Dix-huit sportives du Golfe en compétition à Londres 2012, une première dans l’histoire des JO
C’est une première. Pour les XXXe Jeux olympiques organisés à Londres, les 22 pays arabes sont tous présents. Autre nouveauté plus remarquable encore : chacune des nations arabes participe aux Jeux avec des délégations féminines. Dans le Golfe, on pourrait croire que le temps des femmes, voilées ou non, est venu. Le royaume de Bahreïn, le sultanat d’Oman et l’Etat du Koweït ont déjà envoyé des femmes aux JO, les Emirats aussi. Mais pour l’Etat du Qatar c’est une première. Idem pour l’Arabie Saoudite qui demeure, malgré les concessions controversées du CIO, très réticente à voir ses athlètes féminines dans la compétition.
La présence de femmes arabo-musulmanes aux Jeux olympiques n’est pas vieille et la première médaille date de 1984. Il faut en effet attendre les JO de Los Angeles pour voir la première femme arabe, africaine, musulmane et non voilée, couronnée du métal précieux : Nawal el-Moutawakkil.
Cette année, après de longues négociations, c’est donc un fait inédit qui s’est produit : dix-huit femmes venues du Golfe représenteront leur pays respectif. Une victoire due au Comité international olympique qui a, semble-t-il, beaucoup insisté pour que des Qataries et des Saoudiennes participent à cette XXXe édition, quitte à faire quelques entorses aux règles olympiques. Le CIO a fait beaucoup d’efforts, en effet, jusqu'à accepter de réinterpréter, pour des raisons sans doute en grande partie économiques, l’article 50 de la Charte olympique, qui stipule qu’« aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ».
Un signe d’évolution des sociétés du Golfe ?
Huit femmes représentent ainsi le Bahreïn, dont Maryam Jamal, double championne du monde du 1 500 mètres. Trois pour le Koweït, deux pour les Emirats et une pour Oman.
Quant au Qatar, quatre femmes défendront les couleurs du drapeau rouge et blanc. D’ailleurs, autre fait inédit, c’est la tireuse Bahiya el-Hamad qui a été désignée comme porte-drapeau de la délégation qatarie. Le petit Etat du Golfe compte bien rapporter des médailles - les athlètes qataries ont remporté 32 médailles dont 8 d'or, lors des derniers Jeux arabes - et vanter un peu plus ses mérites et ambitions sportives. Le Qatar est en effet le pays d’accueil du Mondial de football de 2022 et espère que sa candidature pour les JO de 2024 sera retenue après l’échec de celle de 2020.
La présence de ces femmes athlètes du Golfe aux Jeux olympiques de Londres était impensable il n’y a pas si longtemps. Le sport féminin est resté jusqu’à peu absent, confidentiel, et cette participation est bel et bien le signe d’une évolution des sociétés qui commencent tout au moins à accepter sinon favoriser l’essor du sport féminin.
Mais en Arabie Saoudite, l’activité physique féminine en public est interdite et l’envoi d’une délégation aux Jeux de Londres ne s’est pas fait sans mal.
L’exception saoudienne
Menacé d’exclusion par le CIO s'il n'intégrait pas au moins une femme dans sa délégation, le royaume a donc choisi deux femmes pour faire partie de la délégation saoudienne aux JO. Serait-ce enfin un signe d’assouplissement du royaume ultraconservateur envers les femmes ? Il est à craindre hélas que ce ne soit pas le cas et que la présence de ces deux athlètes soit avant tout un acte politique. Etre le seul pays à refuser la présence de femmes aux Jeux ferait mauvais genre sur la scène internationale.
Ainsi, le 24 juin dernier, l'Arabie Saoudite a indiqué qu’elle autorisait pour la première fois des athlètes féminines à participer aux JO cet été. Dans un communiqué, le Comité olympique saoudien a mentionné qu’il allait « superviser la participation des athlètes féminines qui peuvent être qualifiées ». Selon la loi saoudienne, elles ne devront pas être mêlées aux hommes et porter un voile durant toute la compétition. Un signe pour ne pas heurter les milieux conservateurs ? Pour eux, le mal est fait. Et certains crient au scandale. Les deux athlètes saoudiennes - qui ont la nationalité du royaume mais qui vivent et s’entraînent à l’étranger - sont la cible de virulentes critiques des ultraconservateurs. Sur Twitter, un vent de haine s’est abattu contre les deux sportives, dont l'une d'entre elles est apparue non voilée sur sa photo officielle pour les JO. Plusieurs Saoudiens ont ainsi qualifié la judokate Wojdan Shahrkani et l’athlète Sarah Attar de « prostituées des Jeux ».
Faux départ saoudien ?
Alors que les choses semblaient être enfin réglées afin que les JO se déroulent sereinement pour les sportives du Golfe, le royaume saoudien, à la veille de la cérémonie d’ouverture des Jeux, a menacé de suspendre la totalité de sa délégation. En cause, la décision du président de Fédération internationale de judo, Marius Vizer, qui a annoncé que la judokate saoudienne Shahrkhani ne sera pas autorisée à participer aux compétitions avec un foulard.
Le CIO aurait, selon le quotidien britannique The Telegraph, organisé une réunion d’urgence avec les responsables du Comité national olympique de l’Arabie Saoudite et ceux de la Fédération internationale de judo pour régler au plus vite ce malentendu. Cette dernière affirme simplement qu’il existe un code vestimentaire pour les judokas et que tous, sans exception, doivent l’accepter et l’appliquer à la lettre.
Wodjan Shahrkhani, âgée de 18 ans, doit affronter au premier tour du tournoi des plus de 78 kilos, la Portoricaine Melissa Mojica, classée 13e au classement mondial, le 3 août prochain.
Que ce soit en Arabie Saoudite ou dans les autres pays du Golfe, pour les défenseurs des droits des femmes, il n’y a pas d’évolutions des mœurs quant à la participation des femmes aux JO. Pour Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, ni le sport ni les femmes n’ont à y gagner. « On est en train de tuer le travail des pionnières musulmanes comme Nawal el-Moutawakkil », dit-elle. Et d’ajouter que « le sport est une fête du corps, le hijab une stigmatisation du corps féminin. Au nom de la dignité humaine, des femmes athlètes ne devraient pas se soumettre à porter une tenue qui les discrimine, d'autant plus lors d'événements sportifs ». Déjà, aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, quatorze délégations comptaient des athlètes voilées dans leurs rangs. Autant dire que le CIO, pour la première fois, s’était bien fait rouler par les nations musulmanes tant il était dépassé par le phénomène. Alors, à quand les Jeux olympiques, synonymes de trêve, où les sportifs laisseront leurs convictions aux vestiaires ?

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