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    Moyen-Orient

    Un an après, Bahreïn sous tension : la révolution oubliée continue

    media Les manifestants de la place de la Perle à Manama se font déloger par les forces de l'ordre, le 16 mars 2011. Reuters/Hamad I Mohammed

    Il y a tout juste un an à Bahreïn, des manifestants inspirés par les mouvements révolutionnaires tunisiens et égyptiens, envahissaient le centre de la capitale Manama et notamment la place de la Perle. Les contestataires réclamaient plus de droits pour les chiites, qui s'estiment discriminés par la dynastie sunnite, et l'instauration d'une monarchie constitutionnelle. Les manifestations ont été violemment réprimées en mars avec l'aide des troupes saoudiennes et le monument de la place de la Perle détruit. Un an après, la situation reste toujours très tendue.

    La tension est palpable à Bahreïn et dans la capitale Manama, les manifestations se sont multipliées ces dernières semaines en direction de la place de la Perle, mais des barrages de la police anti-émeute les empêchent d'y accéder à moins de 500 mètres. Jean-Paul Burdy, enseignant chercheur à l'Institut de sciences politiques de Grenoble s'y trouvait mi-janvier et déjà, il percevait cette tension. « C’est une situation politique bloquée et une fausse normalité. Il y a en réalité une tension permanente, des barrages sur les routes et les autoroutes de l’archipel, les troupes saoudiennes sont physiquement présentes au centre de la capitale. Les manifestants tentent de s’approcher du centre-ville et de la place de la Perle, mais se heurtent aux barrages de la police et à une répression immédiate ».

    La répression a été violente depuis un an à Bahreïn même si cette révolution, dans ce petit royaume de la péninsule arabique riche en pétrole et qui abrite la Ve Flotte américaine et des centres d’écoute, a rarement fait la une des médias. Le roi Hamad bin Isa al-Khalifa avait appelé en mars 2011 l'Arabie Saoudite à la rescousse, selon lui à cause de la menace d’une ingérence iranienne, mais un an plus tard, des troupes saoudiennes quadrillent toujours les routes du royaume.

    Les revendications des chiites à Bahreïn

    Il y a un an, les manifestants, en majorité des chiites qui sont largement majoritaires dans ce pays, réclamaient une égalité de traitement pour tous les citoyens. Les chiites s'estiment discriminés notamment dans l'accès aux fonctions de l'Etat, cantonnés dans des quartiers qui ne bénéficient pas de toutes les infrastructures, et oubliés des programmes sociaux. Pourtant en 2001, ils avaient fondé beaucoup d’espoirs sur la révision de la Constitution, des espoirs vite déçus.

    Dans ce royaume d'un million trois cent mille habitants, près de la moitié des Bahreïniens sont des étrangers naturalisés, en grande partie des sunnites, une façon pour l’élite en place d’augmenter la proportion de sunnites par rapport aux chiites, qui composent près de 75% de la population locale. Les revendications en février 2011 portaient sur l’ensemble de la société, pour davantage d’équité. Mais le régime a brandi la menace de l’Iran, et a stigmatisé les manifestants, les accusant d’être à la solde des éléments les plus radicaux. « On voit bien qu’on est dans une configuration -qui est ancienne- d’un affrontement entre une population majoritairement chiite et un régime sunnite -de monarchie sunnite- extrêmement autoritaire », souligne Jean-Paul Burdy.

    Les manifestations ont été violemment réprimées mi-mars, avec l’envoi d’un millier d’hommes des forces du Conseil de coopération du Golfe (dont l’Arabie Saoudite est le membre le plus important), au moins 35 personnes ont été tuées, d'autres torturées, des milliers de chiites ont été licenciés notamment des enseignants, et des étudiants expulsés des universités pour « activités subversives », des lieux de prière chiites détruits.

    La position stratégique de Bahreïn

    La carte géographique donne un éclairage de la position stratégique que constitue Bahreïn, situé à la pointe de l'Arabie Saoudite auquel l'archipel est relié par un pont de 25 kilomètres –la « chaussée du roi Fahd », inaugurée en 1986, entièrement financée par Riyad- et de l'autre côté du golfe de Bahreïn, juste en face, les côtes iraniennes. Les Saoudiens mais aussi les Etats-Unis ont peur d'un changement de régime à Bahreïn qui se rapprocherait de l'Iran, même s’ils appellent les deux parties au dialogue et à la réconciliation.

    Silence occidental et des pays arabes : la peur de l’Iran

    Les Américains ont peur d’un régime inspiré de l’Iran et selon Jean-Paul Burdy, c’est cette peur d’un soutien de l’Iran à la contestation bahreïnienne qui a muré dans le silence les pays occidentaux et les pays arabes, alors que les chiites de Bahreïn se plaignent de n’avoir été soutenus par personne contrairement à ce qui s’est produit dans d’autres pays. « L’explication principale à ce manque de soutien est bien sûr la dimension chiite du conflit. Qui dit chiite dans la région, dit derrière potentiellement l’Iran. Donc les revendications démocratiques au Bahreïn sont assimilées au chiisme et potentiellement à une action de l’Iran dans la région, ce qui n’est pas prouvé, loin de là. Mais cela contribue à ce manque de soutien des Etats arabes et à la méfiance très grande des pays occidentaux au premier rang desquels les Etats-Unis qui sont omniprésents dans l’archipel ».

    Pour Marc Valéri, maître de conférences à l’université Exeter en Grande-Bretagne et spécialiste des transformations politiques à Bahreïn, cette peur de l’Iran est infondée. « Il y a une extrême minorité de la population qui serait en faveur d’une République islamique. Pour la grande majorité des chiites, l’Iran n’est absolument pas un modèle, c’est devenu une dictature. Ils veulent une république ou la chute de la monarchie, mais pas une République islamique à l’iranienne. Donc la situation des Américains et des Britanniques est difficile : ils ne veulent pas donner de caution à la répression du gouvernement bahreïnien, mais ils ne veulent pas non plus donner l’impression qu’ils pèsent en faveur de la monarchie ».

    « Un an après, rien n’a changé, la situation a même empiré »

    Suite à la violence de la répression au printemps 2011, une commission d'enquête indépendante (BICI) a été mise sur pieds avec des membres de l'ONU –dont le chef de la mission, Cherif Bassiouni. La commission a rendu ses conclusions en novembre 2011, un dialogue national a été mis en place dès juillet par les autorités, mais un an après la répression, les revendications sont toujours les mêmes selon Nabeel Rajab, président du Centre bahreïnien des droits de l'homme. « Lorsque les gens sont sortis dans la rue le 14 février l'an dernier, ils demandaient un Parlement qui ait du pouvoir, la fin des discriminations religieuses, un gouvernement directement élu par le peuple, mais aucune de ces revendications n'a été obtenue, et le gouvernement poursuit sa politique comme avant. Ils ont même « nettoyé » les institutions ou des sociétés qui dépendent de l'Etat, en éliminant tous les personnels chiites des postes les plus élevés ».

    Selon Nabeel Rajab, rien n'a changé, la situation s’est même davantage polarisée au sein de la société, une situation encouragée par les autorités qui ont stigmatisé les communautés chiites, accusées de complot contre le roi. « Le Premier ministre est toujours là, c'est le même depuis 40 ans et il ne changera pas, le roi continue de faire des promesses qu'il ne tient pas... Donc la situation, c'est un énorme fossé qui se creuse entre cette dynastie dirigeante d'un côté, et le peuple de l'autre, alors que des gens continuent de mourir. Le mois de janvier est celui où il y a eu le plus grand nombre de morts depuis le début de la révolution, cela montre bien que la crise s'accentue et qu'on n'entrevoit pas de solution ».

    Les recommandations de la commission indépendante peu appliquées

    Le pouvoir communique sur les recommandations du rapport de la commission d’enquête indépendante de Bahreïn (BICI), comme le rapporte une note d’information en date du 10 février 2012, dans laquelle il est précisé que le président de la BICI Chérif Bassiouni a dit à Bahreïn le 4 février dernier que « certaines recommandations ont été appliquées » mais que « l’application des autres nécessite du temps ». Il aurait affirmé qu’« il n’y a aucun doute à propos de la volonté de Sa Majesté et du gouvernement d’appliquer lesdites recommandations ».

    De son côté Nabeel Rajab (du Centre bahreïnien des droits de l’homme) voudrait bien que ces recommandations soient appliquées, et notamment « que toutes les personnes qui ont été licenciées pour leurs opinions politiques soient réintégrées, que tous les prisonniers politiques soient libérés, que tous les responsables des crimes contre les manifestants soient déférés devant la justice, mais aucune de ces mesures n’a encore été prise », regrette-il.

    Radicalisation du pouvoir et des opposants

    Chaque partie se plaint d’un manque de soutien des acteurs internationaux. Comme le souligne Marc Valéri, la monarchie bahreïnienne s’est même considérée en danger en février 2011, et a mal vécu le manque de soutien de ses alliés américains et britanniques. « Il y a eu un sentiment d’avoir été trahis par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, et Bahreïn s’est résolument tourné vers les Saoudiens pour mettre en place leur répression. A l’heure actuelle, même si les Américains et les Britanniques tentent de relancer un dialogue entre les deux parties et de soutenir des possibilités de réformes, cette parole est difficile à être entendue par le pouvoir bahreïnien ».

    Du coup, la situation s’est radicalisée : les jeunes chiites ne croient plus aux promesses d’ouverture de la famille royale ni à celles du mouvement d’opposition chiite al-Wefaq. Celui-ci a d’ailleurs changé son discours, selon Matar Matar, ex-député chiite qui fait partie des 18 qui ont démissionné du Parlement au printemps 2011. « Personne ne croît plus à un changement qui viendrait de ce Parlement, c'est pour cela que nous avons démissionné, les Bahreïniens veulent maintenant du sérieux. Nous voulons de véritables réformes politiques, et nous utiliserons tous les espaces –notamment médiatiques- que nous pourrons pour exiger ces réformes à Bahreïn ».

    Et de l’autre côté, le discours de la frange la plus dure du régime s’est également radicalisé. « Il y a une radicalisation de la famille royale », poursuit Marc Valéri, « sa frange la plus proche de l’Arabie Saoudite et la plus anti-chiite considère qu’il n’est plus question de dialogue ».

    De fait, ceux qui dirigent le pays ne sont pas les plus modérés, renchérit Jean-Paul Burdy. « On sait que les Etats-Unis soutiennent la faction modérée du régime bahreïnien, c’est-à-dire le roi Hamad et surtout le prince héritier Salman. Le problème c’est que ce ne sont pas ces deux personnages qui ont la réalité du pouvoir à Bahreïn…c’est le Premier ministre, l’oncle du roi, qui est très lié à l’Arabie Saoudite et qui tient d’une main de fer le pays depuis fort longtemps ».

    Un an après le début de la contestation à Bahreïn, la situation est donc très tendue, bloquée politiquement, même si le gouvernement se targue de réformes qui n'existent pour l'instant que sur le papier.

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