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    Moyen-Orient

    Le droit de vote des Saoudiennes, l’illusoire promesse d’une libéralisation

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    Les élections municipales du 29 septembre 2011 en Arabie Saoudite seront les dernières auxquelles les femmes ne seront pas autorisées à participer. A en croire du moins l’annonce faite quatre jours plus tôt par le roi Abdallah, qui a décidé de leur octroyer le droit de vote et d’éligibilité à compter des prochaines échéances de 2015. Cette annonce, qui a surpris bon nombre d’observateurs, se révèle avant tout symbolique et opportuniste. Elle ne semble en rien annoncer une évolution vers une libéralisation d’un régime très conservateur.

    Une décision de façade, et dont la sincérité est à la hauteur de son opportunisme. L’octroi du droit de vote et d’éligibilité aux femmes par le roi Abdallah d’Arabie saoudite, pour symbolique qu’il soit, n’engage pas vraiment le régime sur le chemin de la libéralisation.

    D’abord, parce qu’au sein de cette monarchie absolue, les instances élues n’ont qu’une fonction consultative et n’ont donc concrètement pas de pouvoir. Les femmes pourront voter et siéger dans les conseils municipaux. Mais, instaurés en 2005 sous la pression de l’administration américaine, ceux-ci ne comptent qu’une moitié de membres élus, l’autre moitié étant nommée par le pouvoir royal. Elles pourront également être nommées (mais pas élues) à Majlis al-Choura, une assemblée dont le rôle est uniquement consultatif.

    L’annonce du roi Abdallah est intervenue à trois jours du scrutin municipal. Une façon de montrer que le régime ne fait pas franchement des droits électoraux des femmes une priorité, puisque, du coup, le délai pour leur permettre de voter en 2011 était bien trop court. Elle pourront donc s’exprimer en 2015 : « encore faut-il qu'on l’ait vraiment un jour ce droit de vote. Car on ne nous le promet que pour dans quatre ans. Même chose pour la représentation des femmes au Majlis al-Choura : ce ne sera que dans deux ans », s’inquiète Wajeha Al-Huwaider, une militant saoudienne pour le droit des femmes, interviewée par Le Nouvel Observateur. Encore faut-il que les élections aient lieu : les municipales de 2011 devaient initialement se tenir… en 2009.

    Que les Occidentaux pour s’enflammer

    En somme, la décision saoudienne n’est pas franchement engageante, mais elle est au moins symbolique. Abdallah semble ainsi avant tout avoir voulu faire plaisir à ses alliés : « symboliquement, l’annonce est importante, mais il n’y a que les Occidentaux pour s’enflammer », juge Fatiha Dazi-Heni, politologue spécialiste des monarchies arabes, jointe par Rfi.fr. Tommy Vietor, le porte-parole de Conseil national de sécurité américain a d’ailleurs salué « un important pas en avant dans l’accroissement des droits des femmes saoudiennes », incitant le roi à entreprendre d’autres réformes, dans des propos rapportés notamment par le blog Saudi Women Driving. Par ailleurs, cette annonce intervient en plein printemps arabe, et veut sans doute donner l’impression que le roi est prêt à ouvrir son régime.

    Difficile pourtant de voir la très conservatrice Arabie saoudite aller dans le sens de réformes libérales. « Un roi de 87 ans ne va pas faire la révolution dans son pays alors qu’il est un des leaders de la contre-révolution », analyse Fatiha Dazi-Heni, qui rappelle que c’est l’Arabie saoudite « qui a piloté l’action à Bahreïn pour éviter la bascule vers une monarchie constitutionnelle ».  De même, le pays prépare une loi sécuritaire qui devrait étendre la lutte anti-terroriste aux militants d’une monarchie constitutionnelle. Selon la politologue, tant qu’il n’y aura pas une réelle inflexion pour envisager un changement de régime en ce sens en Arabie saoudite, il ne sera pas question de réformes sérieuses pour les femmes saoudiennes, comme pour leurs concitoyens.

    Et rien ne laisse penser que cette inflexion se produira. Les successeurs possibles d’Abdallah n’ont en rien le profil de réformateurs, notamment pas celui qui fait office de favori, le prince Nayef. « Nous n'avons pas les fondations nécessaires à une révolution. Nous n'avons pas les ONG, une population suffisamment éduquée pour pousser à plus de réformes, nous n'avons pas de partis politiques », déplore par ailleurs Wajeha Al-Huwaider.

    Conduite au féminin

    Ce manque de perspectives de changement ne doit pas masquer que, depuis une quinzaine d’années, le débat sur la place de la femme dans la société saoudienne se développe. Porté par les faits : les Saoudiennes sont 55% à être diplômées, elles peuvent ouvrir des commerces (certes avec le tutorat d’un homme). Et incarné par une revendication : la volonté des femmes de pouvoir conduire une voiture. Le 17 juin 2011, des Saoudiennes avaient appelé à prendre le volant pour protester contre une tradition archaïque. A leur instar, de plus en plus de Saoudiennes conduisent.

    « Autoriser les femmes à conduire serait apparu comme une mesure bien plus progressiste » que l’octroi du droit de vote, estime d’ailleurs Fatiha Dazi-Heni. Bien qu’aucune fatwa n’interdise formellement aux femmes de conduire, la tradition en a voulu autrement. En début de semaine, une Saoudienne a été arrêtée au volant d’une voiture. Condamnée à dix coups de fouet, elle a été graciée… par le roi. Laisser s’exécuter la sentence au lendemain de la mesure sur le droit de vote n’aurait pas fait très bonne impression, mais Abdallah n’envisage pas pour autant d’accéder aux revendications des Saoudiennes sur leur droit au volant. Le blog Saudi Woman souligne d'ailleurs les contradictions dont sont victimes les femmes, en se demandant avec humour, si en 2015, les maris des Saoudiennes accepteront de les conduire au bureau de vote...

    Là encore, la décision d'amnistie semble donc avant tout symbolique. Sans réelle pression de la population, la monarchie saoudienne, assise sur ses pétrodollars et le soutien américain, n’a aucune raison d’évoluer. Mais elle devrait se tenir sur ses gardes : « Le royaume est dépendant à 90% des ressources pétrolières, dépendant du prix du pétrole et abrite une jeunesse oisive : ce sont là des bombes à retardement », estime Fatiha Dazi-Heni. A force de revendications et de droits gagnés, même symboliques, les femmes pourraient peut-être, elles aussi, rejoindre cette liste.
     

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