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    Moyen-Orient

    Syrie: l'exemple du Kosovo pour justifier une intervention militaire américaine

    media Les destroyers américains déployés en Méditerranée sont armés de missiles Tomahawk, capables d'atteindre le sol syrien avant le lancement d'une éventuelle opération aérienne. US Navy

    Des conseillers de Barack Obama cités par le New York Times évoquent l'étude du cas kosovar. L'intervention militaire de 1999 par l'Otan contre les forces de Slobodan Milosevic est un cas d'école : c'est la première fois que l'on s'est passé d'un accord au Conseil de sécurité. Malgré des similitudes, la crise qui frappe la Syrie se déroule pourtant dans un contexte diplomatique et international très différent.

    « Bien sûr, le Kosovo est un précédent de quelque chose qui pourrait être similaire ». Ces propos d’un haut fonctionnaire américain, rapportés par le New York Times, confirment que l’intervention militaire de l’Otan contre le régime yougoslave de Slobodan Milosevic, en 1999, fait partie des pistes étudiées au sujet de la Syrie. « Trop tôt pour parler d’une justification légale d’une intervention militaire », assure-t-il tout de même alors que Barack Obama réunit son conseil de sécurité pour la seconde fois ce samedi 24 août afin d’étudier des mesures militaires contre Damas.

    Pourquoi le Kosovo ? Cette intervention de l’Otan est devenue un cas d’école. « L’intervention au Kosovo a la particularité de ne pas avoir été autorisée par le Conseil de sécurité, explique Jean-Baptiste Jeanjène Vilmer, spécialiste du droit humanitaire. Elle est donc illégale par définition, puisqu’en droit international, seul le Conseil de sécurité est habilité à autoriser l’usage de la force en vertu du chapitre VII, qui porte sur le maintien de la paix et de la sécurité internationale. »

    À l’époque, l’opinion publique occidentale est marquée par le génocide rwandais de 1994 et par celui de Srebrenica, en Bosnie, en 1995. La secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright, défend à propos du Kosovo la thèse d’une intervention « illégale mais légitime ». Belgrade est alors protégée d’une décision du Conseil de sécurité par l’assurance d’un veto russe. Moscou refuse de lâcher son allié, tout comme elle refuse aujourd’hui de laisser tomber le régime de Bachar el-Assad.

    Washington décide alors de se reposer sur l’Otan pour mener une opération « au nom de l’humanité ». Matt Matheson, juriste au secrétariat d’Etat américain, listera à l’époque les conditions nécessaires : « un échec des négociations pour obtenir l’aval du Conseil de sécurité pour un mandat sous chapitre VII, l’imminence d’une crise humanitaire majeure, l’impossibilité pour le Conseil de sécurité de formuler une position claire vis-à-vis de la crise, la menace sérieuse pour la paix et la sécurité dans la région ». Autant d’ingrédients qui semblent réunis aujourd’hui en Syrie.

    Les limites de la comparaison

    Plus qu’un précédent, l’intervention de l'Otan Kosovo en 1999 devait être une exception. Face à la critique, Madeleine Albright assurait alors qu’il s’agissait d’une « situation unique ». Matt Matheson remarquait de son côté que cette stratégie risquait par la suite de « hanter tôt ou tard les membres de l’Alliance si elle était mal utilisée par d’autres ».

    Et le précédent kosovar est en effet régulièrement revenu sur la table au cours de ce début de XXIe siècle. En 2003, c’est l’administration Bush qui l’utilise pour mener l’intervention en Irak. Faute de convaincre le Conseil de sécurité, Washington justifie l’invasion par des motifs humanitaires. Une dialectique qui sera reprise par Moscou en 2008 : la Russie défend son intervention en Géorgie en reprenant l’argumentaire utilisé pour le Kosovo et en prenant explicitement cet exemple comme mode opératoire.

    Pourtant, « le contexte intellectuel n’est pas le même », remarque Olivier Schmitt, doctorant en relations internationales au département des études militaires du King’s College de Londres. « Le drame des Syriens, explique-t-il. C'est qu'ils sont otages des rapports de puissance internationaux et du résultat de la confrontation feutrée entre occidentaux d'un côté et Russes et Chinois de l'autre, dans un monde où la parenthèse de domination occidentale ouverte à la fin de la Guerre Froide s'est refermée ». D’autant plus avec une opinion publique fatiguée par plus de dix ans de guerres en Afghanistan et en Irak.

    D’un avertissement à l’autre

    Le Département de la Défense américain a de son côté confirmé la présence de quatre destroyers de la Navy à portée de la Syrie. « Un peu plus que prévu », mais sans aucun ordre d’intervention, pour l’instant, assure-t-on à Washington. Ces navires, sans avoir l’impact d’un porte-avion et d’un groupe aéronaval, ont la capacité de tirer des missiles Tomahawk de longue portée, capables d’atteindre le sol syrien.

    Washington continue de multiplier les avertissements à l’égard de Bachar el-Assad. L’utilisation d’armes chimiques, annoncée de longue date comme la ligne rouge à ne pas franchir, reste le principal argument en faveur d’une intervention.

    De premières utilisations par les forces gouvernementales avaient été confirmées, par les Américains, les Français et les Britanniques au cours du mois de juin dernier. Mercredi 21 août, une attaque susceptible d’avoir causé des centaines de victimes a été signalée. Régime et rébellion se renvoient la responsabilité de cette dernière, sans que la communauté internationale ne parvienne pour l’instant à statuer, faute d’observateurs neutres et indépendants sur le terrain.

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