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    Moyen-Orient

    En Arabie Saoudite, les femmes pourront acheter leur lingerie sans gêne

    media Dans un magasin de lingerie, à Jeddah, en Arabie Saoudite, le 2 janvier 2011. AFP/Aler Hilabi

    A partir du jeudi 5 janvier 2012, les Saoudiennes ne seront plus contraintes, pour acheter leurs sous-vêtements, de s’adresser à des vendeurs masculins, seuls autorisés jusqu’ici dans les magasins spécialisés. Une décision royale autorise désormais les femmes à travailler dans les boutiques de lingerie, ce qui ne va pas sans provoquer la colère des dignitaires religieux.

    C’est en juin dernier que le roi Abdallah a promulgué un décret accordant aux magasins de lingerie féminine six mois pour remplacer leurs vendeurs, généralement originaires d’extrême Orient, par des vendeuses saoudiennes. Une timide réforme qui fait quelques vagues dans ce royaume ultraconservateur où la ségrégation des sexes est strictement imposée et la vie sociale régentée par un islam rigoriste.

    Du côté des femmes, la nouvelle est bien accueillie. Témoignage d’une institutrice de 37 ans : « C'est une décision positive et courageuse, a-t-elle dit à l’AFP. Comme beaucoup de femmes, j'étais embarrassée de devoir acheter mes dessous à un homme me posant des questions sur mes mensurations ».

    Il faut dire que la promulgation du décret avait été précédée d’une campagne menée sur internet par des femmes exprimant leur exaspération. L'activiste Rim Assaad a ainsi lancé, il y a plus d'un an, une opération pour le boycott des boutiques de lingerie employant des hommes, « afin de mettre fin à l'embarras des femmes qui doivent s'adresser à des vendeurs ».

    « Finie la gêne », proclamait pour sa part mardi sur sa page Fatima Qaroub, qui a lancé sur le web une campagne réclamant la féminisation des emplois dans la lingerie féminine. Cette militante souligne que « les commerçants, au début, ont mal accueilli la décision des autorités, mais après avoir employé des femmes saoudiennes, certains ont même étendu l'expérience aux magasins d'habillement » en général.

    Les religieux s’indignent

    Selon le ministre du Travail, Adel Faqih, plus de 7 300 magasins sont concernés par la décision royale. A terme, ce sont près de 44 000 emplois qui pourraient être créés pour les Saoudiennes. Un responsable de l’administration indique que plus de 28 000 femmes ont déjà présenté des demandes au ministère pour travailler dans les magasins de lingerie et de produits cosmétiques à travers le royaume. Avant de tempérer : « Mais cela ne veut pas dire qu'elles seront toutes employées ».

    Le ministère a prévenu que 400 inspecteurs avaient été mobilisés, dès jeudi, pour vérifier l'application de la décision royale. Les contrevenants s'exposent à des mesures punitives. Dans un deuxième temps, le décret s’étendra aux magasins de produits cosmétiques, sans doute avant juillet 2012.

    Du côté des instances religieuses, qui font tout pour empêcher la mixité, la décision royale suscite l’indignation. Le mufti d'Arabie Saoudite, cheikh Abel Aziz Al-Cheikh, a estimé lors d’un récent sermon que cela mettrait les vendeuses « en contact direct » avec les hommes gérant ces magasins. Et d’ajouter : « Les femmes vont vendre et compter l'argent », ce qui est « contraire à la religion ».

    Il y a trois ans, les autorités religieuses étaient parvenues à bloquer une précédente décision permettant aux Saoudiennes de travailler dans les magasins de lingerie. Cette fois, elles essuient un revers.

    Mais pour les femmes, l’avancée reste minime : elles ne pourront toujours pas essayer les sous-vêtements, les cabines d'essayage pour femmes restant prohibées dans le royaume.
     

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