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La chute de Mohamed Morsi fait des vagues en Turquie

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Au lendemain de la chute du président égyptien Mohamed Morsi, les réactions dans le monde se multiplient. Et le séisme qui se produit en Egypte en entraîne de très variées au sein de la classe politique turque. Sans aucun doute, la destitution de Morsi affaiblit la politique régionale de la Turquie, qui s’était résolument tournée vers les pays arabes depuis une dizaine d’années.

Avec notre correspondant en Turquie, Jérôme Bastion

Ce jeudi 4 juillet, ni le chef du gouvernement ni le président de la République ne s’étaient exprimés sur la chute du président égyptien Mohamed Morsi, le ministère des Affaires étrangères ayant simplement souligné dans un communiqué « l’importance de la stabilité » en Egypte, pour la Turquie et pour la région.

Dès mercredi, en fin d’après-midi, le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu avait appelé au téléphone plusieurs capitales européennes pour tenter d’empêcher une intervention de l’armée contre le président égyptien, en vain. Mais depuis hier soir, ce sont surtout les poids lourds de l’AKP au pouvoir qui montent au créneau pour dénoncer le coup d’Etat militaire et soutenir à mots à peine couverts le président égyptien déchu, un proche de Tayyip Erdogan - venu par exemple en automne dernier assister au congrès du Parti de la justice et du développement.

Les lieutenants de l’AKP, eux, mâchent moins leurs mots, dénonçant certains pays occidentaux qui n’auraient pas digéré que les Frères musulmans arrivent au pouvoir. C'est ce que dit par exemple le vice-président Hüseyin Çelik. Ce dernier fait un parallèle osé avec les coups d’Etat de 1960 et 1980 en Turquie, évoque le retour des partisans de Hosni Moubarak, et affirme que l’armée ne règlera pas les problèmes, notamment économiques, du pays.

Leur message tient en une idée : un pouvoir sorti des urnes ne peut être sanctionné que par le vote populaire, d’où l’appel insistant au respect des principes démocratiques. C’est aussi, il faut le rappeler, le leitmotiv du pouvoir turc, d’obédience islamiste, installé au pouvoir depuis une bonne décennie, mais malmené par des manifestations quotidiennes depuis la fin mai. Tayyip Erdogan répond à cette contestation en mettant en avant son poids électoral - 50 % des électeurs au dernier scrutin - qui justifierait à ses yeux le maintien de son projet d’aménagement urbain malgré les critiques.

Deux situations bien distinctes

Personne n’ose le parallèle, pour l’instant, entre la Turquie et l’Egypte. Seul le député d’opposition Kamer Genç, s'est permis de comparer le Premier ministre Erdogan au président Morsi. Bien sûr rien n’est comparable entre les deux situations, sauf la colère populaire, et un dirigeant affaibli par cette colère.

Car c’est bien le cas aussi pour Tayyip Erdogan, qui a dû renoncer à la destruction du parc Gezi à Istanbul sous la pression de la rue après des semaines de contestation, et sur décision de la justice qui a annulé ce projet. Une contestation qui est en Turquie aussi - c’est la seule ressemblance lointaine - menée par les segments laïcs de la population contre ce qu’elle considère une dérive islamiste des tenants du pouvoir. La similitude s’arrête là, car l’armée turque est largement sous contrôle du gouvernement, pour l’instant du moins, et la situation sociale et économique est bien moins explosive en Turquie qu’en Egypte.

Mais, ce qui est certain, c’est que ce qui se passe en Egypte affaiblit la politique régionale de la Turquie, qui s’était résolument tournée vers les pays arabes depuis une dizaine d’années. Et cela affectera indiscutablement l’influence de l’AKP dans la région, et son modèle de réussite d’un régime islamisant mais démocratique, qui s’était renforcé depuis le début des « printemps arabe ». Pour Ankara, le vent tourne, sans aucun doute, et même s’il n’y aura pas d’effet mécanique sur l’équipe au pouvoir en Turquie, l’intervention militaire contre les Frères musulmans égyptiens ne peut que renforcer la contestation au Parti de la justice et du développement de M. Erdogan. 

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