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    Moyen-Orient

    Liban: qui est derrière le double attentat de Tripoli?

    media Le double attentat qui a frappé Tripoli, vendredi 23 août, a fait 42 morts. REUTERS/Mohamed Azakir

    Ce samedi 24 août est une journée de deuil national au Liban. Hier, deux explosions à la voiture piégée ont fait 42 morts et des centaines de blessés à Tripoli. C'est le plus lourd bilan depuis la fin de la guerre civile en 1990. Au lendemain de cette attaque, certains accusent al-Qaïda, tandis que d’autres pointent le Hezbollah et le régime syrien dont il est l’allié.

    Avec nos correspondants à Beyrouth, Paul Khalifeh et Hélène Bourgon

    Au lendemain du double attentat qui a frappé Tripoli, au nord du pays, tous les Libanais dénoncent unanimement une main criminelle, mais chacun peut attribuer cette main à qui bon lui semble. L'armée libanaise a identifié, elle, l'ennemi qui menace le Liban aujourd'hui : le terrorisme. Comprendre les groupes extrémistes sunnites affiliés à al-Qaïda.

    A la veille du double attentat, le chef de l’armée affirmait sur un ton grave que ses services mènent une guerre totale contre ce terrorisme. Le général Jean Kahwaji a même été plus explicite : il a révélé que l’armée surveillait depuis plusieurs mois déjà un réseau terroriste qui s’employait à piéger des voitures pour les placer dans certaines régions résidentielles. Selon lui, « le danger réside dans le fait que ce réseau ne planifie pas de cibler des régions ou une communauté précise, mais se prépare à provoquer une discorde en visant des localités de différentes appartenances communautaires et politiques ».

    Ces dix derniers jours, les services de sécurité avaient saisi une voiture piégée prête à être utilisée, et arrêté plusieurs suspects soupçonnés d'être impliqués dans un certain nombre d'attentats ces deux derniers mois. Tous évoluent dans la mouvance extrémiste.

    La classe politique unanime

    Le chef de l'Etat Michel Sleimane a dénoncé « un massacre visant à semer la discorde. » Il a appelé les Libanais « à la vigilance et à la solidarité afin de faire échouer le plan des ennemis de la paix et de la stabilité ». Le président du Parlement, Nabih Berri, qui est l'un des principaux chefs de la communauté chiite, a pour sa part estimé que la main qui est derrière les attentats de Tripoli est la même que celle qui a commis l'attaque perpétrée dans le fief du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 15 août dernier. Elle avait fait 27 morts et 330 blessés. Le Hezbollah aussi a condamné ces attentats, qui visent, selon lui, à « semer le chaos et la destruction ». Il a exprimé sa solidarité avec les victimes du double attentat et avec toute la ville de Tripoli.

    Mais il y a quand même des voix discordantes, et pas des moindres. Comme cet influent prédicateur salafiste qui a indirectement accusé les chiites d'être responsables des explosions de vendredi. Cheikh Daï al-Islam al-Chahal a juré de venger les morts du double attentat perpétré, selon lui, par le régime syrien et ses alliés au Liban. Comprendre : le Hezbollah chiite. L'ancien chef de la gendarmerie nationale, originaire de Tripoli, a aussi tenu des propos assez ambigus. En allusion à l'implication du Hezbollah dans les combats aux côtés de l'armée de Bachar el-Assad, Achraf Rifi a dit : « Ceux qui proclament le jihad doivent s'attendre, à leur tour, à être confrontés au jihad ».

    Neuf jours après l’attentat contre le fief du Hezbollah, tout pourrait en effet laisser croire à une vengeance. Tout comme Cheikh Daï al-Islam al-Chahal, certains habitants de Tripoli accusent le Hezbollah et le régime syrien dont il est l’allié d’être derrière ces deux attentats pour semer la discorde au Liban et détourner les regards de la Syrie.

    Tripoli, base arrière de la révolution syrienne

    La ville de Tripoli, à majorité sunnite, est depuis deux ans le théâtre régulier d’affrontements entre sunnites anti-régime syrien et des alaouites partisans de Bachar el-Assad. Tripoli est également considérée comme une base arrière de la révolution syrienne. C’est là que des combattants libanais et syriens transitent pour aller en Syrie et viennent se faire soigner dans les hôpitaux.

    Jusqu’à maintenant en effet, le Liban a résisté à la contagion du conflit syrien. La classe politique souffre actuellement d’un vide politique depuis cinq mois, suite à la démission du gouvernement de Mikati, et peine à se mettre d’accord sur la formation d’un nouveau gouvernement. Aujourd'hui, le spectre de la guerre civile hante les Libanais qui n’ont pas envie de revivre une guerre dont ils ont été victimes durant quinze ans, de 1975 à 1990. Mais malgré l'appel au calme lancé par les autorités, ces récents événements exacerbent les tensions confessionnelles dans certaines parties du pays.

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