GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 13 Octobre
Lundi 14 Octobre
Mardi 15 Octobre
Mercredi 16 Octobre
Aujourd'hui
Vendredi 18 Octobre
Samedi 19 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Moyen-Orient

    Georges Corm, ancien ministre libanais des Finances: «Je ne crois pas à un embrasement du Liban»

    media Une voiture a explosé dans la banlieue sud de Beyrouth, le 9 juillet 2013. REUTERS/Issam Kobeisi

    Dans un contexte aussi trouble que celui de la crise syrienne, les grilles de lectures sont mouvantes. L'historien et ancien ministre des Finances libanais, Georges Corm, revient sur les récents évènements au Liban, en Syrie et en Egypte.

    RFI : L'Union européenne vient d'inscrire la branche armée du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. C'est une bonne ou une mauvaise nouvelle selon vous ?

    Georges Corm : C’est sûrement une mauvaise nouvelle qui fera monter davantage la tension au Liban, ainsi que l’hostilité déjà déclarée ouvertement d’une partie des forces politiques et des fondamentalistes radicaux armés au Liban et qui veulent en découdre militairement avec le Hezbollah.

    Souhaiter la disparition d'une organisation qui a un arsenal militaire bien plus important que celui de son propre Etat, et qui de surcroît l'utilise chez ses voisins, cela peut paraître concevable ?

    Oui, présenté sans prise en compte du contexte historique complexe, cela peut apparaître légitime. Mais si vous ajoutez au tableau les interventions externes intensives dans le conflit syrien et l’envoi de milliers de combattants de toutes nationalités - y compris européennes - pour obtenir l’effondrement du régime ; et si vous prenez en compte le fait que le régime syrien a facilité de tout temps l’approvisionnement du Hezbollah en armes en provenance d’Iran - ce qui a permis au Liban de se débarrasser de 22 ans d’occupation israélienne au sud du Liban -, alors la question devient moins simple. Tant qu'Israël demeurera aussi puissant, et l'armée libanaise aussi insignifiante, les armes du Hezbollah seront légitimes. Certes, l'idéologie religieuse de ce parti ne pourra jamais faire consensus au Liban, mais tant qu’il ne cherche pas à l’imposer à la population, on ne peut la lui reprocher. En tout cas, on ne peut lui en vouloir de nous avoir libérés de l'occupant israélien.

    Comment interpréter l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth, le 9 juillet ?

    Depuis 2005, il y a toute une série de provocations visant à allumer un incendie au Liban : l’assassinat de Rafic Hariri et d'une série de personnalités politiques. En 2007, on a assisté au phénomène Fatah al-Islam, dans le camp palestinien de Nahr el-Bared qui s’en est pris à l’armée libanaise. Enfin, on a observé le développement d’un même islam radical, sous la conduite d’Ahmad Assir à Saïda, qui s’en est pris à son tour à l’armée de façon sanglante au mois de juin. Il est clair que ces tentatives visent à provoquer un embrasement du pays dont l’opinion, excitée par l'amplification médiatique, libanaise, arabe et internationale, est profondément divisée entre un bloc pro-occidental, sous influence américaine et saoudienne (le Courant du futur et ses alliés) et un bloc qui soutient l’axe régional opposé à l’hégémonie occidentale (Iran, Syrie, Hezbollah libanais, Russie et Chine).

    Justement, le conflit syrien déborde au Liban, sans que cela ne dégénère complètement. A contre-courant des funestes oracles, vous ne croyez pas à un embrasement du pays des Cèdres, pourtant réputés bon combustible. Pourquoi cet optimisme ?

    Parce qu'après sept ans de provocations continues, il n'y a toujours pas eu de déchaînement populaire. Les passions sont moins fortes dans les milieux populaires par rapport à celles qui ont existé en 1975 et qui ont entraîné le pays dans 15 ans de violences. Les Libanais ont probablement retenu les leçons de cette période. A Tripoli, la grande majorité de la ville reste paisible et la vie économique continue. Les turbulences n'ont lieu que dans deux quartiers pauvres dans lesquels se sont infiltrés ces salafistes belliqueux. A Saïda, où la population a toujours pratiqué un islam tolérant, le phénomène Al-Assir, entretenu, financé, médiatisé, était une aberration. Dans cette dynamique, la partie pro-occidentale veut déstabiliser l'armée, puisque la doctrine militaire de l’armée désigne Israël comme le plus grand danger pour le Liban et, en conséquence, soutient la résistance du Hezbollah. Je crois que l'on assiste surtout à une tentative d'impliquer le Hezbollah dans des combats internes pour l'affaiblir fortement et assurer le succès d'une éventuelle nouvelle intervention militaire.

    L'Etat libanais est plongé dans une léthargie totale et inédite. A Saïda, l'armée a perdu 17 de ses soldats. Le pays est-il condamné à attendre la fin de la crise syrienne pour retrouver une forme de stabilité ?

    Non, le pays pourrait retrouver plus de stabilité si une unanimité se faisait autour d’une définition précise de qui est l’ami et qui est l’ennemi dans cette géopolitique compliquée. L’Etat libanais, hypothéqué par son système communautaire, n’a pu bien fonctionner que lors des rares périodes de calme dans la région. Sitôt qu’il y a des tensions périphériques, le Liban entre en crise. Il est aussi hypothéqué par une ploutocratie qui ne sait pas mettre en valeur sur le plan économique les ressources naturelles et humaines du pays, d’où un appauvrissement de larges couches sociales et une concentration de richesses aux mains de quelques-uns, ce qui favorise les extrémismes.

    Seul pays à garder ses frontières ouvertes, le Liban est asphyxié par la masse de réfugiés. Ils seraient près d'un million, soit près d'un quart de sa population. « Des chiffres farfelus, dites-vous dans la presse, destinés à effrayer politiquement ». Pourriez-vous développer ?

    Ils sont plus de 550 000 officiellement enregistrés auprès du HCR. Comment en est-on arrivé à ce million ? Une personne sur quatre au Liban serait Syrienne. Ce n'est pas sérieux, cela se verrait, cela s'entendrait aussi, avec la différence de dialecte... En fait, il semble que le chiffre d’un million inclut les ouvriers syriens travaillant au Liban depuis des années (environ 250 000). Mais ces travailleurs ne peuvent pas être considérés comme réfugiés. Ceci dit, l’inquiétude politique des Libanais sur la présence d’autant de réfugiés est réelle et légitime. D’abord, parce que comme pour les réfugiés palestiniens, beaucoup d’entre eux risquent de ne pas rentrer dans leur pays et leur présence durable contribuera à aggraver les déséquilibres entre communautés libanaises. Ensuite, parce que parmi les réfugiés, il y a sûrement nombre de combattants salafistes radicaux qui peuvent participer à la déstabilisation du pays.

    Pourquoi la Syrie n'a-t-elle pas suivi la même trajectoire révolutionnaire que l'Egypte, la Tunisie ou la Libye ?

    Elle aurait pu, mais le début de révolution a été brisé - hélas - par l'arrivée d'armes et les interventions extérieures qui ont décrédibilisé ce mouvement, l’opposition de l’extérieur étant de plus prisonnière de puissances « protectrices » de certains Etats arabes, des diplomaties occidentales et de la Turquie. Le mouvement n’a pas été massif comme en Egypte, en Tunisie ou au Yémen. On s'est lourdement trompés sur la Syrie. Les manifestations ont surtout eu lieu dans des villes rurales frontalières. Dans les plus grandes villes, il y a bien eu des mobilisations importantes, mais c'était pour soutenir le régime, souvent de peur de l’installation d’un chaos cruel et non par amour du régime. D'ailleurs, on aurait pu penser que l’armée serait intervenue pour pousser le chef de l’Etat hors du pouvoir, mais ce n’est pas arrivé. Quand il y a eu un certain nombre de défections de militaires, certains ont pensé que l’armée allait s’effondrer. Au contraire, la base de la troupe est restée fidèle au régime. Ajoutez à cela que le conflit syrien s’est vite transformé en conflit régional et international.

    Vous refusez la dichotomie en vogue « soit Assad, soit les salafistes », et prétendez qu'il y a d'autres alternatives à envisager. Quelles sont-elles ?

    Je refuse surtout celle qui consiste à diaboliser les uns et à garder le silence sur le comportement des autres. Toute personne saine d’esprit refusera ce choix entre deux maux - le maintien de la dictature ou l’intervention externe - et doit travailler sur une alternative qui évite qu’une dictature soit remplacée par une autre ou par un chaos du style libyen. Il faut préparer la reconstruction de la Syrie et cela seuls les Syriens qui ne sont pas hypothéqués à des puissances extérieures peuvent le faire. Pour le moment cependant, je crois que cela va traîner, longtemps. Il y aura des zones sous contrôle de telles ou telles puissances ou milices sous influence extérieure et des zones tenues par le régime en place qui ne semble pas près de s’effondrer. En Syrie, on assiste surtout à un choc d'intérêts purement matériels et profanes entre des grandes puissances.

    Le premier président égyptien élu démocratiquement a été destitué par un coup d'Etat qui ne dit pas son nom. Les partisans de l'ancien président s'estiment floués par ceux-là mêmes qui brandissent le fanion de la démocratie...

    Je pense que Gamal Abdel Nasser a été le premier président élu avec un soutien populaire massif qui contraste d’ailleurs avec la faible majorité obtenue par le président Morsi (51,2% des électeurs ayant voté) et ce dernier est très vite apparu comme un simple pion aux mains du Guide suprême des Frères musulmans, plus occupé à gangrener les rouages de l’Etat égyptien. Je crois donc qu’il y avait un coup d’Etat rampant des Frères rêvant de s’emparer de tout le pouvoir en Egypte, ce qui a favorisé cette dernière intervention militaire en faveur de l'opposition libérale et nationaliste. Elle est venue appuyer une pétition de 22 millions de signataires.

    Le pouvoir des Frères en Egypte n'aura duré qu'un an. On les disait pourtant proche des préoccupations populaires. Considéraient-ils comme acquise la confiance d'une majorité d'Egyptiens dans l'islam politique ?

    En Egypte, comme en Tunisie, le Mouvement des Frères était auréolé de l’image de victimes de la répression de dictatures dites laïques, ce qui a donné envers eux un mouvement de sympathie quasi générale. Pour les milieux populaires, le slogan politique principal des Frères, « l’islam est la solution », symbolisait leur aspiration à la justice sociale et à l’équité dont les références sont nombreuses dans le texte coranique. Mais en réalité, le Mouvement au cours des dernières années a vu certains de ses membres devenus très riches et son idéologie socio-économique a consisté à prôner le retrait de l’Etat de la vie économique et l’institution d’une liberté économique totale. Une fois au pouvoir, ils se sont fort peu préoccupés de justice sociale et se sont lancés dans la mainmise sur l’appareil d’Etat. D’où la forte déception dans une grande majorité de l’opinion égyptienne. L’Egypte traverse une période difficile, mais fertile, dont le déroulement influencera largement le reste du monde arabe qui pourrait, si ce mouvement révolutionnaire laïc aboutit, sortir de sa stagnation et de son sous-développement.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.