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    Moyen-Orient

    Qui connaît l’art contemporain israélien?

    media Pavel Wolberg_Jerusalem (Old City), 2008_Color Print, 60 x 90 cm Pavel Wolberg. Courtesy of the artist and Dvir Gallery, Tel Aviv

    Quinze artistes d’Israël exposent et s’exposent dans la Villa Emerige à Paris. C’est une des toutes premières expositions sur l’art contemporain israélien qui connaît actuellement un engouement international : peintures, sculptures, photographies, vidéos et installations. Une manifestation absolument à voir, pour ses œuvres poignantes, ses propos captivants, mais également pour ses absences et ses contradictions qui font partie de cet art contemporain israélien aussi complexe et tendu que la situation de son pays d’origine.

    L’art contemporain israélien est un art très récent.
    Nathalie Zaquin Boulakia, co-commissaire de l’exposition « Pluriel - Regards sur l’art contemporain israélien » 30/10/2012 - par Siegfried Forster Écouter

    A l’entrée nous accueillent des photographies fortes, qui ne laissent pas de place à l'indifférence. Des portraits en couleur de personnes voilées, mais pour des raisons radicalement différentes : il y a la femme musulmane, le voile de la mariée juive, le visage camouflé d’un Palestinien lors d’un combat de rue, le déguisement avec du barbelé lors du carnaval juif. « Pratiquement toutes les images ont été prises en Israël ou dans les Territoires palestiniens, raconte le photographe Pavel Wolberg. J’ai photographié des gens qui étaient déguisés, couverts ou camouflés pour des raisons diverses. Du coup, ils représentent autre chose que ce qu’ils sont réellement. »

    Pavel Wolberg vit et travaille à Tel-Aviv, mais il est né en 1966 à Saint-Pétersbourg. Demandez-lui ce que c’est, l’art contemporain israélien qu’il est censé représenter dans cette exposition, et il vous dira : « Je ne sais pas ce que cela veut dire, d’être un artiste israélien. Je viens de Russie. Alors je dirais plutôt que je suis un artiste russe vivant en Israël. Je ne me vois jamais comme un artiste israélien. Je vis en Israël, je suis un Israélien. J’ai la double nationalité russe et israélienne. Mais comme je vis en Israël, donc je dois être aussi un artiste israélien. Chacun est défini par son origine. »  Est-ce qu’il sent au moins un point commun avec les autres artistes exposés? « Je ne sais pas. Je ne travaille pas avec eux en Israël. Tout le monde fait quelque chose de différent. Je ne pense pas qu’il existe des points communs. »

    « L'art israélien se nourrit de tensions »

    Nathalie Zaquin Boulakia, co-commissaire de « Pluriel – Regards sur l’art contemporain israélien, est fière d’avoir mis sur pied « une des toutes premières expositions qui englobe d’une façon générale l’art contemporain israélien. Pour elle, l’art israélien se nourrit de tensions qui sont les tensions d’un pays en guerre, qui sont les tensions d’un pays qui a dû accueillir des vagues successives d’immigrants d’Afrique, de Russie, d’Orient, qui a du mal à les intégrer. C’est l’art d’un pays qui est en proie à des conflits territoriaux inextricables. Forcément, les sources d’inspirations des artistes israéliens sont davantage autour d’eux, qu’introspectives. En Israël, il se passe tellement de choses, l’environnement est tellement émotionnellement riche que ces artistes puisent la source de leur création et d’émotion autour d’eux et n'ont pas à l’intérieur d’eux-mêmes. »

    Maya Zack ne se présente pas non plus comme une artiste israélienne, mais comme une artiste d’Israël. Elle est vidéaste, fait des installations et des modèles virtuels en 3D, générés par ordinateur, qui aboutissent à la fin à une reproduction photographique. Son travail extrêmement soigneux et minutieux nous intrigue par la précision de son imprécision. Les livres, étaient-ils rangés dans une armoire ou sur une étagère ? Sur la photo, en cas de doute, les livres apparaissent sans support au mur. Car l'artiste pénètre et explore le territoire du passé et de l’identité par un procédé de souvenirs empruntés qui nous laisse bouche bée : « On voit un appartement dans les années 1930 à Berlin. C’est un appartement qui a été recréé à partir des souvenirs de Manfred Nomburg qui avait 10 ans quand il a dû quitter cet appartement en 1938. La photo est complètement virtuelle. Tout l’espace de l’appartement avec les meubles, les papiers peints, tous les petits détails qui sont visibles, tout est basé sur le témoignage d’une personne qui vit aujourd’hui en Israël et qui a 84 ans. Il a vécu dans cet appartement quand il était enfant. En 1938, ses parents l’ont envoyé dans un autre pays, là où se trouve aujourd’hui, Israël. »

    Comment reconstruire une image ? 

    Pour Maya Zack, ce n’est pas essentiellement un travail sur l’histoire ni sur le passé, mais sur la mémoire : Comment peut-on obtenir une image authentique de quelque chose qui s’est passé avant nous ? Comment peut-on reconstruire une image de quelque chose du monde actuel, même si on l’a vécue ? » Le résultat de cette expérience n’a guère surpris l’artiste. Manfred Nomburg n’a pas reconnu ni son passé reconstitué ni son appartement : « Quand il a vu les images, il m’a dit que c’est très intéressant et très impressionnant, mais que cela ne ressemble absolument pas à son appartement. »
     
    Histoire, mémoire, territoire, identité, voilà quatre sujets qui semblent communs aux artistes présentés dans Regards sur l’art contemporain israéliens. La vidéo de Raido Adon, née en 1972 d’une mère musulmane et d’un père juif, met en scène des robes noires suspendues pour marquer un territoire perdu, en mémoire des habitants qui ont dû fuir un village palestinien en 1948. Nelly Agassi, née en 1973, entrelace dans ses broderies le doux et le violent, ou « nettoie » dans une vidéo violemment son buste nu avec du papier de verre en attente d’une renaissance spirituelle. Avner Ben Gal, né en 1966 et vivant entre Tel-Aviv et New York, entrechoque dans ses tableaux sombres et tragiques le mythe et la violence de la vie réelle en Israël. Neta Harari, née en 1970, renverse dans sa peinture Vertigo Inbox carrément la réalité, la scène au bord d’une piscine est l’expression de son désarroi face à la violence et les combats dans les Territoires palestiniens. Quant à Gil Marco Shani, né en 1968 à Tel-Aviv, il dompte la bête dans l’homme en effaçant presque toutes les lignes de son tableau, ne laissant derrière lui qu’une esquisse rudimentaire et un personnage presque déshumanisé.

    Un territoire de l'attente
     
    Assaf Shoshan, né en 1973 à Jérusalem, vit depuis douze ans entre Tel-Aviv et Paris. Das sa trilogie de vidéo Territoires de l’attente, réalisée dans le désert du Néguev,  on découvre des nomades bédouins, un réfugié soudanais et des immigrants éthiopiens : « Cela parle de l’homme comme un territoire de l’attente, comme une créature absurde qui va nulle part. Je montre cela avec des histoires de peuples en mouvement qui se retrouvent chacun dans une situation absurde dans le paysage politique en Israël. Par exemple, les Bédouins qui ont une culture nomade sont forcés à se sédentariser. Les réfugiés soudanais qui ne sont pas reconnus comme réfugiés se retrouvent enfermés dans des camps et puis les immigrés éthiopiens que le gouvernement israélien a fait venir, se retrouvent avec des grandes difficultés à s’assimiler dans la société israélienne. »

     

     
    Moshe Ninio, né en 1953 et précurseur d’une génération d’artistes israéliens, interroge la nature de l’image et capte dans ses œuvres les fantômes du passé. Dans Glass (2011), une photographie, il montre à la fois avec un regard clinique et une sensibilité extrême la cage de verre dans laquelle le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann a été jugé à Jérusalem. Ninio concentre notre attention sur la tache qui marque l’endroit où Eichmann avait posé son genou pendant le procès.

    Les artistes et la politique
     
    Et le conflit israélo-palestinien ? « Tous les gens s'intéressent à cette situation politique, admet Maya Zack. Moi aussi. Ce qui me gêne, souvent, les gens arrivent avec leurs préjugés, avec leurs solutions déjà prêtes, même s’ils ne connaissent pas bien la situation. C’est une honte. » « Je ne crois pas que les artistes peuvent trouver une solution pour les problèmes politiques dans le monde ni pour le conflit israélo-palestinien, affirme Assaf Shoshan. Je ne crois pas que mon travail a une grande importance dans cette question. Mais pour moi, cela aide. Le fait que je suis préoccupé par cette question, c’est important. Cela peut aider d’autres gens à se poser cette question. » La commissaire Nathalie Zaquin Boulakia se montre même catégorique : « Les artistes ne sont pas là pour proposer des solutions aux politiques. Ils peuvent souligner ce qui peut les choquer. Il y a, par exemple, Sigalit Landau qui, métaphoriquement, fait ses œuvres avec le sel de la mer Morte et qui aimerait – avec ses œuvres- créer un pont entre Israël et la Jordanie. Mais, c’est une interprétation poétique de solution de conflit. »
     
    A la fin, c’est toute autre chose qui frappe le plus dans cette exposition qui essaie de dessiner les contours actuels de l’art contemporain israélien : l’absence totale du « printemps arabe » dans les œuvres. « Je crois que ce n’est pas leur propos, réagit la commissaire : la moitié des œuvres exposées ont été crées avant le « printemps arabe ». Et puis, je pense que cela ne faisait pas partie de leur imaginaire. »

    Quel est le rôle d'un artiste ?

    « Le rôle d’un artiste, c’est d’explorer, questionner, se demander comment nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui. Qu’est-ce que nous sommes aujourd’hui? Comment on est influencé par l’histoire? C’est une question autour de l’identité. Israël, c’est un endroit fou concernant l’immigration. Il y a des gens de partout, avec des histoires tellement différentes. Par exemple, ma famille est à moitié de l’Europe de l’Est, une grande partie de ma famille a été victime de la Shoa. Une autre partie de ma famille, ce sont des chrétiens de Venezuela, une moitié Indiens. Tout cela ce sont des histoires très intéressantes et pas du tout évidentes, mais que je ressens en moi. En tant qu’artiste, j’essaie d’explorer ces influences et ces identités. »

    Maya Zack, artiste 31/10/2012 - par Siegfried Forster Écouter

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    Pluriel – Regards sur l’art contemporain israélien, exposition à la villa Emerige, Paris, du 26 octobre jusqu’au 22 novembre.

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