Liban : faible mobilisation de l'opposition pour réclamer le départ du Premier ministre
Moins d’une semaine après l’attentat qui a coûté la vie au chef des renseignements des forces de sécurité Wissam al-Hassan, les jeunes du Mouvement du 14 mars, coalition de l'opposition, ont manifesté pacifiquement le 24 octobre à Beyrouth. Ils se sont mobilisés pour dire non à la violence et réclamer la démission du gouvernement de Najib Mikati qu’ils tiennent pour responsable de l’insécurité. Mais la mobilisation n’a pas rassemblé beaucoup de monde.
Avec notre envoyée spéciale à Beyrouth, Véronique Gaymard
Les jeunes qui se sont rassemblés sur la place Sassine à quelques mètres de l’endroit où s’est produit l’attentat entendent mobiliser les citoyens jusqu’à la démission du gouvernement de Najib Mikati. Hier soir, on pouvait entendre des slogans comme « Mikati dégage », ou encore « on veut la sécurité maintenant ». Selon eux, le gouvernement a failli sur le plan sécuritaire, mais aussi économique et social.
Mais la mobilisation n’était pas au rendez-vous, quelque 300 jeunes seulement brandissaient des drapeaux libanais, et se sont dirigés vers le centre ville. Ce que regrette Nadia, une habitante du quartier d’Ashrafieh. Elle était descendue avec son fils de 9 ans pour écouter les discours.
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Lorsqu’on parle avec les gens, la plupart disent être fatigués de la violence, ils aspirent à vivre en paix, ils critiquent tous les partis politiques, et la polarisation qui s’est encore accrue sur fond de crise syrienne.
Le fossé s’est en effet encore creusé entre d’un côté le Mouvement du 14 mars, proche de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri et de son fils Saad qui en a repris le flambeau, et de l’autre, le Mouvement du 8 mars qui tient les rênes du gouvernement actuel avec une grande partie de députés issus du Hezbollah chiite et partisan du régime syrien. Ce sont ces derniers qui sont pointés du doigt comme étant la cause de ces violences. Mais il faut garder en tête les prochaines élections législatives de mai 2013 pour lesquelles chaque bloc tente de se placer.
C’est cette lutte de pouvoirs dont la population est lassée, car elle a l’impression d’être laissée-pour-compte. Comme les centaines de familles dont l’appartement a été soufflé par l’attentat de vendredi dernier, certaines sont relogées dans les hôtels alentours aux frais du gouvernement pour une semaine, mais à partir de vendredi, alors que commence la fête de l’Aïd al-Adha, elles n’ont nulle part où aller.
Les jeunes du Mouvement du 14 mars mobilisés contre les dirigeants actuels Sur la place Sassine, juste en face de la rue où s’est produit l’attentat qui a soufflé des appartements sur plus de 200 mètres, quelque 300 jeunes brandissent des drapeaux libanais et des pancartes : « Nous voulons la sécurité maintenant ». Tamam Ali est l’un des organisateurs des jeunes du Mouvement du 14 mars : « Nous voulons dire que les violences qui se sont produites dimanche étaient des erreurs, qui ont échappé à notre contrôle. Ce soir, nous voulons dire que nous sommes un mouvement démocratique, et que nous souhaitons manifester pacifiquement, nous ne voulons pas que ces violences se reproduisent. C’est pour cela que nous faisons cette marche ». Samara Hariri, la trentaine, arbore dans son décolleté une photo de Wissam al-Hassan qui a été tué dans l’attentat, et des inscriptions sur le front, les bras et le drapeau libanais qu’elle pointe sous les caméras qui filment la manifestation : « Ça c’est la photo du chef de la police, là c’est un portrait de Hariri, sur mon front, le nom de Wissam al-Hassan, et là le nom du département qu’il dirigeait, et j’ai écrit « je vous aime très fort », et sur le drapeau, que ce département connaît la vérité, et sait qui l’a tué ». Sur fond de chants et d’hymne libanais, ces jeunes entendent demander la démission du gouvernement de Najib Mikati qu’ils tiennent pour responsable de l’insécurité et qui, selon eux, ferme les yeux sur les armes du Hezbollah, allié au régime syrien. En marge de la manifestation qui descend vers le centre-ville, quelques badauds regardent de loin. La mobilisation n’est pas au rendez-vous. V.G |

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