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    Moyen-Orient

    Jean-Pierre Filiu sur RFI: «Les Syriens ont un grand sentiment d’abandon, d’incompréhension»

    media Les habitants d'Alep font leurs emplettes au premier jour du ramadan. REUTERS/Muzaffar Salman

    Cela fait vingt-six mois que la Syrie est en état de guerre. Initié au printemps 2011, son printemps arabe n’en finit plus de compter ses morts : 100 000 personnes ont été tuées, selon des chiffres souvent difficiles à vérifier. Aucune issue ne semble se dessiner. A ces morts s’ajoute une situation humanitaire catastrophique. Entretien avec Jean-Pierre Filiu, universitaire, historien et spécialiste de la Syrie. 

    RFI : Vous revenez d’Alep. Est-ce que, comme les responsables de l’ONU, vous comparez la situation à celle du génocide rwandais ?

    Jean-Pierre Filiu : Je me garde de faire des comparaisons. Je note comme l’historien que je suis, que l’on est face à une révolution qui était pacifique, qui a subi une répression atroce par le régime, qui a été contrainte de se militariser et qu’aujourd’hui il y a, effectivement plus de 100 000 morts et surtout des pertes qui croissent de manière affolante chaque semaine. Il est possible qu’on arrive à 200 000 morts avant la fin de l’année si rien n’est fait pour arrêter la machine de guerre de Bachar el-Assad.

    A Alep, qu’avez-vous vu, que vous ont dit les gens ?

    D’abord le moral des gens est tout à fait formidable malgré les horreurs qu’ils traversent. Ils n’ont aucun doute sur la chute de la dictature et d’ailleurs ils s’en prendraient vertement à tout dirigeant révolutionnaire qui oserait négocier avec Bachar el-Assad. Ils ont aussi un grand sentiment d’abandon, d’incompréhension. Ils ont l’impression que le monde entier les a oubliés, les a laissés seuls face à Bachar el-Assad hier et face aux jihadistes aujourd’hui. Mais en même temps, leur détermination est inébranlable et ils veulent aller jusqu’au bout et ne rien céder de cette liberté pour laquelle ils ont tellement payé.

    Ces rebelles ont pris pourtant des zones entières, mais ils ne semblent pas être en mesure de s’organiser pour une vaste offensive. Est-ce que cela est lié, selon vous, à la division de ces insurgés ? On a l'Armée syrienne libre (ASL), les jihadistes et des groupes autonomes et on voit d’ailleurs de plus en plus d’attaques entre ces groupes.

    Fondamentalement, ces groupes sont sous-armés et c’est ce sous-armement qui fait et qui donne encore aujourd’hui la suprématie sur le terrain à Bachar el-Assad qui, lui, n’a pas hésité à utiliser à Alep à la fois l’aviation, les bombardements aériens, mais aussi les missiles sol-sol Scud - c’est la première fois, je crois, de l’histoire de l’humanité qu’on tire des missiles balistiques contre sa propre population -, et n’oublions pas l’arme chimique. Face à cela, la révolution a un armement dérisoire. J’ai vu des offensives menées avec des kalachnikovs, des fusils d’assaut, un lance-roquettes, un véhicule blindé. Néanmoins les insurgés progressent. Donc on peut imaginer ce qui se passerait s’ils avaient un armement enfin de qualité en termes antichars et antiaériens. Je crois qu’il suffirait de peu de choses pour renverser ce rapport de force et pour provoquer des défaites très sévères du côté du régime.

    On a vu aussi, récemment d’ailleurs, que les civils qui protestent contre le régime de Bachar el-Assad commençaient à se rebeller contre les insurgés eux-mêmes, notamment dans certains quartiers de Damas sous contrôle des forces loyalistes. Est-ce que cela pourrait aussi marquer un nouveau tournant dans ce conflit ?

    Là encore, on pâtit d’une erreur de perception sur la nature profonde de la révolution syrienne. C’est une révolution pour la dignité, pour la liberté. Et les populations qui ont rejeté le joug de Bachar el-Assad n’accepteront jamais de passer sous la tutelle de nouveaux maîtres même si ceux-ci se drapent dans la dignité de l’islam ou de la révolution. J’ai vu à Alep des manifestations très sévères contre les autorités révolutionnaires. C’est un signe de vitalité, de santé. Il ne faut pas du tout y voir une faiblesse de la révolution. C’est au contraire un aiguillon qui fera que ces forces seront obligées de rester comptables envers leur population. Et c’est d’ailleurs le soulèvement de ces populations contre les jihadistes qui a été à l’origine de la plupart des incidents de ces derniers jours entre l’Armée syrienne libre (ASL), donc la guérilla révolutionnaire, et les jihadistes.

    Concernant la situation des réfugiés, plusieurs pays voisins de la Syrie refusent désormais l’accès à ces réfugiés. Est-ce à l’avantage des troupes de Bachar el-Assad ?

    Non, c’est d’abord un drame atroce. Il faut savoir que les exilés partent avec une véritable rupture tragique quand ils quittent leur champ ou leur maison. Il faut comprendre que le Liban, la Jordanie, dans une moindre mesure la Turquie, n’ont aucune envie de faire les frais de la passivité internationale et d’avoir des millions de réfugiés sur leur sol qui vont les déstabiliser alors que la seule solution à ce problème, c’est de faire tomber la dictature pour éviter que celle-ci continue de pousser des gens vers l’exil. Là où d’aucuns voient un problème humanitaire et voudraient assister des populations syriennes déracinées, les Syriens, eux, veulent vivre et se battre sur leur sol pour se débarrasser une fois pour toutes de ce cauchemar qui a pour visage Bachar el-Assad.

    Les responsables humanitaires de l’ONU aussi n’ont de cesse de réclamer du Conseil de sécurité des mesures significatives pour ces réfugiés. Que faudrait-il, selon vous ?

    Fondamentalement, il faut mettre en place ce qu’on appelle l’action transfrontalière, essentiellement à partir de la Turquie, pour pouvoir enfin ouvrir des corridors humanitaires qui permettent d’assister les populations face à toutes ces campagnes de bombardements que continue de mener le régime. C’est la seule façon de les fixer sur place et d’éviter que se mette en place la mécanique de l’exode qui va s’aggraver parce que Bachar el-Assad se sentant menacé, voire condamné, va intensifier sa violence et sa terreur contre la population. 

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