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    Moyen-Orient

    Walaa Dakak et la Syrie, œil pour œil

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    Il y a des yeux partout, mais il refuse être le peintre des yeux : « J’ai l’angoisse des yeux, parce que j’ai vécu dans un système dictatorial. » Sur ses toiles, chaque œil est un gouffre, une menace, une possibilité… Walaa Dakak expose sa Paranoïa – Eye and I jusqu’au 23 février à Paris, dans un lieu exigu, mais qui vaut le détour. L’espace culturel parisien ArtLigre accueille les toiles poignantes de ce jeune artiste syrien, hanté par la dictature.

    Il a un regard franc dans un corps grand et détendu. L’apparence de Walaa Dakak ne trahit rien de la pensée intérieure et tourmentée qui guide ses pinceaux : « Je suis né et j’ai grandi sous un régime politique dictatorial et la peur est la plus grande action qui a accompagné chaque seconde de ma vie ». Ainsi se présente ce peintre syrien, âgé de 34 ans. Installé en France depuis 2004, il a vécu en Syrie assez longtemps pour y puiser encore son inspiration et la terreur qui peuple ses œuvres.

    La dictature casse la confiance entre les amis.
    Walaa Dakak, artiste syrien 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter


    « De la dictature, j’en ai fait un décor »

    Dans ses acryliques sur toiles et bois, il y a ces figures sans bouche, sans visage, des têtes-silhouettes et des yeux réduits au strict minimum. Mais quels yeux ! Des véritables personnages, hantés par les fantômes, comme des Pac-Man dévorant les autres pour trouver la sortie du labyrinthe. Il y a des yeux détournés dans le Quartier 1, craintifs dans la Réunion de l’opposition, manipulés dans Les candidats au parlement, dédoublés dans l’autoportrait Moi et moi, ou comme les crocodiles avec un seul œil ouvert dans Les amis. Rien n’est explicite, tout reste assujetti à l’interprétation de l’actualité par chacun. « Eye and I, le titre veut dire qu’il y a toujours un œil derrière moi. Peut-être c’est moi-même qui me regarde, peut-être ce sont les autres » dit-il avec un français hésitant et une voix déterminée. Derrière les yeux jetés sur Le rideau de la dictature se cache un miroir. Est-ce une allusion au peuple syrien coupé en mille morceaux par le régime ? « De la dictature, j’en ai fait un décor. En même temps, ce n’est pas un décor, mais un personnage qui te suit. C’est un rideau, il y a toujours quelqu’un derrière. Il faut faire attention ».

    Respirer

    La méfiance envers les autres et les cauchemars règnent en majesté sur les toiles. « Ces visages et ces yeux, je les sors de moi-même, pour respirer. Je sens toujours une angoisse en moi. Toute la nuit, j’ai des cauchemars. Il y a la police secrète, je suis aussi dedans moi-même. » La gamme chromatique vacille entre noir et blanc et les bleus, rouges, jaunes, verts vifs qui flambent sur les toiles. Le trop-plein des yeux et l’usage des multiples et des dédoublements, sont-ils une réminiscence aux personnages à double regard de Sabhan Adam, l’artiste syrien reconnu au niveau international qui travaille jusqu’à aujourd’hui en Syrie : « Je ne sais pas. Comment un travail se fait-il ? Il y a des images qui entrent dans la tête. Après tu utilises toutes ces images pour exprimer quelque chose. Peut-être c’est le travail de Sabhan Adam qui est entré. Cela ne me dérange pas. »


    De sa vie syrienne, Walaa Dakak en a gardé le diplôme des Beaux-arts de Damas. Egalement en 2003, il était devenu membre du Syndicat des Artistes en Syrie. A l’époque, les galeries se comptaient sur les doigts d’une main et les meilleurs artistes d’art contemporain vendaient leurs œuvres pour une bouchée de pain. Il avait alors le choix entre « travailler pour le gouvernement pour un salaire qui ne suffit pas pour vivre, abandonner la peinture ou aller en France pour continuer l’art ». Le 15 mars 2004, quelques semaines avant son 26e anniversaire, il a laissé la Syrie derrière lui : « Je n’ai pas parlé français, je n’avais pas de bourse, j’ai travaillé à droite et à gauche, c’était la galère. »

    Faire bouger

    Beaucoup de ses amis sont restés au pays. « Il y a des artistes qui se sont engagés avec la révolution, même si cela est très dur. D’autres cherchent les bénéfices du système ou n’ont pas la force de dire non ». L’exposition à Paris est aujourd’hui sa manière de prendre position : « Quand j’ai commencé à travailler sur le sujet, j’avais peur que le système syrien fasse quelque chose à ma famille qui est restée en Syrie. Après la révolution syrienne, j’ai pris la décision : il faut exposer le travail. Beaucoup d’amis français et syriens m’avaient dit : il y a tellement de gens qui mentent, on ne sait pas réellement ce qui se passe en Syrie. Je veux que les gens comprennent. Cela aide peut-être pour les faire bouger pour les Syriens. »

    En attendant, Wallaa Dakak prépare l’avenir : après un master 2 en Art Contemporain et Nouveaux Médias à Paris, il travaille sur un doctorat en Arts et Sciences de l’art et se penche sur une installation en 3D sur la lumière. L’œuvre sera exposée à partir du 24 février à l’Institut du monde arabe à Paris : « Il y a très peu d’artistes syriens qui réalisent des installations. Pour moi, il n’y a pas de limites, pas de tabous. Tout est possible ».
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    Paranoïa – Eye and I, exposition de Walaa Dakak, jusqu’au 23 février à l’espace culturel ArtLigre, Paris.

    Voir aussi :
    - Instants de Syrie, exposition de l’artiste syrien Khaled Alkhani, jusqu'au 16 février à la galerie Cheloudiakoff, Belfort.

    - La Syrie au cœur. Journée de solidarité avec le peuple syrien, le 24 février entre 12h et 24h à l’Institut du monde arabe, Paris. Les fonds récoltés dans ce cadre seront reversés à l’Association CODSSY – Collectif du Développement et Secours Syrien.

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