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Article publié le : samedi 19 janvier 2013 à 02:05 - Dernière modification le : samedi 19 janvier 2013 à 21:51

Les «autres» réfugiés syriens, bloqués à la frontière turque

Des enfants de familles réfugiées dans le camp de Bab-el-Salama/Kilis qui compte environ 12 500 pensionnaires dans un millier de tentes (au 16 janvier 2013).
Des enfants de familles réfugiées dans le camp de Bab-el-Salama/Kilis qui compte environ 12 500 pensionnaires dans un millier de tentes (au 16 janvier 2013).
RFI/Jérome Bastion

Par Jérôme Bastion

Dans une quinzaine de camp de tentes et de villages en pré-fabriqué, la Turquie accueille plus de 155 000 réfugiés syriens, chassés par la guerre civile dans leur pays. La directrice du Programme alimentaire mondial des Nations unies, Mme Ertharin Cousin, a visité mardi 15 janvier le camp de Kilis-Öncüpinar. Elle appelle à une contribution accrue de la communauté internationale. Alors que du côté syrien de la frontière, des dizaines de milliers de déplacés survivent dans des camps de fortune, de plus en plus peuplés. Reportage.

De notre envoyé spécial

« Il arrive ici environ une vingtaine de nouvelles familles chaque jour », dit calmement le responsable du camp de Atmeh/Bükülmez, Ziyad Arour, un civil du village voisin qui convient que le principal problème auquel il doit faire face, c’est « l’eau et la boue ». Comme cette situation risque de durer - sans doute « un an jusqu’à la chute du régime » baasiste, dit-il dans un soupir - et que depuis 6 mois le provisoire a changé ce campement à la belle étoile en une ville de 12 500 habitants, il est temps d’entreprendre des infrastructures à la hauteur des besoins. Mahmoud el-Ahmad explique devant sa pelleteuse : « les eaux usées ruisselantes amèneront mauvaises odeurs, maladies et moustiques, alors nous installons des latrines et des canalisations ».

Plus bas dans ce camp sous les oliviers à flanc de colline, à quelques pas des barbelés marquant la frontière et le poste de l'armée turque, quatre Européens travaillent aussi à la pose du réseau d’évacuation des eaux sales. Bernard, Aurore, Stacey et Jacques (prénoms d’emprunt) ont été recrutés par l’organisation humanitaire Medical Relief for Syria, ou envoyés par une association internationale connue (dont la présence doit rester secrète). Ils disent « faire de la prévention » en construisant un réseau d’assainissement « provisoire, mais efficace ». Selon le médecin du camp, Mohamad Abdel Salam, le principal diagnostic des quelque 300 patients qui viennent le voir chaque jour, « c’est la bronchiolite, parce que les conditions sont rudes ».

Eau chargée de détritus

Devant sa tente, Khalid tient un sac rempli de médicaments pour ses six enfants au nez coulant et qui toussent. « Il fait froid et ils sont sans cesse malades », dit-il. Quand sa maison a été détruite à Habeit (province d’Idleb) le mois dernier, ce fermier a voulu fuir en Turquie. Mais faute de papiers (Ankara n’accepte, depuis août, que les détenteurs d’un passeport), il a dû s’arrêter là : « On a tout juste de quoi manger, à peine de quoi se chauffer, et on ne peut aller aux toilettes et prendre une douche que de temps en temps », explique-t-il. « Je me demande comment cela va être cet été, car je pense que la situation va encore durer, et cela va être très difficile », prévoit Khalid. Aujourd’hui, malgré un grand soleil, les températures nocturnes sont en dessous de 0°C. Partout entre les tentes serpentent des filets d’eau chargée de toutes sortes de détritus, au milieu desquels les enfants jouent.

La neige est récemment tombée en quantité sur la région. Dans les camps de Qah (à quelques kilomètres d’Atmeh), de Hacipasa, de Topraktutan - dans la province d’Antakya - ainsi que dans celui de Bab-el-Salama/Kilis, totalisant en tout près de 50 000 personnes, elle n’est pas partout fondue et les flaques d’eau restant à l’ombre demeurent gelées jusqu’à midi. Grâce aux tentes distribuées par les gouvernements turc, qatari et saoudien, à l’approvisionnement alimentaire quotidien et à la distribution de matelas, de couvertures et d’habits par le Croissant-Rouge et les organisations humanitaires turques, le pire est pour l’instant évité. Mais tout indique que le flux des candidats à l’exil bloqués à la frontière ne se tarira pas de sitôt. Et nécessitera toujours plus d’aide extérieure.

Le camp d’Atmeh/Bükülmez, dans la province d'Antakya, tout contre la frontière et le poste de l'armée turque, accueillait au 16 janvier dernier quelque 12 500 personnes dans un millier de tentes.
RFI/Joan Tilouine
Tout près de la frontière avec la Turquie, des enfants dans le camp de Bab-el-Salama/Kilis.
RFI/Jérome Bastion
A Azaz, à 5 kilomètres de Bab-el-Salama/Kilis, Sayed Hayani a perdu cinq membres de sa famille et tout ce qu'il avait dans le bombardement du souk, le dimanche 13 janvier 2013. Il veut maintenant fuir en Turquie.
RFI/Jérome Bastion
Comme à Azaz le 13 janvier (entre 30 et 50 morts), les bombardements de civils jettent les Syriens sur les routes et dans les camps juste à la frontière, quand ils sont refoulés par la Turquie.
RFI/Jérome Bastion
Un jeune syrien ayant fui les bombardements de son village, Taftanaz, au nord d'Alep, hébergé dans le camp d'Atmeh/Bükülmez.
RFI/Jérome Bastion
Dans le camp d'Atmeh/Bükülmez, installé contre la frontière turque fermée depuis le mois d'août, les enfants profitent du soleil après une semaine de neige.
RFI/Jérome Bastion
Comme à Atmeh/Bükülmez, les camps improvisés de la frontière turco-syrienne font face au problème de l'évacuation des eaux usées.
RFI/Jérome Bastion
Fuyant son quartier bombardé de Kaboun à Damas, où elle a tout perdu, Hanin ( à droite) a donné naissance le mois dernier au bébé Nour dans le camp d'Atmeh/Bükülmez.
RFI/Jérome Bastion
Abou Djamal (à droite), chef militaire (dépendant de l'Armée syrienne libre) du camp de Qah, ouvert en octobre dernier, où l'on compte quelque 4 500 déplacés/réfugiés, à 5 kilomètres d'Atmeh et de la frontière turque.
RFI/Jérome Bastion
Dans le camp d’Atmeh/Bükülmez comme ailleurs, les familles n'ont pas d'autre solution que de couper les oliviers pour lutter contre le froid, quand il fait 0° la nuit.
RFI/Jérome Bastion
A Kilis, la directrice du PAM Ertharin Cousin a rappelé, le 15 janvier 2013, que l'ONU aidait 250 000 personnes dans les camps turcs, libanais, jordaniens et irakiens et 1,5 million de réfugiés en Syrie même, mais que cela ne suffisait pas.
RFI/Jérome Bastion

    tags: Alimentation - Migrations Internationales - Syrie - Turquie
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