GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 10 Octobre
Vendredi 11 Octobre
Samedi 12 Octobre
Dimanche 13 Octobre
Aujourd'hui
Mardi 15 Octobre
Mercredi 16 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Moyen-Orient

    Jean-Paul Chagnollaud: les «hésitations américaines», un mauvais signal à Téhéran

    media Un combattant de l'armée syrienne libre, dans sa famille, en train de regarder l'intervention de Barack Obama. REUTERS/ Mohamed Abdullah

    Alors qu’une intervention militaire des Etats-Unis en Syrie semblait imminente, Barack Obama a annoncé samedi soir sont intention de demander le feu vert du Congrès américain. Jean-Paul Chagnollaud, professeur de Sciences politiques à Université de Cergy-Pontoise, analyse ce qu’il qualifie « d’hésitations » américaines qui s’inscrivent, selon lui, « dans la continuité de tergiversations occidentales » qui peuvent avoir des conséquences néfastes sur le dossier du nucléaire iranien, notamment.

    Comment expliquez-vous ce recul de Barack Obama ?

    Jean-Paul Chagnollaud : Il y a deux choses. D’une part, il a toujours été extrêmement réticent à l’idée d’un engagement militaire, au Proche-Orient ou ailleurs. C’est quand même le président qui a retiré les troupes d’Irak et qui est en train de terminer le retrait d’Afghanistan. C’est assez fondamental. La deuxième chose, c’est qu’il essaie de trouver les moyens de rassembler. On peut prendre les choses comme ça. C’est-à-dire, au fond, y aller avec l’appui du Congrès. Puisque, vous l’avez vu, l’opinion publique américaine est extrêmement réticente. Donc, lui-même l’étant aussi, il faut bien qu’il trouve des alliés. Cela dit, cette solution-là comporte de gros risques.

    Il espère ainsi assurer ses arrières ?

    Assurer ses arrières... Et il ne veut pas y aller tout seul. Sauf qu’il y a un risque très important. Déjà, on a vu ce qui s’est passé à Londres. Cameron a demandé l’avis du Parlement et le Parlement a dit non. La Grande-Bretagne ne part plus, dans cette éventuelle intervention. L’affaire n’est absolument pas jouée et s’il y avait un refus du Congrès, cela mettrait Obama dans une position extrêmement difficile. Bien que, sur le plan constitutionnel, il est le chef des armées. Par conséquent, il pourrait, malgré tout, lancer une opération. Mais lancer une opération avec un désaveu du Congrès, ça paraît très difficile. Il y a un vrai risque et du coup, par un jeu de ricochets assez terrible, la question va se poser pour la France, parce qu’on a aussi cette incertitude. Tout ceci est extrêmement dommageable, parce que ça voudrait dire un recul des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, par rapport à ce qui s’est passé en Syrie, par rapport à un crime contre l’humanité. Si ça ne se concrétisait pas, ce serait une grande victoire pour Bachar el-Assad et pour ses alliés. On n’en est pas là, bien entendu.

    Déjà, aujourd’hui, diplomatiquement, on a l’impression que le camp occidental est affaibli ?

    Ce n’est pas nouveau. Car, en fait, depuis deux ans, ni les uns ni les autres en Occident ne veulent y aller. On a vu un feuilleton assez tragique sur la question de l’armement des rebelles. Il y a eu des débats à Washington, en France.

    La fameuse « Ligne rouge » ?

    Non, avant même la « Ligne rouge ». Il y avait la question de savoir si on allait armer les rebelles avec des armes capables d’abîmer les avions ou les chars, des armes antiaériennes. Il y a eu tout un débat. Hillary Clinton en son temps était pour, Obama était contre. On a la même chose en France. On a toujours depuis deux ans cette espèce de valse-hésitation. Bien entendu, il y a eu, il y a quelques mois, cette question de « ligne rouge » qui s’est déjà posée. Et on n’a rien fait. On est en fait dans la continuité de ces tergiversations occidentales.

    Les Etats-Unis peuvent-ils essayer de chercher un autre allié que la France, après le « Non » britannique ? Aujourd’hui, il n’y a que deux pays qui seraient prêts à intervenir.

    Pour l’instant, la France est décidée à y aller. Donc, il n’y a pas trop de soucis de ce point de vue là. Reste évidemment à savoir ce que va dire le Parlement français dans quelques jours. La question se pose d’abord à Washington, parce que, d’abord, on va perdre beaucoup de temps. Cela renvoie au mieux à huit jours. Et pendant ce temps-là, il est possible que Bachar el-Assad s’organise davantage encore sur le plan militaire. C’est quand même la preuve que l’Occident, si on compare avec la fermeté russe ou iranienne, pose stratégiquement et sur le moyen terme un vrai problème.

    Vous parliez du Parlement français, où l’opposition réclame un vote. David Cameron a consulté les députés britanniques, et Barack Obama va donc demander l’autorisation du Congrès. En France, Jean-Marc Ayrault va recevoir les responsables parlementaires, lundi 2 septembre. Il n’y a pas de vote prévu pour le moment. Le gouvernement français peut-il vraiment s’engager sans obtenir l’aval du Parlement ?

    On va retrouver les mêmes logiques. En France, nous sommes dans un régime présidentialiste, pas présidentiel. Donc, Hollande pourrait y aller directement, sauf s’il y a vraiment une levée de boucliers au sein du Parlement français. Cela rendrait la position de la France beaucoup plus difficile. Là encore, il semble que l’Elysée soit bien déterminé, et nous sommes dans un système, malgré tout, où le président peut compter sur une majorité : la sienne. Et donc s’il y avait un vote - ce n’est pas fait pour l’instant - on peut penser qu’il obtiendrait un vote favorable. Alors qu’aux Etats-Unis, nous sommes dans un régime présidentiel où, par conséquent, le président ne peut pas compter à coup sûr sur une majorité. D’autant plus que la Chambre des représentants est républicaine. On a un vrai débat, qui est un débat démocratique, certes, mais qui, du point de vue des rapports de puissances au Moyen-Orient, pose d’énormes problèmes.

    L’opinion publique française a l’air assez divisée sur la question aujourd’hui ?

    L’opinion publique française est plutôt contre, mais elle le fut à d’autres moments. C’est un peu la responsabilité des chefs d’Etat de ne pas forcément suivre leur opinion, mais de suivre les intérêts du pays et les intérêts plus larges de son rapport au monde et en l’occurrence, ici, au Moyen-Orient. Donc si on attend d’avoir un avis favorable de l’opinion publique, on ne s’en sort pas. Un vrai leader est celui qui montre une conduite et qui prend les risques nécessaires.

    Qu’en est-il des Israéliens ? Comment est perçu ce recul du grand allié américain ?

    Pour eux, il y a deux choses. D’abord, eux ont une position très claire : s’il y a la moindre difficulté sur le plan militaire, ils réagiront et ils l’ont déjà fait. Ils le referaient dès lors qu’ils considèreraient que leurs intérêts sont menacés. Maintenant, ce recul américain - qui n’est pas tout à fait un recul aujourd’hui, mais ça pourrait l’être -, en tout cas ces hésitations posent des problèmes aux Israéliens. Ils comptent beaucoup sur les Etats-Unis. Dans cette confrontation diplomatique qui pourrait devenir autre chose qu’une confrontation simplement diplomatique avec l’Iran. Donc, c’est évidemment un mauvais signe adressé à Téhéran que ces hésitations américaines. C’est pour cela que l’enjeu est assez considérable. Cela touche d’abord le peuple syrien, bien entendu, et cette question terrible d’une réaction face à un crime contre l’humanité, mais plus globalement il y a d’autres dossiers énormes derrière, et en particulier la question du nucléaire iranien. Et l’hésitation de l’Occident ne va pas arranger les choses. 

    Jean-Paul Chagnollaud est rédacteur en chef de la revue Confluences Méditerranée et directeur de la collection Comprendre le Moyen-Orient chez L’Harmattan.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.