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    Moyen-Orient

    La diplomatie turque à l’heure des révolutions arabes

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    Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan entame aujourd’hui 12 septembre 2011 une tournée dans trois pays traversés par les révolutions arabes, l’Egypte, la Tunisie et la Libye. Entre sa propre crise avec Israël et la nouvelle Egypte de l’après-Moubarak, la Turquie cherche à redéployer sa diplomatie et son influence régionale.

    Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan entame ce lundi 12 septembre 2011 une tournée dans trois pays en cours de transformation sous l’effet du mouvement des révolutions arabes : l’Egypte – où le chef du gouvernement turc va séjourner deux jours et s’exprimer devant la Ligue arabe, la Tunisie où il est attendu mercredi et la Libye, jeudi. L’objectif affiché par Ankara est de relancer la coopération politique et économique avec les nouvelles autorités de ces pays. Mais l’annonce de cette tournée est tombée au plus fort d’une crise diplomatique avec Israël qui prend même la tournure d’une menace de rupture entre les deux pays au grand dam de Washington.

    Elargir son influence régionale

    Soucieuse de maintenir sinon d’étendre son influence régionale, la Turquie entend adapter sa diplomatie aux changements politiques et économiques que le mouvement des révolutions arabes a lancé au Maghreb et au Moyen-Orient. En même temps, Ankara compte visiblement conforter de nouvelles alliances pour compenser la grave détérioration de ses relations avec Israël, mais aussi pour lancer une sorte de défi à l’Etat hébreu au moment où celui-ci apparaît plus isolé que jamais dans la région où, pour la première fois depuis bien longtemps, des opinions arabes ont osé s’exprimer.

    La Turquie avait déjà marqué ses distances pour protester contre l'offensive militaire israélienne contre le territoire palestinien de Gaza en 2009. Mais depuis mai 2010, Ankara exige des excuses et des dédommagements pour les 9 victimes turques de l’abordage, par la marine israélienne, du bateau turc Mavi Marmara qui tentait de briser le blocus de Gaza. Et début septembre 2011, un rapport de l’ONU sur la question a relancé la colère turque en admettant la légalité du blocus de Gaza, au nom de la sécurité d’Israël. En réponse, Ankara a menacé de saisir la Cour internationale de justice sur la question.

    La Turquie a également réduit au minimum ses relations diplomatiques avec Israël et suspendu tous ses accords commerciaux et militaires avec ce pays ; ce qui n’est pas une moindre affaire puisque l’Etat hébreu était chargé de la remise en état de la flotte turque ou de la fourniture de drones, précieux dans le combat d’Ankara contre ses indépendantistes kurdes. C’est dans ce contexte de remise en question d’une alliance stratégique nouée sous les auspices des Etats-Unis que le périple arabe du Premier ministre Erdogan a été annoncé.

    Défier Israël, l’ancien allié stratégique 

    Comme le rappelle l’éditorialiste du quotidien turc Posta, Mehmet Ali Birand, cette visite d’adaptation aux « printemps arabes »  était prévue de longue date mais aujourd’hui, elle constitue un véritable « bras d’honneur » à Israël. Une manière pour la Turquie de lui dire : « J’ai de nouveaux amis et je vais faire un tour d’horizon avec eux, avant le 20 septembre … ». Le 20 septembre 2011 qui sera un moment très délicat pour Israël puisque ce jour-là, l’Assemblée générale de l'ONU devra répondre à la question de la reconnaissance d'un Etat palestinien.
     
    Si l’ONU répondait par l’affirmative – ce qui est plus qu’hypothétique concernant une admission puisque Washington s’y oppose – ce serait un triomphe pour Erdogan qui bat depuis des mois le rappel en faveur du 194 ème Etat demandé par les Palestiniens. Et quoi qu’il advienne à New York le 20 septembre prochain, Ankara pourra toujours, d’ailleurs, se réclamer de son soutien comme le souhaite la majorité de l’opinion turque et des opinions perse et arabes. A la veille du voyage du Premier ministre turc en Egypte, son cabinet avait même laissé filtrer le projet d’Erdogan de se rendre à Gaza en passant par la voie terrestre égyptienne et le terminal de Rafah. Mais le Premier ministre turc n’est pas parvenu à convaincre les autorités égyptiennes de la pertinence de ce projet en forme de provocation.
     
    Gaza chasse gardée de l’Egypte
     
    « Pour l’Egypte, Gaza, les Palestiniens, c’est une chasse gardée », souligne l’éditorialiste Mehmet Birand. Le Conseil militaire égyptien a marqué ses positions mais le Premier ministre turc ne désespère pas de faire alliance avec une Egypte qui, après Moubarak, pourrait revoir ses relations avec Israël. En attendant, Recep Erdogan a continué à faire monter la pression en assurant que la Turquie va défendre son droit dans les eaux territoriales de l'est de la Méditerranée et que ses « forces navales escorteront désormais les bateaux turcs transportant de l'aide humanitaire à Gaza ».
     
    Comme le souligne le directeur de publications de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Didier Billion, concernant Israël, « non seulement il y a une dégradation des relations avec la Turquie mais l’on comprend bien - et c’est une conséquence différée de l’onde de choc qui traverse le monde arabe - que les relations entre Israël et l’Egypte ne sont pas aussi fluides qu’avant la chute de Moubarak », et Erdogan compte visiblement mettre cette brèche à profit.
     
    La diplomatie turque s'est, en revanche, cassée les dents sur la Syrie qui a ignoré ses conseils en démocratisation. L'escale tunisienne s'inscrit dans le redéploiement de cette diplomatie turque au Maghreb et en Afrique. En Libye, Erdogan espère sans doute un retour sur investissement pour les firmes turques engagées dans des projets immobiliers à hauteur de 25 milliards de dollars sous Kadhafi, selon Mehmet Birand. Mais la Turquie pèse aussi du poids de l'Otan comme le rappelle Didier Billion de l’IRIS.  « On a vu, rappelle-t-il, la Turquie se joindre, après quelques tergiversations, à l’opération de l’Otan en Libye, sans participer aux bombardements mais avec une flotte navale humanitaire pour aider les blessés du camp rebelle ».
     
    Didier Billion estime que pour la Turquie, « les relations avec les Etats-Unis, avec  l’administration Obama, et avec le haut-commandement de l’Otan restent prioritaires ». D’après cet expert, il n’ y a donc pas de « risque de basculement d’alliance de la Turquie qui sait très bien qu’elle peut avoir un rôle important dans la région parce que, justement, elle continue à faire partie de l’Otan et qu’elle a des relations de négociations, certes très compliquées, avec l’Union européenne ». C’est  ce qui donne à la Turquie « un surcroît d’importance dans la région », conclut Didier Billion.
     
    Très attachée à la stabilité régionale, la diplomatie turque entend s’adapter à la nouvelle donne arabe pour maintenir, voire pour développer son influence au Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique. Mais sans basculer pour autant hors des chemins occidentaux de l’Otan dont elle reste une alliée fidèle. 

     

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