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    Tariq Ramadan sur RFI: «Les choses doivent être claires, il faut condamner l’armée égyptienne»

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    Depuis le coup d'Etat du 3 juillet 2013, qui a renversé le président islamiste Mohamed Morsi, l'Egypte s'enfonce dans la violence. Le bras de fer entre l'armée et les Frères musulmans a fait ces derniers jours plus de 800 morts. Les militaires ont choisi la manière forte pour réprimer la contestation des islamistes pro-Morsi. Quelle va être la stratégie des Frères musulmans désormais ? Pour en parler, Tariq Ramadan, théologien, islamologue, professeur à l'université d'Oxford et petit-fils du fondateur de la confrérie Hassan el-Banna.

    RFI : Ce week-end, après la répression sanglante de leur mobilisation, les Frères musulmans ont annulé plusieurs marches et manifestations. Celles qui ont eu lieu ont rassemblé moins de monde que prévu. D’après vous, s’agit-il d’une pause tactique de la confrérie, ou les Frères musulmans ont-ils été sérieusement affaiblis par les coups portés par l’armée ?

    Tariq Ramadan : La répression a été terrible, mais je veux plutôt apporter une nuance à votre façon de présenter le conflit, parce que c’est un peu l’armée qui présente les choses de cette façon-là. Les hommes et les femmes qui sont dans la rue sont des gens qui sont contre le coup d’Etat, et beaucoup d’entre eux n’ont pas voté pour Morsi, ils n’étaient pas pour lui.

    Certains d’entre eux ne sont même pas pour son retour, mais ils sont contre l’armée. Cette réduction de l’opposition à l’armée aux seuls islamistes n’aide absolument pas à trouver des solutions au conflit et, en fait, cela ne donne pas une image correcte de la tension qu’il y a.

    Moi, j’étais de ceux qui étaient très critiques à l’endroit de Morsi et de son gouvernement. Et ce, avant les élections, pendant les élections et pendant l’année où il a gouverné. Mais je ne peux pas réduire le débat à savoir si on peut, avec les islamistes, être dans la démocratie, quand tout le débat aujourd’hui est de savoir si on peut, avec l’armée - qui pendant 60 ans a tenu d'une main de fer le pays -, développer un processus de démocratisation. Il faut condamner l’armée, les choses doivent être claires de ce point de vue.

    Aujourd’hui, les Frères musulmans sont bien entendu dans une impasse. Tous leurs leaders sont en prison, on a tiré à balles réelles et on a tué des manifestants. Encore hier, on a tué des prisonniers dans une fourgonnette. C’est très violent, très dur. Et je pense aujourd’hui que la solution, c'est que la société civile se réveille, que ces femmes et ces hommes - effectivement certains sont des laïques, d’autres sont des coptes - soient contre le rôle de l’armée et qu'ils essaient ensemble de trouver les voies d’un dialogue. Sinon, on ne s’en sortira pas.

    Est-on en train de revenir à l’époque de Nasser selon vous, où la confrérie était considérée comme l’ennemi de l’intérieur et où le pouvoir n’a pas hésité à liquider, emprisonner ou bannir les figures les plus importantes des Frères musulmans ?

    Du point de vue de l’armée, la rhétorique est la même : ils n’auraient affaire qu’à des terroristes et à des islamistes extrémistes. C’est ce qu’on a toujours entendu depuis 60 ans. Les méthodes sont les mêmes : arrestations, exécutions sommaires, tortures. On est aujourd’hui dans un scénario qui est connu. La seule différence, c’est qu’il y a eu une habileté de l’armée, à savoir une mobilisation de masse. On nous a dit : « 30 millions de personnes ». Or on sait aujourd’hui qu’on était bien en deçà de cela, que le chiffre était totalement exagéré et que c’est au nom du peuple qu’ils seraient intervenus.

    Aujourd’hui, il y a une véritable propagande. Donc, on est dans une situation extrêmement difficile. Le prix à payer, c’est de se poser la question de savoir si l’Egypte peut aller vers une démocratisation. Il faut absolument qu'aujourd’hui, l’on comprenne que le rôle de l’armée n’est absolument pas simplement sécuritaire et répressif ; ils tiennent dans leurs mains entre 30 et 40% du secteur économique. C’est une force, ce sont des intérêts, très importants. On a entendu, hier encore, l’administration américaine annoncer qu’après avoir annulé son exercice militaire conjoint, elle maintenait son soutien de 1,3 milliards de dollars. Ce qui a été d’ailleurs confirmé, étonnamment, par Netanyahu, le Premier ministre israélien lui-même, ce qui est étonnant. Il n’a pas caché son soutien à l’armée.

    Donc, il va y avoir des répercussions locales. Il faut savoir que les habitants de Gaza, aujourd’hui, vont aussi payer le prix de ce qui est en train de se passer. Déstabilisation du Moyen-Orient, déstabilisation de l’Egypte : tout ce qu’on avait appelé « le printemps arabe » a des parfums, aujourd’hui, de déstabilisation, de mort, de tortures et de régression. Ce qui est en train de se passer est triste.

    Pour vous, l’armée a joué un double-jeu ? Parce qu’après tout, c’est le président Morsi qui avait nommé le général al-Sissi ministre de la Défense...

    Vous savez, pendant deux ans, quand les Frères musulmans sont arrivés au pouvoir après les élections, on m’avait dit d’aller en Egypte et j’ai toujours refusé, en affirmant que l’armée n’avait jamais quitté le pouvoir, qu’elle était derrière. Finalement, les Frères musulmans ont fait une énorme erreur : celle de penser que les Américains les soutiendraient et qu’ils pourraient canaliser les forces de l’armée.

    En fait, ça n’a jamais été le cas. Juste avant la mobilisation populaire du 30 juin, il y avait des perturbations, des restrictions pour le gaz, pour l’électricité... Et tout à coup, ça s'est arrêté. En fait, les structures profondes de l’armée étaient toujours dans l’administration, elles n’ont jamais quitté le pouvoir.

    Mohamed Morsi a voulu s’arroger tout les pouvoirs en novembre dernier. Il s’est mis à dos des tas de gens, notamment des magistrats qui n’étaient pas forcément hostiles à son égard. Pourquoi ?

    C’est tout à fait vrai. Je pense qu’il y a eu des erreurs, je pense que le rôle du président avec la confrérie n’a jamais été très clair. Qui décidait de quoi ? En même temps, je pense qu’il y a eu des gestes symboliques. Mais il y a aussi eu de véritables erreurs quant à l’ouverture vis-à-vis des autres forces politiques.

    Il fallait que les choses soient beaucoup plus volontaristes, c’est une évidence. Moi, j’étais d’avis qu’il ne fallait même pas qu’ils se présentent aux élections, parce que c’était un piège pour eux dans les circonstances actuelles. Ils l’ont fait, ils ont commis cette erreur-là et puis, finalement, ils se sont isolés dans la critique des Frères musulmans et de leur vision politique.

    Maintenant, je demande à tous ceux qui nous écoutent, à tous les démocrates, d’être très clairs quant à leurs propres principes. On ne peut pas, parce qu’on est contre des islamistes légalistes, non violents, quels qu’ils soient - et je suis de ceux qui les critiquent -, accepter ce que fait l’armée, qui tue des civils et qui réprime de cette façon-là. Ça n’est pas acceptable.

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