoir répondre d’homicides volontaires contre les manifestants qui ont obtenu son départ en seulement 18 jours, le 11 février dernier. Des meurtres pour lesquels Hosni Moubarak encourt la peine de mort. En même temps que l’ancien président de la République, le procureur a convoqué ses deux fils ainsi que Habib al-Adli qui était ministre de l’Intérieur pendant la Révolution du 25-Janvier et une demi-douzaine de policiers. Le procès doit aussi juger par contumace un homme d’affaires qui vient d’être rattrapé en Espagne, Hussein Salem.

    Depuis le 11 février dernier, le président déchu est assigné à résidence dans sa villa de Charm el-Cheikh, la cité balnéaire sur la Mer Rouge où il a été hospitalisé à la mi-avril. On savait le despote octogénaire atteint d'un cancer. Ses avocats le disent à l'agonie. Eviter le procès, cela aurait sans doute aussi arrangé le Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui a pris les commandes en Egypte avec l'ancien ministre de la Défense de Moubarak, le maréchal Tantawi. L’Egypte va retenir son souffle jusqu’à la dernière minute du procès.

    La volonté du peuple

    Le corporatisme militaire commandait de ne pas humilier un frère d’armes, qui plus est un chef, un Raïs, Hosni Moubarak. Mais jusqu’à juillet dernier, pour que les manifestants de la place Tahrir rentrent chez eux, le maréchal Tantawi a dû plusieurs fois promettre que le Raïs serait jugé. Car pour les acteurs de la Révolution, ceux qui ont campé place Tahrir jour après jour, comme Héba Helwa, une microbiologiste de 28 ans qui habite au Caire, ce procès, c'est la volonté du peuple et « comme le disait le slogan de la Révolution, ce que le peuple veut, il le peut ».

    Pour Héba comme pour les millions d’Egyptiens descendus dans la rue pour demander un changement de régime, « Moubarak est un criminel de guerre parce qu’il a fait couler le sang des manifestants », mais aussi pour son « despotisme sanguinaire » durant trois décennies. Avec ce procès, Moubarak voit aussi son rêve dynastique se transformer en cauchemar judiciaire.

    Le président déchu est au banc des accusés avec ses deux fils, tous les deux actuellement détenus dans la prison de Tora, au sud du Caire, celui qu’il avait préparé pour être son dauphin politique, Gamal, et Alaa, qui se consacrait à ses affaires et mettait le pays en coupe réglée avec les privilégiés du régime, parmi lesquels de nombreux militaires reclassés dans les entreprises nationales à l’âge de la retraite. C’est en effet tout un système d’enrichissement qui était mis au service du clan Moubarak.

    Le parrain de Charm el-Cheikh

    Les crimes économiques du régime ont spolié les Egyptiens enfermés dans le mal-développement et tenu à l’écart des créneaux les plus rentables. Celui du tourisme en particulier dont les manettes étaient confiées à des proches. Comme à Charm el-Cheikh par exemple, le joyau touristique de Moubarak et de son ami Hussein Salem. Il est jugé par contumace. Il avait fui la révolution, à Dubaï d’abord, puis en Espagne où il a finalement été arrêté le mois dernier. Au Caire, le parrain de Charm el-Cheikh sera aussi jugé pour avoir livré à Israël du gaz à des tarifs préférentiels via sa société d'exploitation East Mediterranean Gas Co.

    Dans la cage du tribunal, l’ancien ministre de l'Intérieur, Habib el-Adli, et six responsables des forces de sécurité comparaissent sur les mêmes charges de « meurtres » de manifestants qu’Hosni Moubarak. En toute logique le vice-président du Front démocratique, Waël Nawara : « personne ne prétend que c'est Moubarak en personne qui a pris les civils pour cible. C'était l'oeuvre des gens d'al-Adly, le ministre de l'Intérieur, celle des officiers des forces de sécurité de l'Etat. Ce sont eux qui ont visé les civils sur ordre d'al-Adly lui-même commandé par Moubarak. Que des officiers tirent sur des civils sans en avoir reçu l'ordre de la chaîne de commandement qui remonte jusqu'à Moubarak lui-même : ce serait difficile à croire ! ».

    Crimes politiques et haute-trahison

    Mais le doute persiste parce que souligne Waël Nawara : « le procureur qui est chargé d'instruire cette affaire, c'est Moubarak qui l'avait nommé » ce qui fait craindre un certain manque d’enthousiasme pour établir la responsabilité du Raïs. Mais surtout, du côté de l’opposition qui a payé un lourd tribut ces dernières décennies au despotisme centralisé du clan Moubarak, choisir de le faire comparaître devant une Cour criminelle – pour des crimes de sang – c'est faire l'impasse sur trente ans de crimes politiques beaucoup plus faciles à démontrer.

    Hosni Moubarak a clairement trahi la Constitution égyptienne et même son serment de président de la République. Un procès politique serait beaucoup plus approprié selon Waël Nawara. Il assure que l’opposition dispose de nombreux témoignages qui prouvent que Moubarak faisait « punir des juges qui avaient attesté de l'existence de truquages électoraux ». Il a aussi ouvertement enfreint les articles de la loi fondamentale « qui ont à voir avec la démocratie, comme par exemple les articles sur la souveraineté du peuple ou ceux qui fondent le système républicain sur la démocratie et sur le multipartisme ».

    Enfin, beaucoup de documents montrent comment Moubarak instrumentalisait les services de sécurité pour « espionner les partis politiques, s’immiscer dans les élections, dans les syndicats, dans les organisations étudiantes ou encore dans la presse ». Suffisamment en tout cas pour qu’il soit passible de l'article 85 de la Constitution qui stipule qu'un président de la République peut être accusé de trahison et qu'il peut être jugé par un tribunal spécial, ce que certains opposants aurait jugé préférable. La Cour criminelle fera sans doute appel à un certains nombre de témoins de la répression. Mais ceux qui ont subi la prison ou la torture, ceux qui ont été spolié pour des raisons politiques n’auront pas leur mot à dire.

    Le dernier Raïs d’Egypte

    C'était en fait tout un système de prédation et aussi un mode de gouvernement qui mettait l’Egypte en cage. Un pouvoir absolu qui ne devrait plus être celui du futur chef de l'Egypte. C'est l'espoir de l'écrivain égyptien AAla al-Aswany qui souligne les résistances au changement à l’intérieur de l’armée et du gouvernement chargé de conduire l’Egypte vers un changement démocratique. Mais l’auteur de « L’immeuble Yacoubian » relève aussi des inquiétudes manifestes à l’extérieur, en particulier dans les monarchies du Golfe et même d’après lui en Israël où la fin du régime ami des Etats-Unis fait peur.

    Comme ses compatriotes, Alaa al-Aswany doute encore de l’issue du procès mais il estime qu’il marque non seulement une étape cruciale de la nouvelle Egypte, mais aussi le début d’une nouvelle ère dans le monde arabe. Hosni Moubarak est le premier dirigeant arabe à être ainsi jugé par les siens. Qu’il soit le dernier Raïs d’Egypte, c'est ce que les partisans de la Révolution attendent de ce procès.

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