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    Moyen-Orient

    Les Kurdes, un peuple, quatre territoires, quatre histoires

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    L’arrêt de la lutte armée annoncé par le leader kurde Abdullah Öcalan, le 21 mars dernier, remet sur le devant de la scène la question kurde, et pas seulement en Turquie. Sujet brûlant de l’histoire, le peuple kurde, entre 20 et 40 millions de personnes, vit sur quatre Etats : la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. Quatre territoires et pas d’Etat pour un peuple présent tout autour du monde. Et quatre situations bien différentes.

    Le « Kurdistan » est un territoire sans frontières. Les Kurdes, dispersés entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, se démènent tant bien que mal avec leur Etat respectif depuis des décennies, mais une radicalisation existe depuis 1975 en Irak, 1979 en Iran, 1984 en Turquie et 2011 en Syrie.

    La fin des années 1970 et 1980 au Proche-Orient, marquées par la guerre civile au Liban et la guerre entre l’Iran et l’Irak, ont de nombreuses analogies avec les temps présents ; la région étant aujourd’hui encore rattrapée par des violences, en Syrie, en Turquie, etc. Pourtant, les années 1970 et 1980 ont été marquées par une marginalisation des Kurdes qui avaient été des acteurs armés à part entière dans des conflits comme celui entre l’Iran et l’Irak. La « fin du peuple kurde » aurait alors pu arriver, car seule la diaspora de l’époque vivait et faisait vivre l’identité kurde.

    Les Kurdes, une entité qui compte dans la région

    Mais le peuple kurde est encore là. Plus que jamais même. Il est aujourd’hui une entité qui compte dans la région. Suite à la Guerre du Golfe de 1990, les Kurdes irakiens établissent une zone autonome au nord de l'Irak. Ils soutiennent en 2003, l'intervention américaine en Irak.

    Adoptée par référendum en 2005, la Constitution irakienne reconnaît une très large autonomie au Kurdistan. Après une vingtaine d’années d’existence, il est le symbole d’une société extrêmement dynamique et moderne au sein d’un Proche-Orient dévasté par les conflits.

    La région autonome, fédérale, du Kurdistan irakien, est un espoir pour les autres Kurdes de la zone. Alors que seulement 17 % du budget national est donné au Kurdistan, la région est en modernité perpétuelle : 17 universités ont ouvert en dix ans, les hôpitaux, les autoroutes et les aéroports fleurissent. Aujourd’hui, même si la corruption existe et que le système administratif est suranné, le Kurdistan irakien est l’une des seules régions où la sécurité est réelle. Au point que la zone est devenue, dans le chaos régional, un lieu d’asile pour des réfugiés chrétiens et que de plus en plus d’Arabes y passent leurs vacances…

    Déstabilisé par la guerre en Syrie et en lutte permanente avec l’Etat fédéral de plus en plus autoritaire, le Kurdistan irakien reste un modèle pour tous les peuples kurdes.Il a un impact sur les Kurdes dans l’ensemble de la région. Depuis juillet 2012, à la faveur de la rébellion, les Kurdes de Syrie font l’expérience de l’autonomie dans un espace plus ou moins pacifié. L’espace kurde syrien, défendu par une petite armée (de 20 000 à 40 000 soldats selon les sources), n’est plus un mythe.

    Mais le chemin pour en arriver là a été long et semé d’embuches. Les Assad se sont attelés durant des décennies à morceler le territoire kurde de Syrie en créant une « ceinture arabe » autour des trois régions que sont Hassakeh, Kobane et Efrin.

    En Syrie, jusqu’en 2004 où a eu lieu le soulèvement de Qamishli stimulé par le conflit en Irak,le peuple kurde (3 millions de personnes sur une population totale de 22 millions) n’a jamais fait appel à la lutte armée pour revendiquer ses droits, droits culturels, droits territoriaux et surtout le droit de se voir restituer la nationalité syrienne. Une loi sur le recensement en 1962 déchoit plus de 300 000 kurdes de leur nationalité. Alors que dans les autres pays de la région les autorités tentent d’assimiler les Kurdes, en Syrie, ils sont purement et simplement apatrides (470 000 apatrides aujourd’hui en Syrie).

    En 2004, la répression contre les Kurdes s’est amplifiée. Un embargo économique a été mis en place par le régime de Damas pour étouffer la zone kurde. Bachar el-Assad a mis en place une loi interdisant les ventes immobilières dans la région. Le peuple kurde et le Kurdistan syriens paraissent avoir vécu ce que subit aujourd’hui l’ensemble du peuple syrien sous le joug du régime de Damas.

    Les Kurdes de Syrie à l’épreuve de la rébellion

    Les enjeux, après deux années de révolution, sont énormes pour les Kurdes de Syrie. RFI/Jérôme Bastion


    Les enjeux, après deux années de révolution, sont énormes pour les Kurdes de Syrie. « L’Armée syrienne libre n’est pas appréciée par les Kurdes qui regrettent que le mouvement de révolte n’ait pas conservé son aspect pacifique », déplore Sève Aydin Izouli, avocate au Barreau de Paris et militante de la cause kurde, qui récuse les accusations de certains membres de l’opposition syrienne envers les Kurdes, soupçonnés à tort de soutenir le régime Assad. Les Kurdes ne veulent plus du régime barbare des Assad mais refusent la création d’une République arabe syrienne comme l’a évoqué l’opposition ».

    Lors de la Déclaration de Damas en 2005, les Kurdes étaient associés au mouvement de revendication pour la création d’une République syrienne, et non arabe. Et si Assad n’a pas réprimé les Kurdes au début de la révolution comme ce fut le cas à Deraa, « c’est parce qu’il ne voulait pas mettre le feu aux poudres dans la région », affirme l’avocate.

    Le conflit syrien ne manque donc pas d’inquiéter les Kurdes. L’opposition syrienne les fait douter quant à leur avenir. Et Sève Aydin Izouli de regretter que «  les Kurdes, les chrétiens, sont absents de la Coalition ».

    L’oppression des Kurdes d’Iran

    En Iran, comme en Syrie, la contestation militaire est absente mais le divorce entre Téhéran et les Kurdes est total et la radicalisation inédite. La répression n’en est que plus féroce. Le pays est une mosaïque de peuples et de cultures, Perses, Azaris, Kurdes, Balouchs, Arabes, etc , vivant ensemble sur un territoire gigantesque.

    Le Kurdistan iranien s’étend sur 125 000 kilomètres carrés d’un territoire de plus 1,6 million de kilomètres carrés, 16 % des 77,8 millions d’Iraniens sont des Kurdes. Pourtant, depuis le XXe siècle, l’Iran est une nation monolithique où le persan est devenu l’identité ethnique la plus favorisée. Alors que 60 % des Iraniens ne sont pas Persans…

    La frontière entre l'Iran et le Kurdistan irakien. (Photo : AFP)

    Pourtant, la révolution de 1979 a représenté un réel espoir de reconnaissance pour les Kurdes, mais aujourd’hui, selon Khosrow Abdollahi Mandolkani, du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, le peuple kurde est le peuple le plus opprimé d’Iran. Les droits élémentaires, civils et politiques, sont violés par la politique répressive du régime. La discrimination confessionnelle est également omniprésente.

    À la demande d’octroi d’une autonomie, Téhéran, après six mois de tergiversations et de pseudonégociations, répond par la répression militaire. Le 19 août 1979, une fatwa a proclamé « le jihad contre les Kurdes ». La chasse aux Kurdes est en marche depuis lors. Les assassinats politiques, perpétrés en Iran comme à l’étranger, se multiplient. En 2013, les régions kurdes d’Iran sont parmi les régions les plus sous-développées du pays et affichent un triste record de chômage à 50 %. Le fléau de la toxicomanie qui s’accroît chez les jeunes dans le tout le pays -mais que les autorités ne tentent pas de freiner au Kurdistan- en rajoute à la misère ambiante.

    Depuis 2005 et l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinedjad et surtout après les contestations de 2009, les violences contre les Kurdes se sont accrues. « Un mois avant les célébrations de Norouz, explique Khosrow Abdollahi Mandolkani, plus de 60 personnes ont été arrêtées dans les provinces kurdes d’Iran ».

    Les Kurdes d’Iran réclament une reconnaissance, un système fédéral. Mais leur voix reste étouffée.

    Vers la fin de la crise en Turquie ?

    C’est en Turquie que la question kurde est la plus médiatisée. La minorité kurde en Turquie représente 20 % de la population. Mais à la création de la République turque, l'identité kurde est oubliée.

    Durant la décennie 1990, le gouvernement turc reconnaît bien malgré lui l'identité kurde,

    promet un investissement économique dans la région et offre aux Kurdes la possibilité de s'organiser politiquement . Il mène par ailleurs des opérations offensives contre un parti armé, le PKK, le parti fondé par le leader de la rébellion Abdullah Öcalan, et cela jusque dans son sanctuaire irakien.

    L'organisation multiplie les actions armées, jusqu’en Europe. Selon les chiffres officiels, 45 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit.
    Depuis 2009, ayant pour modèle le Kurdistan irakien, l'Union des communautés du Kurdistan (KCK) met tout en œuvre pour parvenir à l'autonomie et à l'autodétermination. Mais l’Etat turc refuse de négocier.

    Le 21 mars dernier, le chef rebelle kurde emprisonné Abdullah Öcalan a appelé les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan à déposer les armes. « La phase de lutte armée laisse la place à une phase de politique démocratique. Commence un processus essentiellement politique, social et économique. Se développe une conception fondée sur l’égalité, les droits et les libertés », a déclaré dans une lettre le leader du PKK.

    Une « kurdistanisation des sociétés »

    Un peuple sur quatre Etats, quatre problématiques distinctes, mais une unique question régionale, car chaque dimension interne a un impact externe. Plus de quarante années de revendications pour aboutir aujourd’hui à une « Kurdistanisation des sociétés », selon la formule d’Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS : en 2013, la société kurde est jeune, plus de 50 % de la population a moins de 25 ans.

    Avec le temps, la contestation ne s’est pas essoufflée, bien au contraire puisque les jeunes poursuivent la lutte pour la reconnaissance du peuple kurde et de ses spécificités. C’est même une radicalisation qui émerge. La civilisation kurde ne cesse de s’intensifier, au sein des territoires kurdes comme à l’étranger. La culture kurde, son cinéma, sa littérature, sa musique, est plus que jamais vivante dans le monde.

    « La revendication de constitution d’un espace kurde est ainsi intergénérationnelle. Lorsqu’un mouvement apparaît dans l’un des quatre territoires kurdes, un mouvement se crée à l’échelle régionale », poursuit le chercheur.

    Le Kurdistan d’Irak, bien qu’il soit toujours sous la menace d’un conflit avec Bagdad, est aujourd’hui un modèle pour les peuples Kurdes de la région. De l’avenir du régime iranien et de sa sortie de l’autoritarisme dépendra celui du peuple kurde dans cet Etat. Téhéran affronte une crise structurelle, tant sur le plan interne que régional, et la solution militaire semble exclue. En Syrie, l’après-Assad sera décisif pour les Kurdes syriens. En Turquie, les négociations entre le PKK et l’Etat permettront-elles de parvenir à une cohabitation pacifique ? La question reste entière.

    Le 16 mars 2013, la ville de Halabja a commémoré le 25e anniversaire du bombardement au gaz ordonné par Saddam Hussein. 5 000 personnes y ont trouvé la mort, dont les trois quarts étaient des femmes et des enfants. En 1988, les peshmergas, combattants kurdes, s’emparent de la ville engloutie dans les montagnes du Kurdistan irakien.

    La guerre avec l’Iran touche à sa fin. L’armée irakienne ne tarde pas à riposter et à chasser les combattants de la ville où ne restent plus que des femmes et des enfants. Le 16 mars, durant plus de cinq heures des avions de combat irakiens déversent un mélange de gaz moutarde et des neurotoxiques Tabun, Sarin et VX .

    Ali Hassan al-Majid, dit Ali le chimique, cousin de Saddam Hussein, est condamné à mort pour avoir commandité le massacre de la ville. Il est pendu le 25 janvier 2010. Sans avoir jamais exprimé ni le moindre remord ni le plus petit regret.

    A. B.

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