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    Moyen-Orient

    Rony Brauman: en Syrie, «on a franchi un seuil qualitatif» avec l'attaque chimique

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    Les Occidentaux semblent hésiter à intervenir en Syrie, mais des frappes ciblées sont bien envisagées depuis plusieurs jours. Pourquoi intervenir? Et pourquoi maintenant ? Entretien avec Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) et professeur à Sciences Po, à Paris.

    RFI : La Grande-Bretagne a dit non jeudi soir à une intervention en Syrie, quelle est votre réaction ?

    Rony Brauman : Je le regrette parce que je pense qu’il est utile de préparer une intervention ciblée, très limitée, mais une intervention qui soit tout de même significative. Mais tout en le regrettant, je le comprends parfaitement car le Parlement, et l’opinion publique britanniques plus généralement, ont été abreuvés d’intoxications, de fausses nouvelles, de mensonges propagandistes pour justifier des départs en guerre, que ce soit au Kosovo, en Irak ou en Libye, avec des résultats, en tout cas pour ce qui concerne l’Irak et la Libye, qui sont déplorables, qui sont vraiment épouvantables.

    Finalement, c’est toujours la même question qui se pose : pourquoi intervenir et à quel moment on a suffisamment d’informations pour décider d’intervenir ?

    Absolument. Quelles sont les raisons et quels sont les objectifs ? C’est ça qu’il faut cerner. Les raisons, elles sont claires : c’est l’emploi massif d’armes chimiques, c’est-à-dire l’usage militaire d’armes qui sont destinées à semer la terreur voire l’épouvante.

    Mais là, cela fait tout de même deux ans et demi que la terreur règne en Syrie. Plus de 100 000 personnes ont été tuées. Pourquoi cette attaque chimique change-t-elle la donne ?

    Cette mort qui suit un effroi (...) elle revêt cette dimension de terreur totalement indiscriminée qui n’est pas destinée à gagner des positions militaires, mais à semer l’épouvante dans la population.
    Rony Brauman

    En effet, c’est une question tout à fait légitime. Moi il me semble - et c’est le fond de ma position - qu’on a franchi un seuil qualitatif et que la question de savoir comment on meurt n’est pas tout à fait indifférente. Cette mort qui suit un effroi - l’arme chimique est indétectable, on ne la respire pas, on ne la sent pas, on ne la voit pas et d’un seul coup, elle peut atteindre des centaines de milliers de personnes avec des bombardements extrêmement limités et qui passent presque inaperçus dans l’ensemble des bombardements - elle revêt cette dimension de terreur totalement indiscriminée qui n’est pas destinée à gagner des positions militaires, mais à semer l’épouvante dans la population.

    Donc, est-ce suffisant pour vous, pour l’humanitaire que vous êtes, d’appeler à intervenir militairement en Syrie ?

    Je précise que je m’exprime à titre personnel et Médecins sans frontières n’est pas du tout engagé.

    Mais vous êtes humanitaire, cela fait de très longues années que vous menez des combats humanitaires. Ne peut-on pas dire que c’est un peu contradictoire de soutenir une intervention militaire ?

    Oui, en effet, on peut le dire, il y a quelque chose de contradictoire. D’ailleurs d’une manière générale je suis le premier à être méfiant vis-à-vis des vertus que l’on prête habituellement aux interventions armées. Je suis contre la "responsabilité de protéger", contre les interventions visant à abattre un régime pour lui en substituer un autre. Tout cela, pour moi, relève de l’impérialisme, de gendarmes du monde autoproclamés que je réprouve totalement.

    Et en général il y a aussi des conséquences terribles, non seulement pour la population civile sur le moment, mais aussi, on l’a vu en Libye, cela a déstabilisé la région. Après, des armes ont circulé...

    C’est une des raisons pour laquelle j’étais complètement opposé à l’intervention en Libye. De même que je suis opposé à une intervention visant à renverser le régime de Bachar el-Assad. Je soutien l’idée telle que, d’ailleurs, le président de la République française l’a soutenue aujourd’hui, d’une intervention extrêmement limitée visant des pistes aériennes, des stocks de munitions - certainement pas, d’ailleurs, des stocks de munitions chimiques et c’est un paradoxe, car on risquerait d’aggraver un problème que l’on veut au contraire contenir -, mais s’attaquer à des installations de matériels militaires de façon d’une part à marquer une riposte décidée, et d’autre part à installer également une sorte de jurisprudence politique internationale concernant la détention et a fortiori l’usage d’armes de ce type.

    Il est plus que temps alors qu’en 1925, a été signé la première convention interdisant l’emploi des armes chimiques. En 1993 a été signée une autre convention relative aux mêmes questions. Il est extrêmement important de venir à bout de ces armes-là. Or elles sont détenues par bien d’autres gens que les Syriens. Les Russes, les Américains, les Français, peut-être - je n’en suis pas certain mais je crois bien que c’est le cas-, les Britanniques, les Israéliens et bien d’autres pays détiennent cette arme.

    Trois jours de frappes militaires pourraient-ils marquer le coup, pourraient-ils suffire à changer quelque chose ?

    Je n’ai pas cette naïveté. Je ne pense pas que, du jour au lendemain, avec trois jours de frappe, on va réduire cela. Mais la contradiction qui apparaîtra au grand jour entre le fait de condamner l’usage des armes chimiques et le fait d’en détenir me semble porteuse d’un débat, d’une mise à jour de ces tensions, et donc d’une possible évolution du monde dans le bon sens de ce point de vue là.

    On a eu l’histoire des armes de destruction massive en Irak, on a eu la menace d’un massacre de la population à Benghazi... Cette fois, il faut quand même vérifier qu’il y a bien eu attaque chimique, et vérifier aussi que c’est bien le régime syrien qui en est à l’origine. Pourquoi ne voulez-vous pas attendre que les inspecteurs de l’ONU aient fini leur enquête. Pour vous, c’est sûr, c’est Bachar el-Assad qui est responsable ?

    Je ne cherche pas du tout à exercer une pression d’urgence. Je considère que c’est un acte grave. Il faut y réfléchir. Il faut prendre des précautions. Il faut s’assurer qu’on n’est pas l’objet d’intoxication. Je le comprends tout à fait. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit simplement d’un soutien de principe à une riposte ciblée, limitée dans le temps, face à cet usage disons éventuel. Cela dit, quand on dit "éventuel", je crois que personne ne conteste aujourd’hui le fait que des armes chimiques aient été employées contre la population dans les alentours de Damas.

    Ce qui est encore en discussion et ça mérite d’être discuté, c’est : qui est l’auteur de ces tirs d’obus chimiques. Mais pas le fait que des tirs d’obus chimiques aient bien eu lieu. Au moins, il n’y a pas de discussions sur les faits, ils sont avérés. Contrairement à ce que l’on pouvait dire des armes dites de destruction massive en Irak ou du massacre de la population de Benghazi tel qu’il était présenté par Nicolas Sarkozy et les différents pays qui sont intervenus à ce moment-là. Là, la situation se présente d’une façon différente. Je suis bien d’accord avec le présupposé de votre question, à savoir que tout cela mérite des précautions qu’il faut éviter de « sur simplifier » au risque d’aggraver une situation et qu’il faut donc aller au fond des choses.

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