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    Syriart : «On est tous des Syriens»

    media « Heaven » (2012), photographie de Jaber Al Azmeh (Syrie), mise aux enchères ce 21 janvier à l'institut du monde arabe dans le cadre de "Syriart, 101 oeuvres d'art pour la Syrie". Jaber Al Azmeh

    Syriart, 101 oeuvres d’art pour la Syrie. Ce lundi 21 janvier aura lieu à Paris une vente aux enchères au profit des victimes civiles de la répression en Syrie. 61 artistes arabes ont répondu à l’invitation, dont des artistes extrêmement côtés comme Mohamed Melehi ou Lalla Essaydi. Les œuvres sont exposées à l’Institut du monde arabe, du 17 au 20 janvier. Entretien avec José Garçon, la coordinatrice du projet et présidente de l’association 101 œuvres pour la Syrie et avec les artistes Amel Bennys et Najia Mehadji.

    José Garçon, racontez-nous la genèse de cette vente aux enchères.

    C’est très simple. Dès qu’il m’est apparu que ce qui se passait en Syrie était une guerre contre les civils, où l’on tire sur un peuple désarmé, je me suis dit à mon tout petit niveau, il faut faire quelque chose. Et plutôt que faire un acte militant, un peu traditionnel, ce serait plutôt bien de demander à des artistes originaires du monde arabe ou des diasporas de faire un acte de solidarité envers les Syriens, de leur demander de faire un don d’une œuvre qui serait d’abord exposée, ensuite mise en vente aux enchères.

    En quoi va servir l’argent de cette vente aux enchères ?

    Nous avons fait dès le début un partenariat avec la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) qui va avoir 40% des sommes recueillies pour ses actions Syrie. Tout le reste va être intégralement reversé à des associations syriennes pratiquement toutes spécialisées dans les secours médicaux.

    Najia Mehadji, vous êtes une artiste marocaine, pourquoi avez-vous décidé de participer à Syriart ?

    Cela m’a paru évident quand José m’a demandé de participer à cette vente aux enchères. J’ai tout de suite dit oui. Je suis moi-même indignée par ce qui se passe et lorsque des civils se font tuer sans armes. Cela m’a toujours indignée et d’ailleurs j’ai même fait un travail à une époque par rapport à ce qui se passait en Bosnie, à l’épuration ethnique avec justement les désastres de la guerre de Goya. J’ai tout de suite dit oui.

    Amel Bennys, en tant qu’artiste tunisienne, vous vous êtes sentie encore plus concernée suite à ce qui s’est passé chez vous en Tunisie ?

    Non, aujourd’hui on est face à ces révolutions, ce qui se passe en ce moment en Tunisie et dans le sud. Evidemment par rapport à la Syrie, si on peut comparer, c’est peut-être moins, mais on est tous Syriens en quelque sorte. On est impliqués. On est artistes donc là on a été sollicités et je trouve que c’est formidable de pouvoir participer et de s’engager, nous qui sommes quand même très isolés dans nos ateliers. On essaie un petit peu de temps à temps de pouvoir faire des choses mais c’est vrai que, si on n’a pas ces ponts et qu’on n’a pas ces demandes, on se sent très impuissant même si, par exemple, je vois en Tunisie il y a des danseurs qui investissent la rue, qui se font molester, les journalistes c’est très compliqué en ce moment pour eux. J’ai réagi, mais plus en tant que société civile, en tant que citoyenne.

    José Garçon, les artistes qui ont répondu avaient déjà des engagements politiques très précis ?

    Cela dépend lesquels. Par exemple, Najia s’est toujours battue, a toujours milité à sa manière à elle, mais d’autres non. Ce qui m’a beaucoup frappée, c’est que d’un côté on n’a vu aucune grande manifestation dans le monde arabe en faveur des Syriens. On pourrait développer des raisons mais peu importe. En revanche, dès qu’on fait la demande à des artistes, on se rend compte à quel point les gens sont touchés, sont bouleversés par ce qui se passe en Syrie.

    Est-ce que les artistes sont représentatifs des opinions publiques arabes ?

    Oui, la création est la meilleure arme contre la mort. C’est pour cela que j’ai eu envie de faire cela. Pourquoi je dis que la création et la meilleure arme contre la mort ? C’est que quand Bachar el-Assad fait briser [en août 2011, ndlr] les mains d’un dessinateur syrien qui s’appelle Ali Ferzat, comme Pinochet avait brisé les mains d’un chanteur chilien très connu à l’époque qui s’appelle Victor Jara [Il a été assassiné le 15 septembre 1973 après avoir eu les doigts coupés par une hache, ndlr], ça veut dire que la création fait peur. Et c’est pour cela que je pensais que c’était très important de mettre les artistes en avant.

    _______________________________________
    Syriart , 101 œuvres d’art pour la Syrie. Vente aux enchères organisée par la maison de vente Pierre Bergé et Associés, lundi 21 janvier à 19 heures, à l’Institut du monde arabe. Exposition, du 17 au 20 janvier.

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