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    Afrique

    Alaa El Aswani: «La démocratie est la solution»

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    Alaa El Aswani, le plus connu des romanciers égyptiens contemporains, publie une série de chroniques caustiques sur la dictature de Moubarak. Son éditeur, Actes Sud, lève ainsi le voile sur l’aspect militant de l’œuvre de ce nouveau «Zola du Nil».

    Rendu célèbre par le succès phénoménal de son roman L’Immeuble Yacoubian (plus de 100 000 exemplaires vendus depuis sa publication en arabe en 2002), l’Egyptien Alaa El Aswany est aussi un activiste politique qui milite depuis plusieurs années pour l’avènement de la démocratie dans son pays. Il a cofondé en 2004 le mouvement Kifaya (« assez » en arabe) qui fut le fer de lance de l’opposition au régime Moubarak, rassemblant intellectuels et hommes politiques de gauche.

    Depuis 2007, il a tenu une chronique régulière dans les quotidiens Shorouk et El Masri El Yom, montrant sa vision de la société égyptienne au bord de l’explosion. Ce sont des textes où le formidable talent de conteur de l’auteur de Chicago est mis avec brio au service de l’analyse politique et sociale, comme en témoigne le volume publié en français fin 2011 par les éditions Actes Sud réunissant une cinquantaine des chroniques les plus représentatives de son écriture militante.

    Le portrait magistral d’une société bloquée

    « Pourquoi les Egyptiens ne se soulèvent-ils pas ? », s’interroge Aswany dans les pages introductives de ses Chroniques de la révolution égyptienne. C’était la question, rappelle-t-il, qu’on s’est longtemps posée en Egypte comme à l’extérieur. Chose d’autant plus incompréhensible que la situation était catastrophique. Séparé en quatre parties, le volume revient sur les maux de la société égyptienne sous Moubarak : la dictature et l’absence de libertés, la corruption politique et sociale, les inégalités, la condition féminine. Le romancier brosse le portrait magistral d’une société bloquée, où l’élite est corrompue et coupée des forces vives de la nation, où le peuple a faim et soif. Non seulement du pain et de l’eau fraîche, mais aussi de la liberté et des droits.

    Pour le romancier, la solution, c’est la démocratie. Quasiment chacun des 50 textes de ce recueil se clôt sur cette affirmation qui revient hanter les lecteurs comme un leitmotiv musical. Cette démocratie qu’Alaa El Aswany semble appeler de tous ses vœux est en marche dans la terre des Pharaons, surtout depuis les événements qui ont suivi la manifestation du 25 janvier 2011 et qui ont totalement bouleversé la donne. Cela a pris les analystes et les observateurs du monde entier de court. L’auteur a une explication pour cette explosion tardive : « Le peuple égyptien était comme le chameau. Il pouvait supporter les coups, les humiliations et la faim pendant une longue période, mais lorsqu’il se révoltait, c’était d’une façon soudaine et avec une force irrépressible ».

    Bataille pour l'âme de l'Egypte

    Cette image donne le ton du volume où on passe constamment des métaphores à la réalité, une réalité qui dépasse parfois l’entendement. Réalité inattendue, celle des journées révolutionnaires de la place Tahrir pendant lesquelles les Egyptiens, jeunes et vieux, hommes et femmes, tous ensemble ont envoyé valdinguer l’ancien régime, sa pourriture et son dictateur. Une période de communion extraordinaire et de renouveau que le romancier décrit avec un sens consommé de l’histoire et du romanesque. « J’ai vécu dix-huit jours dans la rue. Les gens que j’ai vus place Tahrir étaient des êtres nouveaux qui ne ressemblaient plus en rien à ceux avec qui j’étais jusque-là quotidiennement en rapport comme si la révolution avait recréé des Egyptiens d’une qualité supérieure. »

    L’idéalisme, la solidarité retrouvée entre classes et communautés ne font pas oublier à l’auteur les enjeux de cette révolution qui est une bataille pour l’âme de l’Egypte et, au-delà, pour celle du monde arabe dans son ensemble. Celle-ci a pour protagonistes d’un côté les démocrates, de l’autre les islamistes. Pour eux, « l’Islam est la solution ». D’où les titres des dernières chroniques du recueil : « N’échangeons pas une dictature pour une dictature » ou « La révolution égyptienne s’est-elle trompée ? ». Il n’est pas accidentel non plus que le texte qui clôt le volume soit consacré à la tragédie syrienne et plus précisément au dessinateur satirique Ali Farazat dont les doigts ont été réduits en charpie par les tortionnaires de Bachar afin qu’il ne puisse plus représenter la vérité sur son pays ! « La démocratie est la solution ». Au Caire comme à Damas.

    Extrait des Chroniques de la révolution égyptienne

    (c)Marc Melki

    " Cela faisait trente ans que Hosni Moubarak accaparait le pouvoir à coups de référendums truqués et il préparait maintenant l’accession au pouvoir de son fils. La corruption dans les milieux gouvernementaux atteignait des niveaux jamais connus dans l’histoire de l’Egypte. Un petit groupe d’hommes d’affaires, pour la plupart amis de Gamal Moubarak, régnait arbitrairement, et dans leur intérêt exclusif, sur l’économie du pays. Avec moins de deux dollars par jour, quarante millions d’Egyptiens – la moitié de la population – vivaient au-dessous du seuil de pauvreté. Dans tous les domaines, depuis la santé et l’éducation jusqu’à l’économie et la politique extérieure, l’Egypte s’effondrait. Un petit nombre de riches vivaient comme des rois dans leurs palais et leurs jardins secrets et voyageaient en avion privé pendant que les pauvres, incapables de subvenir aux besoins de leurs familles, se suicidaient ou mouraient dans des bousculades à la recherche de pain bon marché ou de bouteille de gaz. Un gigantesque appareil policier coûtant des milliards constituait le pire système de répression au monde. Des gens étaient quotidiennement torturés dans les locaux de la police et souvent on violait sous leurs yeux leurs femmes ou leurs filles pour que des hommes reconnaissent des crimes que, la plupart du temps, ils n’avaient pas commis. »


    Chroniques de la révolution égyptienne, par Alaa El Aswany. Traduit de l’arabe par Gilles Gauthier. Editions Actes Sud, 386 pages, 23 euros.
     

    Chronologie et chiffres clés
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