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    Moyen-Orient

    Egypte: la Constitution de la discorde

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    Le président égyptien Mohamed Morsi a ratifié ce mercredi 26 décembre la nouvelle Constitution. Elle a été approuvée hier par 63,8% des électeurs. Ce texte, rédigé par une Assemblée constituante dominée par les islamistes et qui vise à placer l'islam au coeur de la société, a profondément divisé la population et s'est vu opposer de nombreuses critiques. L'opposition juge qu'elle ne représente pas la majorité du peuple égyptien.

    De notre correspondant au Caire

    Il aura fallu manipuler les révolutionnaires, temporiser avec les militaires, ruser avec les salafistes, faire des concessions de façade aux chrétiens et dresser les uns contre les autres, avant de finalement passer en force. Mais le résultat est là : après leur président et leur gouvernement, les Frères musulmans ont aujourd’hui leur Constitution. Un texte qui, selon le public, est présenté par les Frères comme « excellent mais perfectible » ou tout simplement comme « la meilleure Constitution donnée au monde ».

    Le fait qu’entre opposants et abstentionnistes, le texte n’ait pas été approuvé par près de 80% des électeurs ne préoccupe nullement les Frères musulmans. L’important pour la confrérie est d’user de la Constitution pour refaçonner l’Egypte.

    L’islamisme conquérant

    L’objectif principal est évidemment de poser les bases d’un Etat où l’islam n’est plus une religion mais un mode de vie. Il y a évidemment l’article faisant des « principes de la charia la source principale de la législation » et celui élargissant les sources de la charia pour y inclure pratiquement toutes les écoles théologiques et exégèses du passé. Le conseil des oulémas d’al-Azhar s’est vu doté du pouvoir de supervision sur toutes les lois pour s’assurer de leur conformité avec la charia.

    Mais pour mettre cela en pratique, il faut disposer des leviers juridiques nécessaires. Le Conseil consultatif, élu avec une participation de moins de 7% et qui ne disposait d’aucun pouvoir en dehors de celui de contrôler les médias étatiques, s’est vu promu grand législateur par la Constitution. Et comme si la domination à plus de 80% du conseil par les islamistes ne suffisait pas, le président Mohamed Morsi a nommé 90 nouveaux membres appartenant pour la plupart à la même tendance. Quelques chrétiens et quelques femmes ont été rajoutés pour le décor. Le Conseil consultatif a aujourd’hui pour tâche d’adopter urgemment toutes les lois qui donneront à la Constitution un corps législatif.

    Réécrire l’histoire

    Parmi les lois qui doivent être passées, il y a celles régissant les dix conseils et organismes nationaux créés par la Constitution. Les conseils de la Sécurité et de la Défense, qui assoient le pouvoir militaire et sécuritaire du président. Le conseil de Lutte contre la corruption s’ajoute à trois organismes similaires et permettra au pouvoir exécutif de faire peser une épée de Damoclès sur la tête des milieux d’affaires.

    Il y a aussi l’organisme supérieur de Conservation du patrimoine, qui viendra coiffer les ministères de la Culture et des antiquités. Un organisme qui pourrait changer les orientations et réécrire l’histoire. Dans la même veine, il y a le conseil national pour l’Enseignement et la Recherche qui coiffera le ministère de l’Education et pourra orienter sa politique. Un ministère qui a déjà commencé à remanier les programmes pour faire le panégyrique des Frères musulmans et de l’islamisme.

    Il y a aussi les conseils et organismes chargés de contrôler les électrons libres que constituent les médias et les journalistes. Ils ont droit à un conseil national de l’Information et à un organisme national de la Presse et de l’Information pour les médias étatiques. Les lois régissant la composition et la mission de ces entités seront taillées et votées par le Conseil consultatif. Elles sont perçues par les journalistes comme des entités liberticides qui viennent s’ajouter à l’incarcération des journalistes pour délit d’opinion et la fermeture des médias par décision judiciaire ou administrative.

    Avant même l’entrée en vigueur de la Constitution, une douzaine de journalistes ont été poursuivis pour « mépris de l’islam » ou « mépris du président ». Le droit à l’information est garanti mais avec une clause qui l’annule : celle de ne pas porter atteinte « aux droits des autres ». Les intellectuels, créateurs et artistes sont eux aussi préoccupés par des textes flous qui pourraient les soumettre à la censure religieuse.

    Le monde du travail risque, lui aussi, de se voir gratifié d’une loi limitant le droit de grève, qui s’ajoutera à l’article de la Constitution qui lie le salaire à la production. Les syndicats indépendants sont aussi interdits par la Constitution qui donne même à la justice le droit de dissoudre les syndicats. La gratuité des soins médicaux est réservée « à ceux qui n’en ont pas les moyens » sans plus de précisions.

    La femme, oubliée de la Constitution

    La femme est l’oubliée de la Constitution qui ne mentionne pas son égalité à l’homme. Une femme qui pourrait voir des droits acquis de haute lutte annulés pour non-conformité à la charia. La loi permettant à la femme de demander le divorce pour incompatibilité et celle qui, en cas de répudiation, lui accorde le domicile conjugal si elle a des enfants en bas âge sont déjà dans le collimateur des islamistes. Quant à l’enfant, il pourra être corvéable à merci puisque la Constitution ne fixe pas son âge et n’interdit pas « le travail non pénible ».

    D’ici l’élection d’une nouvelle Assemblée du peuple dans deux mois, le conseil consultatif va probablement adopter à la chaîne toutes les lois permettant l’application de la Constitution. Des lois qui seront un boulet au pied de la nouvelle Assemblée si, par hasard, elle venait à ne pas être dominée par une majorité islamiste. Reste à savoir comment réagiront les révolutionnaires et le Front du salut national réunissant l’opposition, de la droite à la gauche.

    La journée a commencé par l’entrée en vigueur de la Constitution, approuvée par référendum, après la signature par le président Morsi d’un décret loi. Une décision qui a été aussitôt suivie par la réunion du Conseil consultatif qui a hérité du pouvoir législatif que détenait le président, comme le précise la Constitution.

    Ce Conseil, qui n’avait pas de prérogatives en dehors du contrôle des médias, avait été élu par moins de 7% des électeurs. Un Conseil dominé à plus de 80% par les Frères musulmans et les salafistes et que le président a complété en nommant de nouveaux membres : des islamistes, des anciens du parti de Moubarak et quelques femmes et chrétiens pour le décorum.

    Rompant un silence observé depuis plus de dix jours, le président Morsi a, dans un discours télévisé, appelé l’opposition à l’ouverture d’un dialogue. Une offre qui a été rejetée par le Front du salut national, qui a estimé que c’était un dialogue de dupes puisqu’il impliquait que le référendum s’était déroulé avec une totale transparence. Une opposition qui refuse le fait accompli et qui doit décider dans les prochains jours de la marche à suivre.

    A. B.

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