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    Moyen-Orient

    Attentat à Tripoli: l'enquête se poursuit, la thèse jihadiste prise au sérieux

    media Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius sur les lieux de l'attentat. REUTERS/Ismail Zitouny

    L'attentat qui a visé l'ambassade de France à Tripoli mardi matin, 23 avril, n'a toujours pas été revendiqué. Les deux gendarmes blessés ont été rapatriés, la jeune Libyenne a été transférée pour être soignée en Tunisie. Une enquête a été ouverte et si, pour l'heure, la police ne dispose d'aucun élément tangible sur les auteurs de l'attentat, la thèse de combattants d'Aqmi n'est pas exclue. 

    Des enquêteurs se sont rendus mercredi matin sur les lieux de l’attentat. La rue de l’ambassade a été fermée temporairement pour leur permettre de procéder à des relevés et de numériser les lieux.

    Comme l’avait annoncé le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius mardi, une magistrate de la section antiterroriste du parquet de Paris a été dépêchée à Tripoli. Elle s’est également rendue, tôt, mercredi matin, à l'ambassade.

    Selon un porte-parole du Quai d’Orsay, il n’y a pour le moment aucun élément tangible. L’enquête a été ouverte simultanément en France et en Libye.

    Vidéos de surveillance

    Selon un diplomate, les auteurs de l’attentat « savaient parfaitement ce qu’ils faisaient ». La police libyenne n’arrive habituellement qu’aux alentours de 8 heures et les rues sont généralement vides à ce moment de la journée. Selon des membres de l’ambassade et certains voisins, on verrait, sur des vidéos de surveillance, un homme garer une voiture devant l’ambassade puis en sortir précipitamment avant, semble-t-il, de faire détoner l’engin.

    Le personnel de l’ambassade devra trouver de nouveaux locaux, le bâtiment étant absolument inutilisable. Une dizaine de membres du GIGN sont également arrivés dans la nuit de mardi à mercredi, notamment pour sécuriser l’ambassade et la résidence de France. L’école et l’institut culturel français sont fermés pour le moment.

    La piste jihadiste

    48 heures après, l'attaque n'a donc toujours pas été revendiquée. Jihadistes locaux ou bien venus du Mali... Difficile de dire qui est à l'origine de cette opération. Mais si l'offensive française au Mali a fortement affaibli les groupes jihadistes, notamment en détruisant le sanctuaire d'Aqmi, cette avancée rapide a également dispersé les combattants dans toute la région et notamment dans le sud de la Libye.

    Dans le nord du Mali, les militaires français ont fait parler les GPS des 4X4 abandonnés par les jihadistes. Des véhicules souvent puissants qui ont multiplié les allers-retours entre l'Adrar et le Sud libyen. « C'est une véritable autoroute, explique un haut gradé français. Depuis des mois, les flux sont très importants. Pour fuir le Mali, les jihadistes empruntent la passe de Salvador, carrefour entre le Niger, l'Algérie et la Libye ».

    Les combattants passent donc par l'axe déjà utilisé à l'été 2011 dans le sens inverse par les touaregs qui appartenaient à la légion de Kadhafi et rentraient au pays. L'armée française confirme également que des jihadistes blessés au combat sont venus en Libye se faire soigner.

    « Qui peut faire la différence entre un révolutionnaire et un jihadiste ? »

    « De fin janvier au mois de mars, on a vu des pick-up arriver du Mali », raconte un Touareg de Sebha, la grande ville du Sud libyen. Il ajoute : « Les combattants racontaient s'être battu contre la France et qu'ils rentraient chez eux à Benghazi et Derna, deux fiefs jihadistes sur la côte méditerranéenne ». Un commerçant de la ville ajoute : « Personne ne contrôle rien ici. C'est facile de se déplacer, de passer à l'étranger ou de
    remonter vers Tripoli. Qui peut faire la différence entre un révolutionnaire et un jihadiste ?
     »

    Dans des documents récupérés au nord du Mali, l'armée française a également confirmé les liens étroits entre Aqmi et les shebbabs somaliens ainsi qu'entre Aqmi et les combattants nigérians de Boko Haram. Le Sud libyen se trouve donc aujourd'hui au coeur des groupes jihadistes de la région.

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